‹ La paix constantinienne et le catholicismeChapitre 82 sur 274 · Id. V, 20, 13 (p · texte numérisé non relu

Id. V, 20, 13 (p

o. Arnob. I, il (p. 27). Cf. Il, .5 (p. 50^ : « Non e\timescitis, ne forte liaec vera sint quae sunt despectui vobis et praelieiit materiam risus? • Ei passini notez l'insistance avec laquelle Arnobe parle du rire de ses adversaires.

conversion et de la mort d'un comédien converti par la scène de baptême où il joue le rôle de baptisé ' .

Souvent aussi les païens incrédules peuvent avoir des raisons moins frivoles de ne pas croire au christianisme. Même parmi les convertis, ceux-là du moins qui ont des lettres, nombreux sont les esprits qui ont besoin d'être raffermis, et dont la foi, enracinée dans un fond douteux, vacille et hésite : « Nutant enim plurimi ac maxime qui litteranun aliquid attigeruntK » L'éducation littéraire et phdosophique qui dans la société romaine forme tout homme cultivé, est pénétrée, non pas tant de paganisme et de mythologie, que de rationalisme. Le païen n'est pas nécessairement l'homme de tous les vices. On peut l'imaginer instruit, bourgeois, jovial, familial, honnête et doux, sans ombre de besoin rehgieux, pratiquant avec bonhomie la résignation ait néant : ce païen-là sera un adversaire convaincu du christianisme. - Tel est ce Gains, dont l'épitaphe s'est conservée (elle peut remonter au début du III'' siècle), et qui nous dit ses sentiments d'affection pour sa femme, pour ses enfants, pour ses amis, l'un entre autres qui était « serviteur du dieu grand ^ ». Gains est un lettré, il s'en vante et son épitaphe qu'il a faite en vers en témoigne. Il déclare avoir été bienfaisant encore que médiocrement riche : « Le bonheur des autres vous met le cœur à l'aise », assure-t-il. Mais point de prétentions. « Pour tous,

\. Al.I.ARD, t. IV, p. 8 1-2.

-2. Lactant, Div. insl. v, 1, 9 (p. iOO).

3. RAMS.VY, p. 386 : (xsïàXoio OLsoù] 6spauovtt. Cet ami s appelle Po^J6n', («st-ce un nom juif?), Gaius se donne comme ixouaai; aw fJeU ràîoç ™aYix,anx6;, un homme cl'alTa.res exerce aux cUosls des muses el plus loin : YpàxiJ.aai S' /iaxr.Oov èxuovéca; [lîTpcotç. M.UamsS aiu-ibue cette inscripUon au temps de Caracalla ou d'Alexandre Sévère. U l'a relevée a Emirjik, en Piirygie.

146 LA PAIX CONSTANTIMEXNE.

FHadès est le même et la tombe égale. » Réjouissez votre âme de votre mieux, ô mortels, car la vie est douce, et elle est mesurée. « C'est cela, amis. Après, quoi de plus? C'est fini. La pierre de ce cippe vous le dit. et non pas moi. Les portes et la route de l'Hadès sont ici, mais on ne revient pas à la lumière. » Cette résignation de bonne humeur n'a rien que d'assez banal dans l'épigraphie païenne, tant grecque que latine. L'intérêt del'épitaphe de Gains est qu'elle se terminait par quatre vers iambiques qui ont été probablement martelés par des gens scandalisés. On ne lit plus que le début : « Certes tous les malheureux qui croient) en la résurrection... » M. Ramsay voit là avec bien de la vraisemblance l'amorce d'un sarcasme à l'adresse des chrétiens ^ .

L'antichristianisme de ce bourgeois incrédule n'est pas de même essence que l'hostilité vouée au christianisme jadis par un rhéteur comme Aelius Aristide, par un publiciste comme Celse, maintenant par un philosophe comme Porphyre. Devenu disciple de Plotin, à Rome, au temps de Gallien, Porphyre est l'écrivain de l'école. Mais au lieu que Plotin n'a pas combattu le christianisme, pour Porphyre le christianisme est l'ennemi. Il ne requiert pas la persécution, il est, comme Plotin et comme toute l'élite de

-1. Ramsay, ibid. Voici les vers caractéristiques :

Taùxa, çtXoi. \t.zià. TaOxa i': yàp nXéov ; oOxéxt TaOta.

avr\K\y\ xaûta ),a),et xal >.î6o;, où yàp iyfii. Qijpat [ièv evôa xat Tipoç 'AiSav ô8o!,

âvelôÔEuToi ô' eîalv i; çâoç -rpîêoi.

ol Sr] ôeîXatot itâvie; si; àvàffTastv

« Four iambics illegible • (Ramsay). Peut-être doit-on voir une ii\leiition de sarcasme dans le vers du début, où Gaius déclare qu'il va parler comme uu saint :

DIOCLETIEN. 147

cette seconde moitié du m'' siècle, acquis à la tolérance légale. Il est disposé à honorer le Christ, sage très pieux : il parle du Christ comme en parlait Alexandre Sévère et comme il parle d'Apollonius de Tyane. 11 a lui-même ce que M. Harnack appelle « une piété lumineuse et rationnelle ». Il a dédié à sa femme Marcella une épître que nous possédons encore, et qui est d'un paganisme si épuré, si moral, si religieux, que, s'il n'échappait à l'auteur de dire indifféremment « les dieux » et « Dieu » , sa piété pourrait se confondre avec elle de quelque théologien chrétien grec du m- siècle. Mais il a pour le christianisme une aversion, dont son traité en quinze livres. Contre les chrétiens^ a été l'encyclopédie. Ce qui nous en reste (bien peu de chose) donne l'idée d'une connaissance approfondie du sujet. L'auteur entreprend le christianisme des évêques et des prêtres (car Porphyre ne dissimule pas son anticléricalisme, sur le terrain de l'histoire biblique, évangéliqne. apostolique, sur ses dogmes, la création, l'incarnation, la résurrection des corps : sa critique est inexorable, mais étudiée, mais spécieuse, mais sarcastique, et, en un sens, très moderne. Il n'y a pas jusqu'à sa distinction du Christ et du christianisme, jusqu'à sa façon de parler de la mythologie du christianisme, entendant par mythes le surnaturel et la dogmatique, qui ne soit pareillement très moderne. Sa critique ironique et pénétrante est le dernier mot de l'hellénisme, d'un hellénisme qui est devenu mystique, qui conçoit la religion comme une contemplation de l'esprit pur, et cette conception de la religion est elle aussi très moderne '. On peut douter que l'encyclo-

1. HAKNACk, Kn'tîA- lies S. T. von einem griechischcn Philosopiten

pédie de Porphyre fût capable d'être très répandue.

Au delà , il y a rantichristianisme exaspéré , les gens que la vue d'un chrétien met hors d'eux. Si mon livre, écrit Lactance, vient à tomber sous leurs yeux, ils éclateront en imprécations, ils le repousseront avec colère ; ils se croiraient souillés d'un crime inexpiable , s'ils le lisaient ou s'ils en écoutaient la lecture ' . Ce sont les derniers dévots des cultes païens, « niinia super stilione inpatientes ». Avec eux les ambitieux, les gens qui veulent faire carrière et qui doivent capter la confiance du pouvoir dispensateur des honneurs : « Hi siint hoinines qui contra verilatem clausis ocuUs quoquo modo latrant- ». Arnobe connaît des païens fanatiques qui voudraient voir le sénat ordonner la destruction des écrits de Cicéron où la critique de la superstition tourne à l'avantage du christianisme^.

Lactance rapporte que, à Tépoque où il enseignait les belles-lettres à Nicomédie, et plus précisément en 303, « quand le temple de Dieu fut démoli -), c'est-à-

des :i lahrhunderts (Leipzig 1911). Haiinack, " Greek and Christian picty at ttie end oF the lliird CenUirj », Hibbert Journal, t. X (1911;, ]). «5-8-2. BiDEz, Vie (11- Porphyre iGand 19i:i;, p. 05-79. G. Bardy, « Les objections d'un philosophe païen », Bull. anc. lilt. et arch. chrét. 1913, p. 95-111.

1. Lactint. Divin, inst. v, 1, 1 (p. 39S} : ■< Non est aput me diihium quin hoc opus nostrum... si quis attlgerit ex istis ine|)te religiosis, ut suiit nimia superslitione inpatientes, insectelur etiam maiedictis et \ix lecto ferlasse principio adlligat proiciat exsecretur seque inexpiabili scelere coniaminari atque adslringi putet, si liaec aut légat patienter aut audiat. »

2. M. VII, 1, 15 (p. 58i) : « Qui vero ainbitione inflati aut amore potenliae intlammati omne stiidium suum ad honores adquirendos contulerunt... »

3. Vrnob. III, 7 (p. 116) ; « ... cumquc alios audiam mussitare indignanter, et dicerc oportere statui per senalum, aboleanlur ut iiaec scripta quibus christiana religio coniprobetur et vetustatis opprimatur auctoritas. " A quoi Arnobe répond : " Intercipere scripta et publicatam velle sulmiergere leclionem non est deos defendere, sed veritatis testilicationem timere. ■>

DIOCLETIEN. 149

dire au moment où s'ouvrit la persécution de Dioclétien, deux hommes ont marqué plus insolemment par leur haine de la vérité persécutée : Lactance ne prononce pas leurs noms, le premier reste inconnu, le second est, pense-t-on, Iliérocles'. — Lactance décrit le premier comme un philosophe de profession [antistitem se philosophiae profltebaLiu) : il l'accuse d'ailleurs de tous les vices, à commencer par l'hypocrisie. Ce philosophe était reçu au palais impérial, il était riche, il était fort important : il s'insinuait dans l'amitié des juges [ad amicilias iudicuni miro ambitu penetrabai) et obtenait d'eux les prévarications qu'il voulait. Cet homme méprisable publia un ouvrage en trois livres contre le christianisme, juste au moment où la persécution éclatait-. Il y étalait sa servilité envers les princes, dont, disait-il, la piété et la providence sont attestées par leur zèle à défendre les cultes des dieux : ils sont venus au secours de l'humanité en réprimant la superstition impie et sotte des chrétiens, en ramenant tous les hommes à la religion légitime, aux dieux qui leur seront propices. Lui-même venait au secours du plus fort. Le devoir du philosophe, écrivait-il, est de rappeler les hommes qui errent au dr^it chemin, c'est à savoir aux cultes des dieux dont la divinité et la majesté gouverne le monde, et de ne pas souffrir que les simples deviennent la proie des roués : voilà pourquoi il a entrepris de montrer la lumière de la sagesse à ceux qui ne la voient pas, il a voulu les guérir en les ramenant aux cultes des dieux et leur épargner

Page 1