I.ACTANT. Mort, perai-r. IS, ll-l.'t p. liriV
174 LA PAIX CONSTAJNTIMENNE.
Galère, qui se flattait d'être, comme avait été Dio~ clétien, le maître du monde romain, méprisait Constance Chlore, qui était doux et valétudinaire, et dont il escomptait la mort prochaine. Constance Chlore mourut en effet, le 25 juillet 306, à York : mais son fils Constantin, qui s'était à temps échappé de Nicomédie, reçut la pourpre des mains de l'Auguste mourant, sans se soucier dêtre adopté par Galère. Lactance écrit : « Suscepto imperio Constantinus AugHStus nihil egit prias quam christianos cultiii ac deo siio reddere : haec fuit prima eiiis sanctio sanctae religionis restitntae^ ». Ainsi, en 306, l'avènement de Constantin assurait la paix religieuse aux chrétiens en Gaule et en Bretagne : ce fut un premier échec de la politique de Galère.
En Italie, Galère suint un échec plus mortifiant encore : sa créature, le César Sévère, fut supplanté par le fils de Maximien Hercule, Maxence (octobre 306), et tué à Ravenne. Galère, qui à la tète d'une armée était accouru pour venger Sévère et voulait reprendre Rome à Maxence, fut abandonné par ses soldats, et ne dut de rentrer dans ses Etats qu'à une fuite précipitée. Maxence laissera la réputation d'un « tyran », de mœurs effrayantes, d'une cruauté sans scrupule. Il s'adonnait à la magie -. Mais il épargna les chrétiens. L'exemple de la politique qui réussissait en Gaule à son beau-frère Constantin •*, inspira peut-être cette tolérance au tyran de Rome, de cette Rome qu'il
I. I^ACTANT. Morl. perscc. i%, 9 (p. 20r. M. Mai;rii;k, Numismatique Conslantiniennc, t. II, ]>. i.xxxix, du lilre d'Auguste (|ui est donné là à Constantin et qu'il ne porta qu'à partir de mars 3(i", conclut que les mesures libérales de (Constantin ne sont peut-être pas du prime début de son régne.
•2. EijsEM. H. K. VIII, \'i, '\.
^. EuTKOP. X, 3, -2 (p. 71) : « [Constantinus] in Galliis et militum et provincialiuni inycuti iaiii favore regnabal ».
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savait dilTicile à maintenir, et où les chrétiens constituaient un fort parti. « Il feignit d'avoir notre foi, écrit Eusèbe, pour plaire au peuple des Romains, pour le flatter : il ordonna à ses sous-ordres d'arrêter la persécution des chrétiens ».
Rome chrétienne avait durement souffert de la persécution déchaînée par ledit du 24 février 303. Les Donatistes affirmeront que le pape Marcellin, mort martyr en avril 304, ses prêtres Miltiade, Marcel, Silvestre, ses diacres Strathon et Cassianus, avaient, au premier moment de la persécution, livré les Ecritures, et même offert de l'encens aux dieux : saint Augustin le nie, mais les calendriers liturgiques romains du iv'' siècle omettent le nom de Marcellin '. L'Eglise de Rome passait par une crise intestine : le successeur de Marcellin, le pape ^Marcel, ne fut élu qu'après une vacance de près de quatre ans (en juin 308), alors que Maxence depuis près de deux ans déjà assurait la paix aux chrétiens de Rome. Puis, à peine élu. le pape Marcel fut aux prises avec une faction de Lapsi, qui, après avoir échappé à la persécution par l'apostasie, prétendaient rentrer dans la communion de l'Eglise sans pénitence :
Hinc furor, hinc odiuni sequitur, discordia, lites, sedicio, cèdes : solvuntur fédéra pacis.
i. D.ucnF,SNE, Lib. pontif. t. 1, p. Lsxiv. On retrouve l'imputation des Donalistos dans une chronique anonyme, d'origine donatiste, le Liber gencalogus (a. 't5'2), publié par Mommsen, Chronica minora, t. I, p. 196 : '■ Al) ipso auteni [Valeriano] usque ad Diocletianuiu et Maximianum aniii sunt XLV. ... Al) liis coacti Marcellinus Irbis et Mensurius Karlliasiiiis, Strathon et t;assianus diaconi l'rhis, et C.ecilianus duin essct ventalis ecclesiae diaconus, publiée in Capilolio lura et cuangella concreniavorunt «. Les Donallsles du leni|)s d'Augustin alléguaieut des Gesta apud jjraefeclum, proc<'s-verbau\ des saisies exécutées en ."ioa dans les églises de Itoine, et le proc,és-\erbal de restitution de ces églises au p.ipe Miltiade, iiar oidre de Maxence, en 311. Monceaux, t. IV, p. io.".. Nous n'avons plus ces deux |)ièccs.
Une inscription damasienne décrit en ces deux vers l'état troublé de l'Église romaine en 308-309. On n'ose dire que le mot seditio suppose une façon d'é meute dans la rue, et le mot caedes que cette émeute entraîna mort d'homme : la langue damasienne n'a pas cette précision rigoureuse. L'évêque, et ceci est précis, fut expulsé de Rome par ordre du prince :
Finibus expulsus patrie est feritate tiranni ^
Le cruel tyran est Maxence. Pourtant, en expulsant l'évêque, le tyran était plus débonnaire que Maximien Hercule, qui avait fait périr le prédécesseur de Marcel. Le régime était changé.
Le pape ^Marcel mourut loin de Rome, après un pontificat qui n'avait duré que quatre mois. La communauté romaine élut en sa place Eusèbe, auquel les mécontents opposèrent un Héraclius, favorable à la réconciliation des lapsi sans condition. Des troubles recommencèrent, que Damase décrit dans une autre inscription en se servant de mots qui ne varient guère, car la situation était la même :
Scinditur in parles pojmlus gliscente fiirore : sedicio, cèdes, bellum, discordia. iites. Exemplo pariter pulsi feritate liranni...
Le bras du tyran reparaît, qui cette fois expulse de Rome le pape Eusèbe et son compétiteur Héraclius"-. Ainsi, soit sous Marcel (308-309;, soit sous Eusèbe
1. L'inscription dans De Rossi, Inscr. Christ, t. U. p. 6-2, et dans DucHESNE, Lib. pont. t. I. p. 166.
2. De Rossi, p. 66. DucnESNE, p. 167. Le nom d'Héraclius est donne par le premier vers de l'épitaphe : Héraclius veluit lapsos peccaia dolere. Le sixième vers dit d'Eiisèbe : Integra cum rector servaret foedera pacis : par foedera paris, on doit entendre la discipline de l'Église.
(309 OU 310), Maxence intervient dans une discorde grave de la communauté romaine, et sans doute intervient-il parce qu'il a été saisi par un des partis en conflit ' . Son intervention rappellerait celle d'Aurélien à Antioche, avec moins de discernement et trop de g-oùt pour la manière forte. — Maxence voulait du bien aux chrétiens de Rome, cependant. Le pape Miltiade, qui fut élu en 311, put recourir à lui pour obtenir la restitution de tous les lieux de culte qui avaient été séquestrés au temps de la persécution : Miltiade obtint cette restitution par un rescrit de Maxence an praefectns urbis, rescrit qui devançait la mesure générale de restitution que contiendra l'édit de Milan ^. — Les bonnes dispositions de Maxence s'étendirent à l'Afrique : « Tetnpestas persecutionis peracla et definita est, écrira Optât de Milève : iubente Deo, indulgentiam miltente Maxentio, christianis lihertas est restiluta ^. » Ce dut être en 307.
En Orient, Daia, décoré du nom de Maximinus, fut bien le prince sur qui avait compté Galère, son oncle, en le faisant César. Maximin Daia était comme son oncle, despotique et superstitieux, mais il était machiavélique et se croyait « théologien ». Aucun texte ne permet de dire qu'il ait accordé aux chrétiens une amnistie, en don de joyeux avènement. Il
\. On pourra interpréter en ce sens le cinquième vers de l'épitaplie de Marcel : Crimen ob allcrius Christum qui in pace negavit. « Le pape fut dénoncé par un apostat plus coupable que les autres » (Duchesne). Si l'on pouvait faire fond sur le mot litcs, on conjecturerait qu'il y eut recours à la justice civile.
2. Augustin. Brcviculus colla/ionis rum Donatistis, m, 31 : « [Donatistae] gesta alia locilarunt, in quibus legebatur Melcliiadcs misisse diaconos cum litleris Maxcntii imperatnris et lilteris [)raefecti praetorio ad praefectuui url)is, ut ca recipcrent quae temporc; persecutionis ablata memoratws imperator christianis iusserat roddi. » /'. L.
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