LE CARDINAL DE TENCIN
Sire, ce sera le plus grand trait de mon obéissance et de mon respect que de dire mon avis dans une affaire qui tient de profondes racines à mon cœur et aux sentiments les plus précieux de ma reconnaissance. Votre Majesté m'ordonna elle-même, il y a dix ans, d'accepter la nomination du Prétendant au cardinalat; mes serments me lient à votre couronne et au pape; mes obligations, à ce malheureux Prince et à sa Maison. Mais le premier de mes devoirs est pour mon maître et pour ma patrie'. La puissance douce et aimable qui nous gouverne doit être obéie; la moindre tache l'affaiblit et peut la détruire. J*avouerai donc. Sire, que la résistance du Prince Edouard me parait d'une terrible conséquence ; je vois que son père non seulement la désavoue, mais qu'il emploie inutilement l'autorité la plus sainte de père et de roi pour la faire cesser; ainsi ce n'est pas seulement venger les droits de Votre Majesté que de prendre de justes mesures pour renvoyer le Prince Edouard en Italie; c'est même exaucer les prières d'un ami et d'un digne allié tel que le chevalier de Saint-Georges; il réclame votre autorité coercitive pour tirer son fils des mauvais conseils et du désordre. Ce père infortuné est un prince du premier mérite; il ne lui manque que d'être connu personnellement de Votre Majesté pour en être estimé et même admiré; il aime Votre Majesté de tout son cœur; il aime Dieu et le repos des nations, il prie pour les ennemis ; son (ils, le cardinal d'York, a toutes les vertus de ses ancêtres; il en aura la sainteté sans en avoir essuyé les faiblesses pendant sa jeunesse; ce sera un soldat vierge
de Tarmée de Jésus-Christ. {Le conseil éclate de rire.) Pour laîné, j'avoue qu'il est incompatible avec ses supérieurs, dédaigneux avec ses égaux, ingrat avec ses serviteurs ; pour quelque courage (que bien des gens lui disputent encore), il nous fait trop acheter ce qu'il a de vertu par ses défauts qui éclatent ; il semble être modelé sur les fanatiques du bas peuple qu'il aspire à gouverner... J'en dirais trop, je me contente de conclure qu'il n'y a aucune difficulté à suivre le sage parti que vient de proposer M. le marquis de Puisieulx.