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Journal de (TArgenson, l. V, p

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tement la paix de déshonorante, et ce qu'il y avait de plus grave, c'est que cet écrit plein de fiel était dédié au maréchal de Saxe, et qu'il y avait toute raison de croire qu'il n'avait pas été le dernier à en prendre connaissance. Maurice, en effet, revenu de Flandre, que ses troupes occupaient encore, ne se gênait pas pour dire très haut qu'on l'avait arrêté en pleine course vers de nouveaux triomphes, que si on l'eût laissé suivre son plan quelques semaines de plus, il menait l'armée française tambour battant jusqu'à Nimègue, et qu'il ne resterait plus rien qu'un souvenir de la république qui avait bravé Louis XIV et de la patrie de Guillaume d'Orange *. Il est vrai qu'il lui échappait de laisser percer des regrets personnels qui ôtaient quelque valeur à ses appréciations. — « Voilà la paix, disait-il, nous allons tomber dans l'oubli : nous sommes comme les manteaux, on ne songe à nous que pendant la pluie. »

Mais l'opinion fut bien plus émue encore, quand on vit que rien ne se terminait, et qu'on entendit même dire que cette négociation, déjà si peu attrayante, était menacée de ne pas aboutir.

1. Chambrier à Frédéric, 8 juillet 1748. (Ministère des affaires étrangères.)

Ce ne furent plus seulement des murmures, mais une clameur générale. En vérité, même au prix de tant d'efforts et après tant de succès, ne pouvoir pas même compter sur un peu de repos!

Avoir perdu un temps précieux, laisser échapper une occasion qui ne reviendrait peut-être plus; en tout cas, efifacer par la faiblesse de la politique rimpression de terreur causée par nos armes, la déception était pénible, c'était la preuve chez les gouvernants d'une incapacité notoire.

Puisieulx, tout en faisant bonne contenance, ne laissait pas d'être ému : « Les libelles contre les préliminaires, écrivait-il à Belle-Isle, courent les cafés de Londres et de Paris : on fronde autant le ministère anglais que je le suis ici : cette différence d'opinion est une preuve des préventions de la critique des hommes. L'ouvrage d'Aix-la- Chapelle a été plus applaudi d'abord qu'il ne méritait et on le critique trop aujourd'hui. J'ai reçu, grâce à Dieu, la louange et le blâme avec la même indifférence parce que j'ai cru voir les choses telles qu'elles sont... Il semblerait que les alliés voudraient donner des interprétations forcées aux préliminaires : si cela est, nous aurons bientôt repris les armes. J'espère cependant qu'ils y feront réflexion et que tout s'apaisera. Les

peuples qui doivent être comptés pour quelque chose verraient avec douleur les espérances qu'ils ont conçues s'évanouir'. »

Les peuples, en effet, auraient été très déçus si, prenant au sérieux les saillies frondeuses de quelques critiques, on les eût replongés dans les maux dont ils ne commençaient à parler légèrement que parce qu'ils croyaient en être délivrés. Mais ce n'était pas seulement avec les peuples qu'il fallait compter, c'était aussi et surtout avec le roi qui, dégoûté de la vie des camps après ringrate station qu'il y avait faite l'année précédente et rentré cette fois pour jamais dans ses habitudes de plaisir, était résolu à ne plus s*imposer de nouveaux ennuis. Il prenait très mal les murmures mêmes du maréchal de Saxe :

« Voilà, dit-il, le style de MM. les généralissimes, leur politique est toujours à boulet rouge. » Comprenant très bien que la seule manière de mettre un terme à cette agitation incommode était de placer les mécontents en présence d'un fait définitivement accompli : sentant que tout serait compromis si, l'incertitude se prolongeant, la paix se trouvait décriée avant d'être conclue,

\. Puisieulx à Belle-Isle,!! juin 1748. (Ministère de la guerre; série supplémentaire).

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il donna ordre de faire revenir de nouveau Saint- Séverin, sous prétexte de lui remettre le cordon bleu, mais, en réalité, pour lui enjoindre cette fois, sans commentaire, de tout terminer au plus vite.

C'était, en effet, sur cet envoyé, un instant porté aux nues, qu'on commençait à rejeter toutes les fautes et à lui que l'impatience publique s'en prenait; on Taccusait couramment de s'être précipité, avec un empressement sans dignité, dans une voie si mal préparée qu'on ne savait plus aujourd'hui où elle allait conduire. Puisieulx, sans pouvoir désavouer un agent qu'il avait choisi et dont il avait approuvé tous les actes, laissait pourtant faire à côté de lui par ses meilleurs amis ce reproche qui lui servait à lui-même, au moins en partie, de justification. — « Je ne crois point du tout, lui écrivait, de Gênes, Richelieu (que la reprise des hostilités pouvait exposer à de véritables périls), que mon attachement pour vous m'aveugle, et je suis bien persuadé qu'il n'y avait que vous de capable de faire une paix qui pût être raisonnable et durable, et il me semble en même temps que personne n'y était moins propre que M. de Saint-Séverin : tout ce qui m'en revient est d'un homme qui a tous les défauts

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opposées à toutes les qualités qui seraient nécessaires en pareil cas, et je crois que l'empressement démesuré et scandaleux que nous montrons de finir nous fera faire un ouvrage qui nous conduira à une guerre prochaine et à des embarras sans fin. Mais pour vous et pour moi, sortons vite de ceux-ci au moins, car votre situation et la mienne est très mélancolique *. »

Rappelé ainsi à Versailles en toute hâte, Saint- Séverin reçut Tordre de conclure sans délai, non seulement de la bouche royale, mais d'une autre qui, pour un bon courtisan comme lui, avait plus d'autorité encore; ce fut madame de Pompadour qui, dès son premier entretien et sans le laisser parler, lui dit : — « N'allez pas revenir sans la paix, le roi ne veut plus de guerre. » — Avec Puisieulx, son explication, dont nous n'avons pas les détails, dut être un peu vive, car les étranges communications qu'il n'avait pas craint de faire à Kaunitz, par l'intermédiaire du secrétaire saxon, — rapportées, commentées et amplifiées par ce confident indiscret, — circulaient de Vienne à Dresde et formaient un véritable com-

1. Richelieu à Puisieulx, 10 août 1748. — (Ministère de la guerre, partie supplémentaire.) — Voir aussi dans le même recueil une lettre de Chavigny à Bclle-Isle dans le même sens.

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mérage diplomatique. On ne savait plus comment s'en tirer. Puisieulx était harcelé par le comte de Loos, qui venait lui demander avec surprise pourquoi le langage tenu par l'envoyé de France à Aix-la-Chapelle différait de celui qu'on lui faisait entendre à lui-même, à Versailles, et annonçait que sa cour faisait partir un envoyé exprès pour venir tirer la chose au clair. — « Dans quel galimatias sommes-nous fourrés? s'écriait Puisieulx avec impatience : si on a trompé TAutriche, comment la désabuser sans Toffenser, et si la chose se sait, comme cela ne peut manquer d'arriver, que va-t-on penser de nous à Londres et à Berlin? » — Je ne sais comment Saint-Séverin réussit cette fois à présenter des explications rassurantes de sa conduite. Ce qu'il y a de certain, c'est que sous prétexte de lui donner un collaborateur plus expert que lui en écritures diplomatiques, — en réalité peut-être pour le surveiller et prévenir de nouveaux coups de tête, — on lui donna un adjoint qui dut repartir avec lui ; c'était le même La Porte du Theil, qui avait déjà figuré à la conférence de Bréda et qui dut être chargé de tenir la plume pour la rédaction du traité définitif. Les deux représentants reçurent un pouvoir collectif qui ne leur permettait

pas d'agir, ni môme de correspondre Tun sans. Tautre, et le roi, en le leur remettant, leur dit d'un ton qui ne souffrait pas de réplique : — « Allez, messieurs, et finissez vite *. »

Une instruction si impérative ne pouvait manquer d'être obéie : dans la situation dominante qu'occupait la France et dont elle profitait si mal,, l'effet en était certain. D'autant plus qu'au même moment le gouvernement anglais, éprouvant aussi beaucoup d'impatience d'un retard qui remettait tout en question, recourait pour y mettre un terme au même moyen que le ministre français. Aussi peu content de Sandwich qu'on l'était, sans le dire, de Saint-Séverin à Versailles, bien que par d'autres motifs, il crut devoir lui adjoindre, sous forme d'auxiliaire, un véritable surveillant. Le choix porta sur le ministre anglais à Vienne,. Robinson, dont la situation en face de Marie- Thérèse, après tant de violentes altercations,

1. Campardon, Madame de Pompadour. — Puisiqulx à Saint- Séverin, 26 juillet, 25 août, 13 septembre 1148. [Correspondance de Bréda et d'Aix-la-Chapelle. — Ministère des alTaires étrangères) — Aucun témoignage direct n'existe des entretiens qui durent être échangés verbalement entre Puisieulx et Saint- Séverin au sujet de Kauderbach, j'ai dû emprunter les détails que j'ai placés ici à des dépêches adressées à Saint-Séverin après son retour à Aix-la-Chapelle et qui font clairement allusion à ce qui s'était passé dans ses conversations avec son ministre.

•était devenue très difficile, mais qui, en raison de son long séjour à Vienne, paraissait plus propre qu'un autre à trouver quelque moyen de faire sortir l'Autriche de sa position de bouderie hautaine. Robinson arrivait donc de Vienne, très froidement congédié par l'impératrice, et, par là même, très pressé d'en finir. Les quatre plénipotentiaires, auxquels se joignit le Hollandais, qu'on décida à revenir, formaient ainsi un congrès en miniature, qui se mit à l'œuvre sans retard, et tout marcha dès lors assez rapidement'. Du Theil était un esprit conciliant et un écrivain habile, fertile en expédients pour ménager, par des rédactions heureuses, les amours-propres en conflit. Robinson, au contraire, était un Anglais de la vieille roche, prenant volontiers le ton dogmatique, et pensant tout emporter de haute lutte. Mais ni la douceur insinuante de l'un, ni la hauteur de l'autre, ne suffiraient à expliquer comment des difficultés qui, la veille, paraissaient insolubles, disparurent par enchantement. La vérité est que le retour de Saint- Séverin en compagnie et sous bonne garde fit comprendre à Kaunitz et par lui à Marie-Thérèse

1. Coxe, Pelham administraiion^ l. II, ch. XIX et XX.— D'Arnelh, t. UI, ch. xiv, p. 379-385.

qu'ils n'avaient plus rien à attendre du langage ambigu de la France et du double jeu de son envoyé. Le mieux était donc de courber pour ce jour-là la tête sous la nécessité afin de mieux préparer la revanche du lendemain ; c'est ce que Saint-Séverin trouva encore moyen de faire entendre à Toreille. — « Laissez finir ceci, dit-il à Kaunitz : après chacun pourra se faire un système à l'avenant de son goût, et c'est alors que l'Autriche nous retrouvera si elle nous cherche sincèrement et de bonne foi *. »

L'accord étant fait ainsi, par suite de cette résignation forcée, au fond des choses, la forme ne devait pas tarder à suivre. Successivement, en effet, la marche des Russes fut arrêtée par une convention intervenue entre les puissances maritimes, sous la condition que la France retirerait, en même temps, des Pays-Bas, un nombre de troupes sensiblement égal à celui que devait apporter ce corps auxiliaire. L'Autriche consentit à laisser rentrer les troupes hollandaises dans celles des places de la barrière dont les fortifications n'étaient pas démolies, moyennant une for-

1. Saint-Séverin à Puîsieulx, 31 août 1740. (Correspondance de Bréda et d^ Aix-la-Chapelle, — Ministère des aiïaires étrangères).

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mule qui réservait ses droits de souveraineté. La garantie des cessions faites à la SardaigDe et à la Prusse qui arrachait Tàme à Marie-Thérèse fut plus difficile à obtenir d'elle; mais elle céda à rassurance qui lui fut donnée que la pragmatique sanction de Charles V serait mentionnée dans le traité, comme Tune des bases de la paix, et qu'une consécration nouvelle serait ainsi donnée à ce qui subsistait encore de cet acte, après toutes les violations et les atteintes qui y avaient été portées. Quand des points de cette importance étaient réglés, que pouvaient signifier les contestations, encore assez vives, élevées par l'Espagne au sujet de la date fixée pour l'expiration du néfaste contrat de Vassienio et des cas où Tapanage constitué à Tinfant devrait faire retour à ses anciens possesseurs! Ces discussions stériles faisaient seulement voir que chacun, étant mécontent, ne cédait qu'à regret et ne subissait la nécessité qu'en la maudissant. Ce fut par suite de ce sentiment de mauvaise humeur générale que le traité, signé entre les plénipotentiaires de France, d'Angleterre et de Hollande, le 18 octobre 1748, ne reçut qu'après quelques jours et môme quelques semaines d'attente, l'accession de l'Autriche, de l'Espagne, et

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même de la Sardaigne. Toutes ces puissances tenaient à bien établir qu'elles n'abandonnaient pas volontairement leurs prétentions , mais qu'elles n'en faisaient le sacrifice provisoire qu'au bien des peuples et au repos général de l'Europe : — « Nous entrons dans une maison de carton, dit Kaunîtz, il faudra voir si on pense en faire quelque chose de plus solide *. »

Chose singulière, une des premières accessions qui vinrent s'ajouter à la signature des plénipotentiaires, ce fut celle de Frédéric qui, pourtant, s'était tenu jusqu'à la dernière heure à l'écart de la négociation et s'était refusé constamment à accorder à l'Autriche, en échange de ce que le traité lui attribuait à lui-même, la réciprocité qu'elle réclamait et qu'on avait fini par lui accorder . Son historien et son panégyriste , Droysen, s'étonne de cette contradiction et finit par en donner une explication qu'il croit véritable : c'est, suivant lui, que, n'ayant aucune confiance dans la durée de la paix, Frédéric ne voulait pas se trouver isolé en Europe le jour prochain et probable où de nouveaux conflits

1. L'adhésion de FAutriche est du 8 novembre, celle de l'Espagne du 20 octobre, la Sardaigne ne fit accession que le 20 novembre. (Béer, Friede von Aachen, p. 89.)

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éclateraient, ni être signalé d'avance comme un trouble-fête qui conspirait dans une retraite maussade contre le repos commun. Il craignait de paraître préparer et provoquer le retour des troubles qu'il prévoyait. Ainsi, ajoute Thistorien allemand, voyant l'horizon se charger de nuages, il voulait éviter tout ce qui les ferait amonceler sur sa tête *.

Le traité, composé de vingt-quatre articles comme les préliminaires, serrait de très près le texte primitif, auquel n'étaient ajoutés que quelques compléments et explications indispensables. Chose singulière, parmi ces additions qui pouvaient paraître nécessaires, il en est une qu'on devait s'attendre à y trouver et qu'on cherche pourtant vainement, c'est celle qui aurait dû constater la reconnaissance par la France du litre impérial de Marie-Thérèse et de la couronne décernée à François de Lorraine par la Diète germanique. Non que la France n'eût fait à plusieurs reprises, pendant les négociations, Tofifre de retirer par un acte formel la très vaine protestation qu'elle avait opposée à l'élection de Franc-

1. Droysen, t. III, p. 501-502. — L'accession de Frédéric fut offerte par lui, mais ne parait pas avoir été effectivement donnée, on n'en trouve pas la trace officielle dans les archives de Berlin. — Droysen, t. IV, p. 9.

fort. Mais Marie-Thérèse avait dédaigné de faire accueil et même de prêter Toreille à cette satisfaction tardive, pensant probablement (comme le général Bonaparte devait le dire plus tard de la République française) que son droit était trop éclatant pour avoir besoin de la reconnaissance ou de la conûrmation de personne. L'omission, pourtant singulière, passa, ce semble, complètement inaperçue. Ainsi de la prétention même qui avait motivé la première prise d'armes, — du dessein d'enlever à Théritière orpheline de la maison d'Autriche la succession de Gharlemagne et de Charles-Quint, — le souvenir môme avait disparu! Rien ne restait, dans aucun esprit, du rêve qui avait enflammé l'imagination de Belle- Isle, auquel Louis XV, par une violation éclatante de la foi jurée, n'avait pas craint de sacrifier l'honneur de la parole royale, et qui avait fini par troubler de tant d'angoisses les dernières veilles de Fleury. A voir même avec quel soin le nouveau traité rappelait et rétablissait, autant que la chose était possible, les moindres dispositions des conventions antérieures et s'efforçait de replacer l'Europe dans l'état où la guerre l'avait trouvée, il semble que ce fût cette guerre ellemême et toutes ses péripéties qu'on voulait effacer

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•de la mémoire des peuples, pour ne la laisser figurer dans les annales de Thistoire que comme un sanglant intermède. Les seuls changements, •en définitive, qu'il eût fallu consacrer, c'étaient ceux qui étendaient la domination du roi de Sardaigne en Italie et du roi de Prusse en Allemagne, en sorte que tant de vie et d'or français n'avaient été sacrifiés que pour satisfaire l'ambition de la maison de Savoie et préparer la grandeur de l'électeur de Brandebourg. Je ne crois pas que la justice du sort ait jamais porté sur un acte aussi répréhensible qu'impolitique une condamnation plus éclatante \

Tout étant cependant connu d'avance, la publication officielle du traité n'apprit rien à personne ■et ne pouvait causer aucune émotion. Ce ne fut ni la joie du premier jour, ni la déception qui ^v^ait suivi. Une disposition assez étrange donna même un instant quelque consolation à la vanité française : ce fut celle qui stipulait que pendant

1. Voir à Tappendice B le texte des préliminaires et celui du traité. 11 sera aisé d'apprécier par cette comparaison le peu d'importance des modlQcations apportées au premier de ces document» par le second. — Les préliminaires portaient l'article suivant : Le Prince élu à la dignité d'Empereur sera reconnu en cette qualité par toutes les puissances qui ne Tout pas reconnu. Cette disposition n'est pas reproduite dans le traité.

rintervalle de quelques semaines qui devait s'écouler entre Tévacuation des Pays-Bas et la restitution de Louisbourg, deux pairs d'Angleterre viendraient en France pour y être gardés en otages. Paris vit passer ces deux seigneurs avec une curiosité polie, et la cour les reçut avec une courtoisie de bon goût, non sans se divertir un peu à suivre sur leur visage la trace du léger embarras qu'ils devaient éprouver, et dont, du reste, en gens de bonne compagnie, ils prenaient galamment leur parti.

Tout se serait donc passé paisiblement, et la légèreté française, si prompte à tout oublier, aurait bientôt fait taire critiques, louanges et discussions de toute sorte, quand un scandale inattendu vint jeter une triste lumière sur Tune des faces les plus douloureuses de la nécessité qu'on avait dû subir. L'engagement était pris, en termes très nets, bien que sous une forme mitigée, d'éloigner de France le jeune et brillant guerrier qui avait eu un instant la bonne fortune de disputer la couronne d'Angleterre à la dynastie protestante. L'exécution était pénible, et par là même, il convenait de la faire sans éclat. Rien ne devait faire prévoir qu'on dût rencontrer

aucun obstacle sérieux. Pareil sacrifice avait été

imposé à Louis XIV après les malheurs de ses dernières guerres, et le chef de la maison de Stuart, celui à qui toute la France rendait les honneurs royaux sous le nom de Jacques III, acceptant sans murmure ce surcroît de proscription, s'était retiré à Rome et trouvait dans cet asile des grandeurs déchues une situation conforme à la dignité de son rang et de son caractère. On devait espérer du prince, son fils, la même résignation aux exigences de la politique et aux caprices de la fortune. 11 n'en fut rien : le jeune héros, au milieu des péripéties tour à tour glorieuses et romanesques qu'il avait traversées, s'était accoutumé à voir son nom répété par les échos de la renommée; il était en France l'objet d'une curiosité admirative dont il recevait à toute heure les témoignages les plus flatteurs; il se consolait d'ailleurs de ses disgrâces en prenant sa part des plaisirs de la capitale. Il lui en coûta trop de rentrer dans l'obscurité et dans l'isolement, où s'était écoulée son enfance. Quand il reçut Tinvîtation de se retirer sans bruit, il déclara hautement qu'il n'y déférerait pas, laissant en môme temps entendre qu'il avait en main une lettre (qu'il ne montra pourtant pas), par laquelle Louis XV s'engageait à ne pas l'éloigner de sa présence, tant

qu'il n'aurait pas pu lui assurer un établissement convenable. Tous les moyens furent mis en œuvre pour vaincre cette puérile obstination. On lui fit envoyer de Rome, par son père, l'injonction de se conformer au désir du roi. Pour lui épargner l'ennui de retourner au point dont il était parti, on lui ménagea aux portes de France, à Fribourg, une retraite que, malgré les menaces de l'Angleterre, les magistrats de ce petit canton ne craignirent pas de lui offrir. Enfin, pour rompre les liens les plus chers qui l'attachaient au séjour de Paris, on fit défense à sa maltresse, la princesse de Talmont, de le recevoir chez elle; elle dut se conformer à cet ordre, de sorte que, se présentant à sa porte, il la trouva fermée, et qu'essayant de la forcer, il fut arrêté par le poste voisin, accouru pour s'opposer à cette violence. Rien n'y fit, le prince persista dans sa résistance, aflTectant même de se montrer avec ostentation dans les lieux publics. « Il verrait bien, s'écriaitil, si on oserait mettre la main sur lui, et d'ailleurs, il était décidé à ne pas sortir vivant de France, de sorte qu'il faudrait ou le tuer ou le laisser se tuer lui-même, si on voulait être délivré de lui. » Au duc de Gesvres qui venait une dernière fois le sommer d'obéir à l'ordre

royal : « Sans le respect que je dois au roi, lui répondit-il, je ne vous laisserais pas sortir comme vous êtes entré. * Enfin, averti un soir que les deux seigneurs qu'on gardait en otages devaient assister à la comédie, il vint se placer en face d'eux pour faire lever toute l'assistance à son arrivée, et se faire rendre par ceux qui l'entouraient les honneurs dus aux princes royaux.

Après avoir supporté cette bravade pendant plus d'une semaine, il devenait impossible de laisser défier à ce point l'autorité royale et compromettre sans profit le repos public. Ordre fut donc donné par le conseil des ministres, réuni sous les yeux du roi, de faire finir le scandale, en arrêtant le prince le jour où il essayerait encore de se montrer de nouveau dans une réunion publique. Ce fut à l'Opéra qu'eut lieu cette triste exécution, et quoi qu'on pût faire, malgré tous les soins pris pour en adoucir la rigueur, remploi de la force ayant toujours plus ou moins un air de brutalité, rien ne put empêcher que les circonstances prissent un caractère repoussant et presque cruel. La salle de l'Opéra était alors contiguë au Palais Royal, demeure du duc d'Orléans : on demanda au duc, qui n'y consentit

qu'à regret, rautorisalion de faire passer, par les cours intérieures du palais, des gardes déguisés en bourgeois, qui se trouvèrent en face du prince au moment où il descendait de son carrosse.

D'autres agents apostés fermèrent au même moment le passage derrière lui. On le saisit, en mettant la main sur son bras pour l'empêcher de tirer son épée et on le conduisit en étouffant ses cris jusqu'à une rue écartée où Tatlendait le duc de Biron avec un carrosse à six chevaux pour le conduire à Vincennes. Il se débattait violemment, et bien qu'on eût eu soin de lui enlever tout de suite un pistolet et un poignard qu'il portait sur lui, on craignait tellement qu'il n'eût quelque autre arme cachée dont il pût faire usage contre lui-même ou contre ceux qui le détenaient, qu'on crut devoir lui lier les pieds et les mains avec un cordon de soie, et l'emporter à bras dans la voiture, le corps renversé et la tête en arrière. Pendant tout le chemin, il s'emportait en injures contre ses gardiens. Au chevalier de Vaudreuil qui était placé en face de lui : « Vous faites là, mon cher monsieur, dit-il, un bien vilain métier. Où sommes-nous donc?

Est-ce la France? Je serais mieux traité au Maroc. » — Arrivé à Vincennes, où un appar-

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tement très convenable lui était réservé et un souper lui était préparé, il refusa de manger et se coucha tout habillé. Cet état de fureur dura plusieurs jours, donnant lieu à des accès de fièvre qui faisaient craindre pour sa vie ou pour sa raison.

Il était impossible de le faire partir dans cette crise, au risque de voir les mêmes éclats se renouveler tout le long de la route. Il fallut attendre que, la solitude produisant l'effet calmant qui est assez ordinaire, le captif luimême s'avouât vaincu et se laissât mettre en voiture pour Fontainebleau et de là pour Avignon. Une lettre d'excuse qu'il adressa à Louis XV était encore écrite d'un ton assez fier, et, dit Luynes, comme traitant de couronne à couronne *.

Les récits commentés, amplifiés, envenimés de ces tristes faits, dont Tapparence, au moins, était barbare, répandirent partout la stupeur et

i. Voir h Tappendice G quelques fragments d'un drame historique que le marquis d'Argenson avait composé dans sa retraite sur ce triste incident. J'ai retrouvé cette pièce de peu de valeur au point de vue littéraire dans les cartons des archives du ministère des aiïaires étrangères. J'appelle l'attention du lecteur sur la scène où le marquis fait parler les ministres, ses collègues de la veille, réunis en conseil sous les yeux du roi.

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bientôt Tindignation. La nécessilé qu'on ne pouvait guère contester était une excuse difficilement acceptée. On y voyait plutôt la condamnation de l'incapacité et de l'imprévoyance qui n'avaient pas su prévenir une telle extrémité. Dans l'entourage môme du roi, le mécontentement s'exprima avec une liberté et une audace inaccoutumées; le dauphin, qui était très lié avec le prince Edouard, ne put s'empôcher de verser des larmes qui lui étaient arrachées moins par la douleur de l'affection blessée que par le ressentiment de l'injure faite au sang royal. La princesse de Talmont, devenue presque une héroïne de roman, grâce à la tendresse dont elle ne faisait pas mystère, prit prétexte de l'arrestation d'un de ses serviteurs, qui avait été pris avec la suite du prince, pour écrire au ministre, Maurepas, cette épltre insolente :

€ Monsieur, voilà les lauriers du roi portés à leur comble, mais comme l'emprisonnement de mon laquais n'y peut rien ajouter, je vous prie de me le rendre. »

Les vers suivants, dont on est surpris de rencontrer l'accent généreux dans les recueils du temps, à côté de pièces d'un ton bien différent,

attestent par ce contraste môme la vivacité du sentiment public :

Peuple, jadis si fier, aujourd'hui si servile,

Des princes malheureux vous n'êtes plus Tasile.

Vos ennemis vaincus au champ de Fontenoy

A leurs propres vainqueurs ont imposé la loi,

Et cette indigne loi qu'Aragon nous procure

Est pour eux un triomphe et pour nous une injure.

Hélas! avez-vous donc couru tant de hasards

Pour placer une femme au trône des Césars?

Pour voir Theureux Anglais dominateur de Tonde,

Voiturcr dans ses ports tout Tor du Nouveau Monde?

Voilà le fils de Stuart, par vous-même appelé.

Aux frayeurs de Brunswick lâchement immolé.

Et toi, que les fiatteurs ont paré d*un vain titre,

De lEurope, aujourd'hui, le diras-tu l'arbitre,

Lorsque dans tes États tu ne peux conserver

Un héros que le sort n*est pas las d'éprouver,

Mais qui, dans les horreurs d'une vie agitée.

Au sein de l'Angleterre à sa perte excitée.

Abandonné de tous, fugitif mis à prix,

Se vit toujours du moins plus libre qu'à Paris '?

Un autre factum, dont on ne peut citer que quelques vers, se terminait également par une apostrophe à Louis XV, plus amère et plus injurieuse encore :

George, dis-lu, l'oblige à refuser Tasile Au vaillant Edouard : s'il t'avait demandé/

Roi sans religion, que ta p s'exile.

Réponds-moi, malheureux, l'aurais-tu concédé? Belle Agnès tu n'es plus! Ton allière tendresse Dédaignerait un roi fiétri par la faiblesse.

1. Journal de Barbier^ novembre et décembre 1748 ; — /0Mmai de LuyneSy t. IX, p. 60 et suiv. ; — Journal de d*Argenson, t. V, p. 289 et suiv.

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Dans toutes les pièces du monde, c'est le dénouement qui reste gravé dans la mémoire des spectateurs. Ainsi, un incident, au fond sans importance, allait marquer d'une note de déshonneur et d'humiliation une paix chèrement achetée et dont on contestait déjà les avantages. Bête comme la paix, disait-on, par une expression qui courut et qui fit fortune. Avec plus de justice encore et non moins de sévérité, on aurait pu appliquer la même qualification, non pas à la paix seulement, mais à la guerre elle-même, qui, mal engagée, le plus souvent mal conduite, finissait sans profit, sans éclat, sans que ni le génie de Maurice de Saxe, ni la gloire de Fontenoy, eussent pu réparer l'erreur et la faute du premier jour.

Le présent ainsi péniblement réglé, que devaiton espérer et que n'avait-on pas à craindre de l'avenir! C'était la question que tout le monde se posait et que chacun s'apprêtait à résoudre dans le sens de ses intérêts et de ses passions. Quelque chose manquerait donc à la conclusion de ce long récit si, avant de tourner la dernière page, je ne rappelais quels devaient être, dans une situation qui demeurait si incertaine, les vœux et les desseins avoués ou secrets des diverses puissances.

Aucune d'entre elles, on l'a vu, ne plaçait la

moindre confiance dans la durée de la paix.

C'était la déclaration que faisait tout haut, dès le premier jour, un excellent observateur, parlant avec la clairvoyance propre à Tintérôt personnel, et avec la sagacité pénétrante qui était la qualité principale de son génie. — « Cette pacification générale, écrivait Frédéric, ressemble plutôt à une trêve dans laquelle toutes les parties profitent d'un instant de repos, cherchent des alliances pour être mieux en mesure de reprendre les armes. » Rien de plus juste; et rien ne fait mieux comprendre comment l'encre du traité était à peine séchée, que déjà personne n'allait plus le prendre au sérieux. Un vague sentiment d'instabilité continuait à peser sur l'atmosphère. Vainement, les pacificateurs se sont-ils vantés d'avoir remis TEurope dans l'état le plus voisin possible de l'équilibre où la guerre l'avait trouvée. Chacun sent que, sous le calme assez mal rétabli de la surface, de profonds changements s'opèrent, de nouvelles combinaisons se préparent, d'où peuvent sortir des périls imprévus, et c'est à qui regardera autour de soi pour reconnaître d'avance sur quel appui il peut compter, et, le jour de la prochaine épreuve venue, quels auxiliaires se mettront en ligne à ses côtés.

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Frédéric pouvait d'autant plus parler pertinemment à cet égard, que pour sa part sa résolution est prise, et nulle incertitude ne subsiste plus dans son esprit. Délié, il le croit du moins^ de tout engagement envers la France, c'est contre elle qu'il va lier partie avec l'Angleterre. Ne venons-nous pas de Tentendre annoncer ce projet sur un ton de franchise presque cynique, dans son premier entretien tenu avec le ministre anglais, le jour même de la signature des préliminaires de paix? N'est-ce pas lui qui nous apprend que cette paix, attendue comme une délivrance, va lui permettre de retirer de la main de la France celle qu'il se propose de tendre luimême à l'Angleterre? La neutralité jalouse dans laquelle il s'est renfermé pendant les dernières années de la guerre lui a laissé le temps de préparer et de masquer son évolution. Elle est prête maintenant, et s'il garde encore quelques ménagements de prudence et de politesse avec les ministres de Louis XV, c'est pour rester libre de choisir le moment où il conviendra de déclarer ses nouveaux sentiments. Assurément, il ne dénoncera pas le premier l'armistice européen i il a trop affaire à garder ce qu'il a gagné, pour se jeter à l'aventure dans de nouveaux hasards. Il

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ne s'agit encore que de former une ligue défensive pour assurer (c'est son expression) la liberté de l'Europe contre les menaces de l'ambition française. Mais il sait parfaitement à qui il parle, et ce n'est pas lui qui se trompera jamais sur le sens et la portée des paroles. Il n'ignore pas qu'entre France et Angleterre subsiste une rivalité à peine assoupie, excitée par le souvenir d'un parlage égal de revers et de victoires, et que le plus léger incident, une querelle de frontière, une chicane élevée sur une interprétation de texte, peut, d'un instant à l'autre, porter à l'état aigu. Vienne ce conflit, qu'il prévoit inévitable, il déclare d'avance auprès duquel des combattants il a marqué sa place, et pour une cause qu'il aura une fois embrassée, il n'est pas homme à former longtemps des vœux stériles.

C'est bien ainsi que l'Angleterre entend l'alliance qui lui est offerte et qu'elle a d'ailleurs toujours attendue et sollicitée. Pendant toute la guerre, il n'y a pas eu un jour où l'Angleterre n'ait travaillé à détacher Frédéric de la France, et à le faire passer dans le camp de ses adversaires : à plus d'une reprise, elle a pu croire y avoir réussi. De la part de Frédéric, c'a été, avec les ministres et les agents anglais, une suite de

rapports tantôt secrets, tantôt publics, mais qui, entretenus parfois à Tinsu et au préjudice de ses propres alliés, ont eu le caractère d'une véritable trahison : si, à d'autres moments, ces relations ont paru se refroidir et même s'aigrir, ce n'est pas que Frédéric les ait jamais découragées; au contraire, il a toujours tenu à garder Toreille ouverte pour entendre ce qui lui viendrait de Londres. Mais c'est que le roi George, songeant plus au Hanovre qu'à l'Angleterre, ou cédant à une sotte antipathie personnelle, a entravé et entravera peut-être quelque temps encore les vue» politiques de ses ministres. La nation anglaise n'a jamais partagé ces mesquins dissentiments de famille : elle a toujours suivi avec une sympathie instinctive et prophétique les exploits du jeune héros, enfant de Luther comme elle, et qui semble destiné à raviver, pour l'honneur de la foi protestante, les glorieux souvenirs de Gustave-Adolphe et de Guillaume d'Orange. Vainement l'Autriche est-elle encore l'alliée officielle et la Prusse l'ennemi nominal : les victoires de Molwitz et de Keltelsdorf n'en sont pas moins saluées, avec une satisfaction peu déguisée, dans les cafés et les lieux publics de Londres. Et à toutes les étapes de la longue négociation qui vient de passer sous nos

yeux, n'avons-nous pas toujours vu TAngleterre prendre en main la cause de Frédéric, se prêter à toutes ses exigences, aux dépens, en dépit et malgré les protestations de TAutriche? N'est-ce pas elle enfin, qui, par un dernier acte d'autorité, met la conquête de la Silésie sous la garantie du nouveau droit public? Ainsi l'alliance de la Prusse ne lui est pas encore proposée que déjà l'Angleterre s'empresse d'en fournir le gage, et ce témoignage anticipé de reconnaissance atteste assez les services qu'elle en attend, et qu'à un moment donné elle se croira en droit de réclamer. Mais ces avances n'ont pu être faites ni ces avantages assurés à la Prusse sans contrister péniblement l'Autriche. A quel point Marie- Thérèse est offensée de se voir porter le dernier coup par une main qu'elle croyait amie, en quels termes elle qualifie cet abandon, c'est ce qu'on aurait peine à croire, si dans les textes que j'ai fait connaître, on n'entendait sortir de sa bouche même l'expression de son ressentiment. L'Angleterre, à ses yeux, par la garantie donnée à la conquête de la Silésie, s'est faite complice de l'attentat dont elle a été victime. Si le Prussien a fait le vol, l'Anglais, en le garantissant et en le mettant à l'abri de toute reprise, a joué le

rôle ingrat de receleur; et c'est tout au plus si le complice, moins hardi et plus perfide que l'auteur principal, n'est pas plus digne de réprobation. A ce grief, qui est toujours le plus grave, l'Angleterre a mis le comble par ses faiblesses pour le roi de Sardaigne, en sorte que, si l'héritage de Charles VI n'arrive à sa fllle qu'après une double mutilation, c'est l'Angleterre qui la lui a fait subir. Aux traits que j'ai rapportés pour peindre cet état d'àme de Marie-Thérèse, il semble qu'on ne puisse rien ajouter : il en est un pourtant qui les complète et qui les couronne. La paix conclue, quand arrive à Vienne le nouvel envoyé anglais qui doit remplacer Robinson, Timpératrice refuse de le voir : « Je lui ai donné en réponse, écrit le ministre Uhifeld en lui transmettant ce refus, qu'après avoir fait rapport à Leurs Majestés, ils avaient trouvé que nos pertes étaient trop récentes, et la plaie des préliminaires faits à nos dépens était trop fraîche, pour qu'il leur convint de recevoir un compliment de félicitations, pendant qu'un de condoléance conviendrait de préférence. Je lui ai doré la pilule de mon mieux *. »

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