‹ La palette d'orChapitre 11 sur 15 · LA STATUE · texte numérisé non relu

LA STATUE

Au moment où une crise si décisive se préparait dans sa destinée, Phénomène, tout entier à l'œuvre que lui avait commandée Jean Goujon, avait fait venir un modèle et travaillait avec une activité qu'il, n'avait jamais éprouvée, même dans ses plus ardentes

heures d'enlhousiasme. Le sang empourprait son visage; des flots de sueur baignaient son front, et sa respiration entrecoupée sortait avec peine de sa large poitrine. A chaque instant il détruisait ce qu'il venait de faire, car rien ne pouvait le contenter, et la terre semblait rebelle sous ses doigts. Peu à peu, cependant, la statue prit une forme, et, quand le soir approcha, l'artiste, plein d'inspiration, achevait de l'ébaucher.

Alors il se recula de quelques pas et considéra son ouvrage... Bientôt à l'expression animée de ses traits succéda l'abattement le plus profond, et il jeta là son ébauchoir.

— Cela ne vaut rien, soupira-t-il; j'ai fait un homme et non pas un Dieu! j'ai fait un

vivant ol non point un moribond. Quand il verra cela, Jean Goujon sourira de pitié et dira : « Je me suis trompé : cet homme n'est «bon qu'à sauter sur des chevaux! Oh!

malheur! malheur!

— Maître, dit le modèle en reprenant les vêlements dont il s'était dépouillé pour poser devant le statuaire, faudra -t-il revenir demain?

— Entre ce passage de la vie à la mort, continua Phénomène sans l'entendre, il doit exister de mystérieuses douleurs, de sublimes effets que l'art ne peut deviner et qu'il saurait à peine reproiluire.. . Il me faudrait aller étudier ces merveilles au lit de quelque

malade!... Oui, je lésons! si ma statue élail exécutée comme je le comprends, si l'existence et le trépas se lisaient à la fois sur ces membres palpitants, si la têle s'inclinait réellement pour expirer, alors je surprendrais le secret de la nature et j'enfanterais une œuvre grande et vraie... Allons, pose, dit-il durement au modèle qui commençait à se vêtir. A bas ces habits!

Le modèle regarda Phénomène et eut peur.

— Voici la nuit qui paraît, maître, et je suis bien fatigué.

— Pose , te dis-je , et tâche d'exprimer dans tous tes membres la douleur de la

mort... Rien! rien! il ne sent rien ! Et l'heure s'avance! et le temps se perd! El je le comprends, je ne produirai rien! J'espérais de la gloire, je ne recueillerai que de la honte! Demain Jean Goujon m'accablera de mépris et de pilié! Allons donc, misérable ! pose comme je le l'ordonne, et redoute tout de moi.

Le modèle, pâle et tremblant, s'efforça d'obéir; mais telle était sa terreur qu'il tomba sans connaissance.

Un éclair de joie brilla dans les yeux du statuaire.

— C'est cela! s'écria-l-il. Oh! comme la défaillance court dans ces membres, comme

la face s'est décomposée! Voilà ce que je vou lais! A rœuvrel à l'œuvre!

Et il se mit ù travailler avec une promptitude et un bonheur merveilleux... Encore un peu de temps, et la statue était finie, quand le modèle sortit de son évanouissement.

— Reste là I lui cria Phénomène, reste là sans remuer.

Mais le modèle éperdu de terreur se releva et voulut fuir.

— Reste, je te l'ordonne, répéta l'artiste en le saisissant.

— Laissez-moi! A l'aide! Au secours!

— Ma statue ne sera point finie! hurla le nain en saisissant la pauvre créature dans ses larges mains. Reste, ou tu es mort.

Un frisson convulsif parcourut tous les membres de l'infortuné.

— Au secours! bégaya-t-il en se débattant! au secours !

Durant cette lutle, Phénomène avait saisi un poignard qu'il tenait levé sur la poitrine du modèle,.. Soit que ce dernier se fût jeté sur le fer, soit que le statuaire l'eût frappé, un bruit sourd se fit entendre , sui\i d'un soupir, et un cadavre \int tomber sanglant aux pieds de l'artiste... Phénomène alors, hors de lui, éperdu, dans un affeux délire^

reprit son ébauchoii' et se mit à travailler devant ce corps qui se débattait danâ les dernières convulsions de l'agonie.

Cela durait depuis près d'un quart d'^hcure quand il entendit heurter à sa porte et qu'il vit reluirQ, à travers les fenêtres de son logis, la rouge clarté de torches nombreuses.

— Ouvrez, c'est au nom du roi! lui disait-on.

A ces voix Phénomène revint à lui... H comprit toute l'étendue de son crime, et, par un mouvement machinal de remords et de terreur, il alla se réfugier derrière son cheval et se cacha dans la litière, tandis que, las de

heurler en vain, les gens du prévôt prenaient le parti d'enfoncer la porte.

Le premier objet qui frappa leurs regards fut le cadavre du modèle qui gisait au milieu de la chambre.

— Un meurtre! horreur! s'écria le chef de l'escouade, un meurtre! Que l'on entoure la maison de manière à ce que l'assassin ne puisse s'évader. Monseigneur le prévôt du Louvre avait sans doute connaissance de ce crime lorsqu'il nous envoyait ici pour saisir le traître bohémien. Pris en flagrant délft, une bonne corde en fera prompte justice. Commencez les recherches, et n'oubliez pas de visiter cette litière épaisse.

En doDiiautcot ordre il s'avançait lui-mèux^ vers le refuge de Pliénomènc, dont il iie larda point à découvrir le visage pale et défigure.

— Voici le coupable; emparez-vous-en, s'écria-t-il , et il voulut lui-même donner l'exemple à ses archers. Mais une ruade de Tristan brisa la poitrine du premier qui s'avança. Puis le terrible animal, sans cesser de faire de son corps un rempart à son maître^ mit hors de copibat, par ses coups de pieds et par ses morsures non moins funestes, cinq autres hommes et le chef lui-même. C'était quelque chose de grand et d'épouvantable à la fois que de voir ce cheval monstrueux bondir au milieu des gens armés qu'il renversait et foulait sous ses larges pieds. Revenu de sa

première stupeur, Pliénomène vint en aide à son défenseur; alors commença une bataille en règle, durant laquelle on n'entendit plus que les hennissements du cheval, les cris de Phénomène, les plaintes desblesséset les détonations d'arquebusades... Après iinelulte longue et désespérée , la victoire finit par rester au nombre : Tristan, percé de deux ou trois balles, tomba mourant aux pieds de son maître, et ce dernier, dans les mains duquel s'était brisé le poignard, seule arme qu'il eût, fut saisi, garotté et emmené au Louvre , au milieu des vociférations du peuple, que le bruit du combat avait amené de toutes parts.

Le baron des Adrets ne parut point surpris

du message qui lui enjoignait l'ordre de se rendre sur-le-chani|j, avec sa femme, en présence du roi. Le matin, en se séparant de la reine-mère, il avait lu dans les yeux de celleci qu'une prompte vengeance suivrait le refus dont il s'était courageusement armé pour repousser une horrible proposition ; car, tout cruel qu'il était, ce seigneur ne restait pas étranger à une sorte de générosité qui ne se taisait que devant de graves intérêts personnels.

Mais s'il n'éprouvait point de surprise, en revanche la plus cruelle inquiétude le poignait, et il redoutait d'autant -plus le coup dont il allait être frappé qu'il ne le prévoyait pas, et que, par conséquent, il ne savait comment le parer. Toutes ses conjectures n'arrivaient à rien de réel. H ne comprit la

vérité que seulement en présence de Jeanne.

— Il s'agit de Raoul, se dit-il; cette femme sait comment je me suis débarrassé de l'enfant et a tout dit. Il me reste à savoir comment elle a pu arriver jusqu'ici. Ah! j'aperçois ïhéodor€ de Bèze; tout s'explique maintenant... H l'a voulu! malheur à lui! car je sais le moyen de détourner l'orage de dessus ma léte pour le faire éclater sur celle des insensés qui croient me perdre.

Ce[)endant le roi et la reine prenaient silencieusement place sur un trône, tandis que Théodore de Bèze se tenait à leur droite, cachant à demi Jean Goujon, le jeune Italien Torquato et Michel de Montaigne qu'il avait amenés avec lui. Le baron des Adrets et sa

féïiHiie s'assirent de l'aulie côté; Jeanne resta dans le milieu de la salle, courageuse et sans que la présence d'une si redoutable assemblée l'intimidât le moins du monde.

— Baronne des Adrets, dit la reine, nous vous invitons à lever votre voile et à nous dire si vous reconnaissez cette femme.

Ce fut le baron qui découvrit le visage de sa femme, car elle restait immobile et sans entendre.

A la vue de ces traits pâles, immobiles et d'une étrange beauté, un sourd frémissement se répandit parmi les spectateurs; Jeanne tomba aux pieds de sa maîtresse.

— Oh! madame reconnaissez-moi, s'éerial-elle, car il s'agit de votre fils, du pauvre enfant dont les malheurs vous ont été déjà si funestes. Reconnaissez-moi, madame, reconnaissez-moi!

Aucune émotion n'altéra l'immobilité de cette figure glacée, elle n'abaissa même pas les yeux vers celle qui lui parlait.

— Et moi, madame, ne me reconnaissezvous point? demanda Théodore de Bèze Ne vous rappelez-vous point le jour oij je bénis votre mariage dans le château de Rochecor bon ?

La statue vivante ne fit pas un mouvement.

— Peut-être un aiilre personnage sera-lil plus heureux, dit le roi (jui prenait à cette scène tout l'intérêt qu'on prend à une péripétie de roman; holà!.

A ces paroles un rideau se leva et Phénomène fut introduit. D'abord ébloui par la lumière cl surpris de se trouver ainsi tout-àcoup en présence de la reine et du roi qu'il reconnut, le nain, d'ailleurs vivement troublé par le crime qu'il venait de commettre et par la lutte soutenue contre les gens de justice, porta lentement autour de lui des regards effarés. Mais quand Jeanne en pleurs s'avança vers lui et cria :

Raoul î

[1 oublia lout el se jeta dans les bras de sa nourrice.

— Vous! dit-il, vous! Jeanne 1 Oh! je vous reconnais! Ma tête brûle de mille souvenirs que la souffrance plus encore que le temps en avait effacés. Jeanne! ma bonne Jeanne!

La reine-mère et le roi s'agitaient sur leurs sièges*, Théodore de Bèze triomphait; Jean Goujon el Torquato essuyaient des larmes; Montaigne se tenait caché derrière ses compagnons; le baron des Adrets semblait toutà-fait désintéressé à cette reconnaissance.

Lorsque Raoul put se détacher des étreintes de Jeanne, il regarda les personnes qui l'entouraient; quand il se trouva devant le

baron, la colère et la haine conlractèrenl son visage.

— V^oici mon assassin! voici le lâche qui m'a jeté du haut d'un rocher dans... H n'acheva pas, car il venait de voir sa mère!... La parole expira sur ses lèvres tremblantes; il tomba sur ses genoux, étendit les mains vers elle et voulut dire : « ma mère », sans trouver la force d'articuler ce mot.

La baronne tourna les yeux vers lui.

D'abord rien n'altéra la morne impassibilité de ses traits, et l'on pouvait même croire que le regard qu'elle tenait attaché sur Raoul ne le voyait point; mais quand le malheureux jeune homme put balbutier enfin ;

— Ma mère!

Quelque chose d'étiange so passa en elle : de longs frissonnements agitèrent tout son corps; par un geste rapide elle porla les deux mains à son front, comme si quelque subile douleur le déchirait! puis elle tomba sans connaissance.

— Ma mèrel répétait Raoul en la soutenant, ma mère! ma mère! un regard, un seul regard pom^ votre fils!

Ill'obtint ce regard; car revenue de cette émotion terrible, elle pencha la tête sur l'épaule de Raoul et se mit à pleurer abon damment. C'étaient les premières larmes

qu'elle versait depuis le jour des fatals événements de Uochecorbon.

Jeanne à deux genoux remerciait Dieu el les saints du miracle qu'ils venaient d'o~ pérer.

— Eli bien! baron des Adrets, que ditesvous de tout ceci?

— Je dis que ce jeune homme est le haron Raoul de Montélimart, dont je n'avais pu jusqu'ici découvrir le sort.

— Ah! fit la reine surprise du calme et du sang-froid montrés par le baron. Et vous en êtes satisfait?

— Pourquoi non, nnadarnc? Son retour près de moi doit être béni, puisquMI rend tout-à-fait la raison à celle qui n'en a été que trop longtemps privée ! Venez , mon lils! je vous tends la main!

— Vous! vous! mon assassin?

— N'avez-vous jamais versé de sang, jeune homme, pour vous montrer si sévère? demanda d'une voix solennc Ile le baroi), auquel Montaigne avait trouvé moyen de glisser tout bas quelques paroles... (Tétait le récit du meurtre commis par Raoul .

A ces mots, qui lui rappelaient son crime de tout-à-l'heure, Raoul frémit de tout ses membres et baissa la tête.

— Siré, coniiiiua le Iku'oii, et vous, ma dame, je viens; à deux genoux vous demander la grâce du jeune baron de MonlélimnrKjui, dans un moujent de délire, a frappé d'un coup de poignard un manant qui lui servait de modèle. Vous ne voudrez point appesantir votre justice sur eelui que la Providence a sauvé de tant de périls; vous ne voudrez point me mettre dans l'impossibilité de réparer envers lui des torts que je ne nie reproche que trop.

— fi sera (ail selon ses désirs, n'est-ce pas mon (ils Charles? répondit h reine qui, tout en parlant au roi, cherchait à lire sur le visage du jeune baron ce qui se passait dans le cœur du jeune homme. Nous octroyons des lettres de grâce pleiiie et entière au ba* ron Raoul do Mon tel imart. ^

— Toute une vie de pénilenee ne suffira point pour expier mon crime, répondit Raoul; ce n'est point pour moi que je remercie Votre Majesté , c'est pour ma pauvre mère, c'est pour Jeanne! ma lidéle Jeanne!

— Vous parliez do pénitence, jeune homnie, votre intention serait-elle d'entrei' dans un couvent?

— Je ne le puis, madame, j'appartiens à la religion réformée.

La reine regarda le baron des Adrets et comprit tout.

— Merci pour tous les bienfaits que j*ai

obtenus de Votre Majesté depuis ce malin, dit-il avecaniertume en s'agenouillant devant le trône; vous pouvez être sûre, madame, de mon obéissance sans borne.

Il appuya sur cette dernière phrase et reprit :

— Baron Raoul, retournez à mon logis avec voire mère et Jeanne! Les ordres de Sa Majesté la reine ^ cpie j'ai reçus ce matin, me retiendront hors du logis jusqu'à demain minuit; alors vous me reverrez. Quant à vous, messire Théodore de Bèze, je vous dois une vive reconnaissance pour votre zèle en celle affaire, et je vous en donnerai bientôt, je l'espère, des preuves , ainsi qu'à vous, maître -lean Goujon. Vous m'avez servi en croyant

me nuire; n'importe Tintention, puisque le* résultats sont heureux ! Adieu.

11 y avait tant d'apparence de bonne foi dans la manière dont il s'exprimait que le ministre et le statuaire sortirent convaincus de la sincère reconnaissance du baron; Montaigne les suivit.

— Souvenez-vous de mon conte du loup et de l'agneau, dit-il; partez sur l'heure tous les deux, quittez Paris et gagnez en toute hâte quelque ville forte au pouvoir des protestants.

Et il disparut.

Jean Goujon haussa les épaules et se rendit

à son atelier du I^ouvre, où il eornptail coucher, pour se mettre le lendeuiain de bonne , heure à la 1 esogne.

Théodore de Bèze, frappé des paroles de Montaigne, rentra chez lui, se couvrit des vêtements de cavalier dont il s elait affublé pour aller l'avant-veille au manège, monta sur le meilleur cheval de son écurie et partit pour Rochecorbon, escorté par quatre serviteurs dévoués.

Le lendemain dans la nuit, — la nuit de la Saint-Barthélémy! — deux hommes, le chaperon couvert de larges croix blanches, se rencontrèrent aux environs du Louvre; ils se reconnurent et se hâtèrent de s'accoster; tous

— 'in -^

les deux éljjioiit pâles d'etïVoi cl il' horreur C'était Montaigne et Torquato.

— Je n'avais que trop prévu cette iiorrible nuit, dit Montaigne en prenant le bras du jeune Italien. Les insensés! pourquoi ne m'ontils point voulu croire? pourquoi ne se sont-ils pas enfuis à temps? Il faut néanmoins tâcher de sauver Jean Goujon, c'est pour cela que je suis sorti; car si je me montre prudent .et raisonnable dans les chances ordinaires de la vie, je me sens du cœur et de la témérité quand il s'agit de la vie d'un ami.

— Qui vive! crièrent alors plusieurs voix; et les deux amis se virent entourés par une troupe de soldats furieux commandés par le

baron des Adrols. Celui-ci reconiuil Monlaigne.

— Arrêtez! arrêtez! Ne voyez-vous pas la croix blanche que portent ces deux gentilshommes! Dailleurs ils sont de mes amis les plus dévoués... Nous voilà quilles, seigneur de Montaigne. Vous m'avez rendu service en m'engageant à fiiire banne mine à mauvais jeu et en m' apprenant l'assassinat commis par Raoul, ce qui rendait ma partie facile à jouer; en échange, je vous sauve la vie. Je vous le répète, nous voilà quilles. Je vais régler mes comptes avec les autres; Théodore de Bèze est parti depuis hier, j'en suis fâché; mais il reste encore une importante curée à faire pour ces bons lévriers de chasse. A mon hôtel, maintenant, soldats ! Surtout n'enfoncez point les portes, voici les clefs.

La loule ariiice suivit le baron cl cnlraîna Montaigne et Tor(|uato clans son torrent inipétiieux.

On s'arrêta devant l'hôtel du bai^on, où des soldats pénétrèrent aussitôt... Tout-à-eoup un cri se fit entendre, et trois personnes parurent sur le balcon se débattant au milieu des assassins. C'était Raoul percé de plusieurs coups de poignards -, c'était sa mère et Jeanne qui s'attachaient à lui. Raoul et sa mère lurent bientôt précipités sur le pavé et tombèrenl aux pieds du comte des Adrets. Jeanne seule resta sur le balcon.

— Sauteuse! voyons si tu réussiras mieux ici qu'à Rochecorbon, lui cria des Adrets ivre de carnage et de colère.

leanno so si^iia

— Je suis calliolique, dit-elle, catholique coiiune uia noble maîtresse que vous venez d'assassiner! vous, son mari, vous qui deviez la protéger. Vous n'avez point de droit sur ma vie; mais puisque mon jeune maître n'est plus^ puisqu'il gîi là près de sa mère, il est de mon devoir de fidèle servante de les rejoindre! Adieu, baron! à vous l'enfer, à nioi le ciel !

A ces mots elle se précipita et vint expirer su r le corps inanimés de Raoul et de sa mère (i).

{\) On \ oyait, avant la révolution de ^ 793, dans une de*

Quand Michel Montaigne et Torquato, ajjrès s'iètre dérobés à ces scènes eflioyables, purent enfin regagner le f^ouvre pour lâcher d'arriver jusqu'à Jean Goujon, il était trop tard; le roi Charles IX venait de frapper de son arquebuse le célèbre statuaire qui travaillait surun échafaudage.

salles du Louvre, un Christ en Bronze, de grandeur naturelle et d'une admirable exécution. Ce Christ, attribué par le vulgaire à Jean Goujon ou à Michel-Ange, quoiqu'il fût impossible de confondre cependant les manières si dictinctes de ces deux maîtres, portait sur l'aile gauche de la croix qui le soutenait ce seul mot : Phénomène. Longtemps on fut sans s'expliquer la signification de ce mot, qui n'était autre chose sans doute que la signature de Raoul de Montélimart dit Phénomène. Quoi qu'il en soit de cette explication, le Christ du Louvre fut fondu en ^794 avec les cloches des églises et transformé en canon.

Montaigne et Torf|uato se regardèrent ayec terreur et con^sternation.

— Adieu! dit le jeune Italien en serrant la main de Montaigne, adieu! je veux quitter aujourd'hui nriême cet horrible pays où l'on assassine au nom du ciel. Je retourne dans ma belle Italie, à Ferrare, près de la princesse Elèonore d'Esté. Là, sans doute, le bonheur et la gloire rendront moins amers les souvenirs que j'emporte de la France. Adieu I ne nous reverrons-nous jamais dans ma patrie?

— ^ Je l'espère, répliqua Montaigne. Dès^ que ces temps de discorde me le permettront, j^irai vous y visiter. Adieu.

Ils se revirent en efl'et à quelques années de là, en Italie et k Ferrare : ce fut dans un hôpital de fous.

Un de ces fous se nommait Torqualo Tasso.

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