‹ La palette d'orChapitre 13 sur 15 · FABRIQUE DE GAUFRES-COUCHES · texte numérisé non relu

FABRIQUE DE GAUFRES-COUCHES

Une madono, poinloà l'Iniile sur une sorte de tableau, servait d'emblème parlant à cette boutique.

La comtesse Marguarita de Groëlz reporta rapidement ses regards, de labarraque sur Lydia, et vit au cou de la jeune fille un médaillon dans lequel se trouvait une miniature, représentant, avec des proportions plus petites, mais tout-à-fait exactes, la madone de l'enseigne. On ne pouvait s'y méprendre ; c'était la même pose, la même couleur des draperies, la même expression de la tête âe la mère divine et de l'enfant Jésus. Elle prit dans ses mains le médaillon, l'examina quelques instants et reconnut que la miniature à l'huile était exécutée avec une pensée et un talent des plus remarquables.

— ï.ydia, (it-ello sans paraître attacher de l'importance à la confrontation qu'elle venait de faire de l'enseigne ei du médaillon, Lydia, je suis bien désireuse de goûter enfin de ces bonnes gaufres de Flandre que tu m'as vantées tant de fois dans nos causeries du matin. Je vais donner ordre au marchand de rh'en apporter au palais.

Elle se pencha à la portière^ et dit quelques mots à voix basse à l'un de ses pages : celui-ci entra dans la boutique et en ramena presque aussitôt une femme de cinquante ans environ, vêtue avec cette alléchante propreté qui n'a point cessé de caractériser les Flamandes depuis quatre siècles. Il y avait dans la physionomie de cette femme je ne sais quelle expression de bonté et de franchise, de loyauté et de bonté, qui lui gagnait

de suite la bienveillance. Elle salua profomléuient et avec une de ses meilleures révérences la grande dame qui lui faisait l'hanneur de lui parler et attendit, en femme bien apprise, qu'elle daignât lui adresser la parole.

— Ma bonne mère, dit l'archiduchesse, je voudrais bien mangera souperdevos excellentes gaufres. Veuillez m'en faire ce soir avant six heures huit douzaines pour que je m'en régale ainsi que toute ma maison. Chacun vous indiquera le palais de la princesse Marguarita d'Autriche, archiduchesse de Graëtz. .

A ce grand nom, la pauvre femme répondit par une révérence plus profonde encore que la première.

— Voire servante se eon formera aux ordres lie Votre Altesse, dit-elle en tort bons termes.

Tandis qu'elle parlait ainsi, un jeunehomme occupé à l'intérieur de la barraque à fendre du bois pour alimenter les fourneaux de sa mère, vint sur le seuil avec sa brassée de fagots dan's les bras. A la vue de la litière, il avança curieusement sa tête. Mais quand il aperçut î^ydia, ses joues pâlirent, son regard s'éteignit, ses mains laissèrent 'échapper le bois qu'elles tenaient, et le pauvre garçon tomba sans connaissance. Lydia elle-même ne se trouvait guère dans un état d'émoiion moins vive.

— A ce soir, au palais 1 se hàla de dire la

princesse Marguarila, pour couper court à un incident étrange qui commençait à exciter l'attention de ses gens.

Et la litière .o remit en marche.

REMEMBRANCB

Pendant les premières minutes qui suivirent le départ de la litière, la pauvre Lydia, les yeux pleins de larmes, contint néanmoins ses sanglots. Mais bientôt la force de les réprimer lui manqua, et ils éclatèrent avec une

— 2iy —

telle violence, que rarcliiduciiesse en éprouva de la pitié. Elle se [)encl]a vers la jeune iille, passa son bras autour de sa taille et l'attira doucement à elle. Lydia eaclia son joli visage • dans le sein de sa maîtresse, et donna un libre cours à ses pleurs.

— Allons, mon enfant, point de folie I dit Marguarita avec bonté. T.es larmes n'apprennent rien et ne mènent à rien. Voici que nous approchons du logis; tache de t'apaiser: essuie tes yeux, et viens tout-à-l' heure me conter la cause de tes peines. Peut-être trouverons nous moyen de guérir ce gros chagrin.

Lydia, sans répondre, secoua tristement la tête et porta la main de sa m^^îtresse à se& lèvres. Puis rejetant son voile sur son visage

tout rouge et tout gonflé par les pleurs, elle descendit de la litière qui venait de s'arrêter, monta précipitamment à sa petite chambre^ en ferma la porte en dedans, et se jeta sur son prie-Dieu, où elle balbutia une longue et fervente prière.

Un peu calmée, elle baigna ensuite sesyeux avec de Teau fraîche, rajusta sa toilette et s'étendit dans un grand fauteuil pour y lire, plus à l'aise, les oraisons de son livre d'heures. Mais, peu à peu, ses yeux parcoururent seuls les pages du livre, et son imagination et ses souvenirs se reportèrent à un an de là, dans la petite ville de Zwoll, au fond de la province d'Ovt^er-Issel. A Zwoll s'élevait une jolie maison, la plus grande et la plus belle de la ville, avec un pignon pointu, une façade ciselée, et des fenêtres en ogive qu'en-

louraienl, d'une draperie de (euillage, les tortueux rameaux d'une vigne; et puis, une petite chambra avec un prie-Dieu en chêne noir, un lit tout blanc, et un bénitier couronné d'une image de la vierge Marie. Or, il y avait une heure que Lydia, chaque jour, attendait avec anxiété! une heure bien douce et bien 4ente à attendre! une heure que précédaient des minutes sans fin, et cette heure amenait le maître de dessin de la jeune fdle. Pauvre Gérardus! comme il rougissait en prenant place au pupitre, prés de son élève! Comme sa \oix tremblait lorsqu'il devait donner quelque conseil à la jeune fille! La durée de la leçon s'écoulait ainsi, sans quils osassent lever les yeux l'un sur l'autre, sans qu'ils se disent autre chose que des paroles insignifiantes... Mais le paradis élait dans Jeur cœur... Et quand l'horloge, attachée

ronlre le mur, venait à sonner le signal de la séparation, ils se levaient l'un et l'autre, eomme deux exilés qui vont quitter leur pairie, et ils se quittaient déserts, glacés, et nâ vivant plus que de la pensée du lendemain.

Cela durait depuis, près de six mois, avec la même innocence. Ce temps écoulé, un jour, Gérardus vit que Lydia avait pleuré, et il sentit aussitôt des larmes emplir ses propres yeux. Lydia essaya dédire quelques paroles, mais ses sanglots l'en empêchèrent; Gérardus voulut demander à Lydia la cause de son désespoir, et il ne trouva lui-même que des sanglots. — Maître Gérardus, parvint enfin à balbutier la jeune fdle, voici deux pièces d'or que mon père m'a chargée de

^ous remettre pour prix de vos bonnes le çons, je. , .

Ses sanglots éclatérenl avec une nouvelle force .

— Je pars! s écria-t-elle, je pars pour TAllemagne! L'archiduchesse de Graëtz vient de me demander à mon père pour me placer près de sa fille, la comtesse Marguariia!. .. Demain, je quitte Zwoll, pour n'y plus revenir peut-être!

Gérardus sentit un vertige tourbillonner autour de son front et de ses yeux; une sueur froide mouilla son visage; ses genoux se dérobèrent sous lui.

Or, pendant qno cela se passait, Brigitta , vieille et fidèle servante de messire Schaurmann , bourgmestre de ZwoU et père de . Lydia, se livrait avec sollicitude à l'écurage d'un énorme chaudron de cuivre jaune qu'un orfèvre eût, je crois, acheté pour de l'or pur, tant ledit chaudron brillait aux yeux, tant il réfléchissait, avec splendeur et d'une manière précise, chaque détail de la cour au milieu de laquelle Brigitta, en corset et les bras nus, exécutait et parachevait son œuvre. Par un enfantillage, ou plutôt par amour propre d'artiste bien excusable, la digne ménagère ne se lassait pas de faire tourner entre ses mains un gros cylindre de cuivre, afin de voir s'y produire tour-à-tour les briques rouge de la muraille, le pignon pointu et les fenêtres avec leur festons de vignes. Tout-àcoup , l'active servante tressaillit par un

rnouvemeiU de surprise et de terreur... A l'une des fenêtres auxquelles elle tournait le dos et dont l'imagese réfléchissait sur le chaudron, elle apercevait Lydia qui se penchait vers Gérardus, et qui lui laissait déposer un baiser sur son front. Puis les deux jeunes gens échangèrent des anneaux, se mirent à genoux et tendirent leurs mains vers le ciel.

— Jésus Maria ! que dirait-on si jamais on savait cela dans la ville de Zwoll! murmura Brigitta. La fille du plus riche bourgeois de la province d'Ower-Issel , aimer un pauvre peintre sans fortune et sans réputation! Que de chagrins elle se prépare;, la pauvre petite.

Et des larmes tombèrent des yeux de Bri-

giUa sur le brilloiU chnudron où elles s'arrêtèrent on tremblant comme des perles.

Quand la nuit fut venue el que l'heure de monter dans sa chambretle eut sonné pour Lydia, la jeune fille qui, durant toute la journée, s'était plainte d'un violent mal de tête largement justifié par l'altération de ses traits, se retira chez elle. Brïgitta l'y suivit : elle voulut gronder l'enfant qu'elle avait élevée et lui montrer les fatales conséquences de son coupable amour; mais tandis qu'elle préparait son sermon, la jeune fille jeta ses deux bras au cou de sa bonne, l'attira vers elle , couvrit son vieux visage de baisers et l'accabla de tant de mignonneries que la digne créature sentit s'en aller tout son beau couroux, el oublia la leçon édifiante qu'elle élucubrait

depuis la (hlalo vision du chaudron diî cuivre.

— Je sais tout! dit-elle. — Je sais tout, mademoiselle Lydia I Mécliaule enfant!

— 11 a juré qu'il allait travailler à devenir riche, célèbre, noble même, pour pouvoir m'épouser! Dans quatre ans, il sera de retour au pays; il demandera ma main à mon père, et alors mon père s'estimera heureux et fier de l'appeler son gendre et de lui donner sa fille.

Rrigitta hoclia doucement la tête.

— Ce sont là des rêves de jeunes têtes !

T. Il, 17

soupii^-t-elle... Si Gérardus ne devient lien do tout cela, que -Tercz- vous?

— Mais \\ est impossible, ma bonne, que Gérardus reîrte obscur et pauvre! Si tu .savais combien il m'aime 1 Oli! non! Dieu ne peut pas avoir mis tant d'amour en des cœurs pour ne pas les réunir un jour... ne fût-ce que dans le ciel! car si je ne suis pas à lui, je ne serai pas à un autre... Mais je serai à lui, n'est^e pas? Mais il deviendra riche et célèbre! Tiens, regarde, Brigitta, cette image de la Vierge qu'il a peinte pour moi et dont il m'a fait présent ! Vois avec quel art merveilleux il a su donner, à la divine mère du Sauveur, un %oûrire. céleste et une beauté divine.

— Mais, dit Briigitta, j'aurais pris cette

j>einlupe plutôt pour votre portrait que pour l'image de la \ierge Marie. Allons, ne rougissez pas, mon enfant!... Dieu veuille que vos beaux rêves ne finissent pas par un vilain réveil. Je vais commencer demain une neuvaine à INotreDame, afin que votre voyage soit conduite bonne fin, ainsi que vos amours, ajouta-l-elle.

Et elles se séparèrent, Brigilta pour aller prier et dormir, Lydia pour penser toute la nuit à Gérardus, — Gérardus qu'elle ne devait plus revoir. Hélas! le lendemain matin , au moment où elle monta dans la voiture prête à l'emmener loin de Zwoll, Brigitta en l'embrassant, lui mit dans la main un bouquet de fleurs,

•— C'est (le lui î dit-elle.

Et depuis ce temps, les fleurs enfermées dans un médaillon derrière le portrait de la Vierge n'avaient point quille le sein de Lydia.

Tels étaient les souvenirs qui revenaient un à un, montrer leurs faces à la fois douces et mélancoliques à la jeune fille, lorsque lout-à-coup on vint la prévenir que madame l'archiduchesse faisait demander sa demoiselle camérière. Lydia se hâta de descendre et d'obéir à l'ordre qui l'appelait près de sa maîtresse.

Quelque intérêt que l'archiduchesse Marguarila eût paru témoigner d'abord au roman (ie Lydia dont ie hasard lui avait fait entrevoir les premières pages, elle ne larda pas néanmoins à l'oublier, pour se laisser aller à

des pR'occupa lions personnelles qui répandirent sur son beau front une tristesse et une inquiétude visibles. Lorsque ses femmes l'eurent débarrassée de ses atours d'apparat, et eurent substitué à ses robes de velours et de brocard d'or, des vêtements plus humbles et moins incommodes; quand sa lourde couronne d'archiduchesse eût cessé de sillonner, sous le poids de ses diamants et de son cercle d'or, la peau mignonne et délicate de ses'tempes éclatantes de blancheur; elle renvoya ses femiMCs et vint se placer à une petite fenêtre qui donnait sur une rue écartée Là, bientôt sa pbysionnomie perdit peu à peu l'expression orgueilleuse qui lui était habituelle, et pâlit et rougit tour-à-tour dans les transes de l'anxiété et de l'attente. Enfin, un éclair de joie brilla dans ses yeux, car le bruit des

pas d'un GlittVftl résonna sur les (ialles do la ruelle.

Mais apparemment le cavalier qu'elle aperçut n'était point celui qu'elle attendait, car elle fit un geste de dépit, et une larme de colère tomba sur ses joues. Néanmoins, le cavalier, en passant sous les fenêtres de la princesse, la galua d'un air mystérieux; puis, à quelques pas de là, il s'arrêta, mit pied à tere, jeta la bride de son cheval à un page qui le suivait, et après avoir frappé d'une façon particulière à une porte qui n'était point l'entrée principale du palais, il ne tarda pas à être introduit près de l'archiduchesse par un vieifx majordome.

Eh quoi ! s'écria Marguarita avec amertume, don Philippe laissera-t-il encore passer cette

journée snns me rendre visite? A-t-il oublié que, delà semaine, je n'ai fait que de l'entrevoir à peine durant une heure? Pour de nouveaux époux, vous en conviendrez, la chose est peu ordinaire, se^gneur comte de Lermes.

— Entourée de périls comme l'est Votre Altesse Royale, répliqua le seigneur, vous ne sauriez trop prendre de précautions contre ces périls dont le nombre et la rigueur augmentent sans cesse. Apprenez que le duc de Fuentès est de retour à Madrid, après avoir accompli une mission secrète dont l'avait chargé le roi. 11 apportie à sa majesté catholique les protraits de sept princess'es dont les familles s<i disputent l'honneur de l'alliance de don Philippe.

Marguarita pàlil et frissonna de tous ses membres; mais néanmoins aflectant un grand calme :

— Quimporte, dit elle, puisque l'Infant est mon époux depuis quinze jours!

— Un geste du roi suffirait pour briser cette union secrète et ceux qui l'ont contractée. On ne désobéit pas impunément au roi, madame; la mère de don Carlos est là pour le témoigner. D'ailleurs, l'Infant avec la timidité de sa nature et l'eiTroi qu'il éprouve toujours en présence de son père , n'oserait jamais, ni faire l'aveu de sa désobéissance, ni résister à sa volonté. Le spectre de son frère se tient sans cesse entre lui et Philippe H... Usez de prudence, madame, car le péril est plus grand que vous ne le cro^/ez.

— Oui! (lil-cllc avec amertume! oui, le péril est grand; plus grand que vous le pensez encore; car ce timide débauché, qui ne séduit que par la trahison et que par la ruse, maintenant que je lui appartiens, ne manquerapasdes'enflammer à la vue des portraits de toutes ces jeunes iilles royales offertes à sa convoitise. Il se cachera derrière la volonté de son père; il fera briser notre union secrète et il me fera retourner à Graôlz, la lionte au front et la mort dans le cœur... Et pourtant cet hoirime, comte de Lermes, cette femmelette sans caractère, je l'aime, moi, oui moi , dont les veines contiennent le sang le plus noble et le plus orgueilleux de l'Allemagne! Sans la faiblesse que m'a donnée ce fol amour, sans le mariage secret auquel j'ai, consenti, le péril et le malheur ne seraient point sur ma tète.. .. N'injporle! dit-elle, si

je succombe, ce ne sera point faute d'avoir lutté contre la fatalité, par tous les moyens, avec toute la persévérance et le courage permis à une créature humaine.

Elle cacha quelque temps son visage dans ses mains, puis elle releva tout-à-coup la lêle avec sang-froid :

— Seigneur comte, demanda-t-elle, le duc de Fuentès a-t-ildejà vu le roi?

— Non , madame. Sa majesté catliolique s'est trouvée trop souirrante après l'Âcle-de- Foi pour recevoir le duc.

— Alors tout n'est pas perdu... Je ne sais pas encore ce que je ferai, mais je sens là que

je triompherai de la^ crise dans laquelle je ine débats. Ecoutez-moi, monseigneur; vous savez que votre fortune est attachée à la mienne? Je vous ai fait l'ami et le confiden! d'un prince qui n'avait jamais eu ni confident, ni ami».. Le jour où Philippe III régnera, je régnerai; et il n'y aura dans toutes les Espagnes qu'une seule puissance plus grande que la vôtre, la mienne... De plus, le jour où je tomberais, je vous écraserais dans ma chute, vous, mon confident et mon complice. Si je m'élève, vous vous élèverez , si je succombe, vou« succomberez. Soyez - moi donc dévoué et fidèle, et que Dieu nous vienne en aide!... Il faut que' je voie aujourd'hui, ce soir même, le duc de Fuentés. Je l'ai connu, il y deux ans à la cour du duc, mon père. Il s'était épris pour moi, malgré ses cinquantehuit ans, (l'une passion romanesque. Je riais

alors de sa l'olic; aujourd'hui, je saurai m'en servir. Faites en sorte de le voira l'inslanl. Farlcz-lui de moi, dites-lui, comme cela est vrai, que depuis près d'une année, depuis la mort de mon père, j'habite Madrid avec la vieille marquise délia Riîjcira, femme de mon oncle et de mon tuteur. Ajoutez que je vous ai souvent parlé du duc de Fuentès, et qu'il sera, vous en êtes sûr, le bien venu en me rendant visite, ce soir! — ce soir! car demain je dois partir pour l'Esiramadure. De cette entrevue dépend presque toute ma fortune.

Le comte de Lermes s'inclina, prit congé de rarciiiduchesse, et se hâta d'aller mettre à exécution les ordres qu'elle lui avait donnés. Intriguant d'intelligence subalterne, incapable d'arriver aux grandeurs par sa [propre

force, il s'était accroché au manteau de l'épouse secrète de don Philippe, et se laissant entraîner par elle, soit dans un abîme, soit sur les marches du trône, il agissait en serviteur aveuglément dévoué, parce que de son seul dévouement aveugle pouvait jaillir pour lui la fortune.

UNE nUSE DE FEMME

L'archiduchesse Marguarita, plongée clans ces inquiétudes et en proie à des agitations que l'on comprendra sans peine, avait, il est inutile de le dire, tout-à-fait oublié l'aventure de l'après-midi : Lydia et la marchande de

gaufres. Ce fut stîulomenl lorsqu'à la (in de son dîner, ses regards distraits aperçurent , parmi les entre-mets, le blond faisceau des gaufres que le souvenir de cette aventure revint à sa mémoire. Elle remarqua, en outre , que Lydia n'était pas venue prendre sa place à la table, grave infraction aux règles de la discipline de la maison.

Marguarita interrogea la montre qui pendait à sa ceinture : plus d'une heure devait encore s'écouler avant le moment delà visite du duc de Fuentès. Pour se rendre moins rude l'éternité de cette heure d'attente et se distraire des émotions qui l'enfiévraient, elle se jeta dans le roman qui se trouvait sous sa main et ordonna que l'on entroduisît la faiseuse de gaufres : elle fit prévenir en même temps Lydia de se rendre à l'instant près d'elle.

Ij'à marcha mie, en A\cc de la grande dame devant laquelle on l'amenait, ne témoigna ni de la fausse fionte, ni moins encore une assurance exagérée. Elle se présenta modestement et avec simplicité. Âgée de (juarante ans environ, on remarquait sur son visage les traces d'une beauté cruellement défigurée par les sillons de la petite vérole. Mais ce qui la caractérisait surtout, c'était l'extrême propreté de ses vêtements de bure et l'harmonie presque élégante de son bonnet éclatant de fraîcheur, sa collerette plissée avec une patience et une régularité admirables, enfin, les manchettes qui ceignaient le haut de ses bras nus; bras dont les formes, un peu trop vigoureusement accusées, ne manquaient pourtant pas de grâce dans leurs proportions et dans leurs contours.

— Vos gaufres sont excellentes, ma bonne femme, dit rarcliiduchesse en présentant une pièce d'or à la Flamande; elles sont dignes de votre enseigne, qui certes est bien belle.

— Dam! c'est l'ouvrage de mon fils, de mon cher Gérardus. Car, voyez- vous, madame, je n'ai point toujours fait mon métier, et je ne compte certes pas toujours le faire, de vendre des gaufres sur le marché d*nne ville. Honnête fdle d'un paysan, j'ai eu le malheur d'inspirer de l'amour au fds d'un riche marchand, et le malheur, plus grand encore, de partager cet amour. Nicolaiis était de quatre ans plus jeune que sa femme... Dix-huit mois après notre mariage, contracté malgré toute la famille de mon mari, je mis au monde un fils, mon Gérardus. Hélas! tandis que je me félicitais du bonheur d'être mère, une affreuse

maladie se rua sur moi. J'eus la petite vérole, je devins laide, et Nieolans cessa de m'aimer. Alors il se mit à me faire toutes sortes de chagrins, dissipa follement son patrimoine , disparut un beau jour de Zwoll, et m'abandonna sans ressource avec mon pauvre petit Gérardus, fjui n'avait encore que cinq ansl J'elfe un instant la pensée de mourir; mais Dieu me fit la grâce d'éloigner de mon cœur de si mauvaises pensées, et je me mis à travailler pour élever dignement mon fds.^J'y réussis. Puis, treize années après, le bien-être et l'aisance rentrèrent dans mon humble ménage;' car Gérardus se mit à dessiner et à peindre comme un ange, et c'était à qui paierait chèrement ses leçons et achèterait ses petits tableaux. Cela dura deux ans, au bout desquels je vis mon enfant devenir triste, souiïrant et chétif. Rien ne lui profilait plus.

et quand je le serrais contre ma poitrine en lui demandant la cause de ses chagrins il ne me répondait que par ses Icirmes. Enfin, un jour il médit :

— Mère, je ne suis point fait pour végéter inconnu dans une pelite ville. La gloire et la fortune m'attendent dans les pays étrangers.

Je veux partir pour l'Allemagne.

. — Tu ne comptes pas, j'espère, lui répondis-je, partir sans ta mère?

Sans plus parler, je vendis tout ce que je possédais, et nous partîmes.

Gérardus en séjournant quehjue temps dans chacune des villes où nous arrivions au-

rail pu {jjagner beaucoup d'argent à faire des portraits. Mais à peine avait-il passé deux jours quelque part, qu'il voulait aussitôt en repartir. Si bien que de l'Allemagne^ nous arrivâmes à Madrid sans argent, sans ressource, sans pain. Allons, me dis-je, point de sotte fierté, il n'y a point de sots métiers, il n*y a que de sottes gensl On ne sait peut-être pas ici ce que c'est que des gaufres-coliclies , et les dames espagnoles seraient bien peu friandes, si elles dédaignaient de faire con naissance avec des pâtisseries si délicieuses! . . . J'avais apporté un fer à gaufres, j'achetai, du prix de ma croix d'or, des œufs, de la farine et du sucre-, je me mis à l'œuvre, et huit jours après, j'achetai de mes bénéfices une barraque à laquelle Gérardus voulut absolument mettre pour enseigne un portrait de la Sainte- Vierge qu'il venait de terminer... . Je serais

la plus heureuse des femmes , grâce à mon travail, sans la tristesse et sans la mauvaise santé de mon garçon. La moindre émotion le jette en des états à faire pitié : vous en avez été témoin ce matin , rien que de vous voir remarquer son tableau, il est tombé sans connaissance. Il aime tant son métier de peintre!

— Avez-vous amené votre fils avec vous?

. — Oui, madame^ il a voulu m'accompagner ici, car les rues de Madrid ne sont guère sûres le soir, m'a-t-il dit.

L'archiduchesse lira un son aigu du sifflet d'argent qu'elle portait à sa ceinture prés de sa montre, et ordonna ù un page qui parut à cet appel de lui amener le fils de la marchande

de gaufres. Au moment où Gerardus parut, Lydia vsoulevait la portière d'une autre entrée de Tappanement. Tous les deux demeurèrent interdits et dans un trouble dont sourit et prit pilié rarchiduchesse ; car elle connaissait maintenant avec clarté tout le roman des deux amoureux.

— Gerardus, dit-elle, vous êtes un habile peintre auquel il ne manque que du renom. Je veux vous faire acquérir ce renom , et si \ous y parvenez , cela rendra possibles bien des choses encore impossibles. En échange ^ jurez-vous de m'étre fidèle , dévoué et discret ; même quand il s'agirait du sakit de votre tête?

— Oh! madame! madame 1 je paierais de

toul mon sang la protection et l'espoir que vous me promellez ? Jugez si ma nclé!ilé, si ma discrélion , si ma vie vous appartiennent !

— Eli bien ! dit-elle , en lui tendant une main qu'il porta respectueusement à ses lèvres, reconduisez votre mère chez elle, et revenez ici sur-le-champ avec vos couleurs et vos pinceaux. Lydia épiera votre retour à la fenêtre de mon cabinet , et vous introduira dans la petite pièce voisine de ce salon. Là vous attendrez mes ordres. — De leur entière et heureuse exécution dépend votre mariage avec ma camérière.

Gerardus à ces mots crut rêver, et dame Brigitta n'osa pas en croire ses oreilles.

— Faites vile ce que je vous dis , ajouta i'archifluchesse, et revenez promptemenl.

Gerardus emmena sa mère, et un quartd'heure après, encore hors d'haleine, tant il avait couru vite, il tenait dans ses deux mains les mains de Lydia, et remémorait avec elle les temps heureux passés à Zvvoll , sans oublier mille projets dorés et de tendresse pour l'avenir.

Tandis que Gerardus et Lydia se livraient au bonheur de se voir réunis et aux plus douces espéranceSjl'archiduchesseMarguarita, pâle et agitée par un tremblement convulsif , pouvait à peine maîtriser ses émotions. 11 y eut un moment oii elle se sentit tellement prête à étouffer , qu'il lui fallut courir à la feîiêtre el l'ouvrir avec précipitation, La frai-

cheur de la soirée, le silence de l'obscurité, les étoiles qui commençaient à resplendir au ciel rendirent un peu de calme à son esprit. Elle sentit avec bien-être la brise souffler sur son front et pénétrer dans ses cheveux : sa poitrine aspira fortement l'air plus pur qui l'entourait, et il y eut quelques moments durant lesquels son cœur sembla se desserrer et et battre avec moins de violence. Puis, à la cruelle excitation qui la poignait , succéda un abattement profond , une de ces douleurs mornes et ternes qui, sans rien ôter aux souffrances morales de leur énergie, diminuent la force fiévreuse qui seule les supporte.

— Ainsi, pensa-t-elle, voilà désormais ma destinée : la lutte et l'intrigue I L'intrigue à moi, noble et pure jeune lille, qui ne denian-

dais (ju'à vivre heureuse et paisible! Oh ! mes rêves, mes rêves insensés, vous à qui j'ai tout sacrifié, qu'êtes- vous devenus? Où vous êlesvous enfuis? Et pourtant, mon Dieu! vous le savez, quand don Phihppe vint passer un mois à la cour de ma mère, ce ne fut point la pensée ambitieuse de devenir reine d'Espagne qui fit batlre mon cœur, qui s'empara de tout mon être! Oh! non, c'était la tristesse (le ce jeune iiomme, à qui n'avait jamais souri une mère, et qui avait pour père le meurtrier de don Carlos! Voyez, me disait-il, je suis le petit-ilLs de Cliarles-Quint , et mon père me défend de toucher à la glorieuse épée de mon aïeul ! Je dois régner un jour, et il faut me courber sous une servile obéissance ! J'ai un cœur de dix-neuf ans, et je n'ai personne pour m'aimer! personne à qui pouvoir confier mes pensées! personne pour me consoler dans

mes douleurs, pour me soutenir clans mes abaliemenls!... Ma mère est morte, et je ne suis entouré que d.e traîtres et d'espions. Oh! si une femme se dévouait à m'aimer , si son œil bleu s'attaeliait avec compassion sur moi; si elle re<;evait, pour les partager, les tristes coîdidences qui m'oppressent ; alors , loin de me plaindre, je bénirais le ciel. Je ne serais plus malheureux!... Et je l'aimai, moi; et je le consolai. Puis les deux mois qu'il devait passer à Graëiz s'enfuirent comnie un rêve, et je restai seule, seule avec mon désespoir et mon amour. Trois mois s'écoulèrent encore, trois mois comme l'éternité de Tenfer... Alors, des bruits vagues arrivèrent jusqu'à moi; ils parlaient de maladie, de don Philippe, de poison, de danger de mort; et c'était quand je venais de perdre mon père que ces rumeurs fatales vinrent me jeter dans

l'cIVroi. Alors j'oubliai tous mes intérêts, ma gloire, ma pudeur; je m'enfuis de l'Allemagne, j'arrivai à Madrid, sous je ne sais quel prétexte, et je revis don Philippe... Hélas! combien en îe revoyant je compris toute l'étendue de ma faute. Ce ne fut point de la joie qu'il éprouva en me revoyant; ce fut de la terreur! « Si mon père connaissait notre amour, je serais perdu. » Voilà par quelles paroles de tendresse il m'accueillit! J'aurais voulu au prix de tout mon sang pouvoir m'enfuir au fond de mon Allemagne! y cacher à jamais mon désespoir et ma honte! mais il était trop tard. Et puis, malgré sa lâcheté, je

l'aimais Alors a commencé pour moi une

vie d'intrigue misérable et qui me fait monter le rouge au visage , rien que d'y penser. Le comte de Lermes , cet ambitieux sans cœur, cet ami par calcul, devint notre confii-

dent, et m'aida (il me fallait un complice paur cela, mon DieuT), et m'aida à faire triompher l'amour de don Philippe de la terreur que lui inspirait son père. A la fin , après je ne sais combien de mois d'intrigues, de ruses, de pièges, de trames ourdies et dénouées, abandonnées et reprises; après d'humiliantes incertitudes; après avoir bu jusqu'au fond le calice de la honte, un moine bénit furtivement, pendant la nuit, le mariage de l'archiduchesse d'Autriche et de l'Infant d'Espagne, comme il eût uni la fdle d'un marchand enlevée par un garçon de boutique. Triste nuit! fatal mariage! où l'époux pâle et tremblant détournait ses regards de dessus sa femme pour regarder avec terreur derrière lui, si les espions de son père n'étaient pas là. Enfin n'importe, j'étais sa femme; je croyais qMe rien au monde ne pourrait nous désunir.

ni sur la terre ni dans le ciel ! Je pensais qu'en vivant obscnre et ignorée, comme la plus inconnue des bourgeoises, rien ne. troublerait mon froid et pale bonheur! — Mais aujourd'hui (jue tout est remis en queslion : repos, amour, mariage même, d'un instant à l'autre je puis devenir une fille perdue quj a couvert sa faute du manteau déchiré d'une union dérisoire! On déclarera nulle la bénédiction nuptiale; on me chassera de Madrid avec l'enfant que je porte dans mon sein et don Philippe, triste un jour peut-être, se lèvera le lendemain avec satisfaction, en respirant à l'aise, et en disant : « Enfin, me voici hors de toutes ces craintes! » Et puis, il tiendra la main à une autre femme pour la faire asseoir sur le trône d'Espagne ; sur mon trône à moi 1 Non! De par le salut de mon ame! non! Puisqu'ils m'obligent à l'intrigue

et à la lusel... Eh bien! je les vaincrai tous, je les surpasserai tous en ruse et en intrigue!...

Elle ferma la fenelre avec violence et, durant quelques secondes, elle parcourut l'appartement. Tou là-coup, par une réaction puissante elle maîtrisa son émotion, essuya l'eau qui découlait en perles, de son front sur ses joues fiévreuses, et alla se placer devant une glace de Venise où elle rajusta ses cheveux. Puis, elle vint s'asseoir, dans une pose pleine d'élégance et de coquetterie, sur un vaste divan. Elle jouait paisiblement avec son éventail, quand un page annonça :

— Monseigneur le duc de Fuentès!

Tout âgé qu'il fût, au premier aspect, on

ne pouvait se défendre d' admirer la tournure chevaleresque el l'admirable régularité des . traits du vieux seigneur. Mais bientôt, à cette impression favorable, succédait je ne sais quelle aversion pour le sourire plein de fatuité qui entr'ouvrait éternellement ,ses lèvres et pour la soitise vaniteuse imprimée dans toute sa physionomie. A la vue de ce ridicule personnage, et tandis qu'il lui débitait, avec atféterie, un compliment à la fois plein de banalité et d'impudence, la lèvre autrichienne de Marguarita se gonfla par un sentiment de mépris, et ce fut avec une sorte de dégoût qu'elle lui tendit la main, afin qu'il pût y déposer un baiser.

— N'est-ce point là, dit-elle, la récompense que les dames d'autrefois accordaient à leurs chevaliers?

— A ce litre, porsonne ne mérite mieux que moi une si précieuse récompense.

— Etes-vous bien sûr de la mériter! interrompit-elle en retirant quelque peu sa main. Car il fallait pour obtenir semblable guerdon, que les chevaliers revinssent fidèles! or, vous venez de voir de si nobles et de si belles dames!...

— Aucune d'elles ne saurait vous être comparée, madame.

— Ce sont là des flatteriesl

— Des flatteries de la réalité desquelles il me serait bien aisé de vous convaincre.

— Et que jo ne croirai pourtant que sur preuves , (it-elle en retirant tout-à-fait sa main qu'elle se disposait à recouvrir de son gant.

— Voulez-vous ces preuves?

— Oh! si vous me les donniez, (it-elle avec des inflexions" de voix caressantes à troubler la raison du roi Philippe II lui-même, si vous mêles donniez... mais pourquoi vais-je supposer du sérieux à de vaines paroles dépure galanterie? conclut-elle avec une adorable bouderie.

— Eh bien! jurez-moi le secret, et ces preuves; je vous les donnerai.

— Par cfuoi vouloz-vous (|ue jo vous prêli* €e serinent.

— Par vos yeux.

— Que je reste donc encore deux ans sans vous voir, beau sire errant, si je commets la plus légère indiscrétion.

— Eh bien î j'ai là, dans mon carrosse, les portraits des princesses parmi lesquelles l'Infant don Philippe doit choisir une épouse. Sa Majesté catholique m'a fait donner ordre de me rendre ce soir à dix heures, à l'Ëscuriai, pour lui remettre ces portraits, et je me suis ' empressé de venir vous présenter mes hommages avant l'audience royale. Heur ne mar-

olie-t-il pas loujouis avant lionnour? Je vais quérir ces portraits et vous les montrer, mais songez que si le roi pouvait soupçonner une pareille indiscrétion!. . .

— Voici un gage de mon silence, dil-elle en portant sa main aux lèvres du duc de Fuentès qui sortit, la joie et lorgueil au cœur.

A peine eut il mis le pied dehors que iVfarguarita s'élança vers le cabinet où se tenaient Gerarilus et Lydîa. Elle parla vite et bas à l'oreille de sa suivante; puis se tournant vers Gerardus : — Alerte I dit-elle. Si tu réussis, Lydia est à toi. Et elle revint dans le salon, calme en apparence, mais éprouvant en réa-

lilé les plus exécrables transes de l'anxiélé et de la peui'.

Le duc de Fuentès rentra bientôt ; il portait une cassette d'émail ricbement incrustée de damasquinages en or, et il posa cette boîte sur un coussin aux pieds deMarguarita. Puis il s'agenouilla, débita je ne sais quel fade lieu-commun de compliments, et après avoir détaché, de la chaîne qu'il portait sur sa poitrine, une petite croix d'or ciselée et garnie de diamants^ il ouvrit enfin le coffret. Six portraits, précieuses peintures faites par les artistes les plus célèbres de l'époque, reposaient sur les coussins de satin blanc de l'intérieur de la cassette. 11 présenta chacun des portraits à Marguarita, dénigrant la princesse ' qu'il représentait , pour mieux exalter la Jbeauié de l'archiduchesse. Celle-ci jetait un

regard de convoitise et d'impatience sur tes miniatures , quand Lydia soulevant la prolière du salon, fit un signe d'intelligence à sa maîtresse. Au même instant uji page annonça :

— Son Altesse Royale l'Infant, monseigneur don Philippe.

— Je suis perdu ! s'écria le ddc de Fuentès, qui pâlit. Si don Philippe connaît l'indiscrétion que je viens de commettre, s'illa révèle au roi, c'en est fait de ma fortune, et peutêtre de ma vie . '

— Mais ils n'en sauront rien, duc de Fuentès, jnterron)pit Margarita. El avec un sang

froid, (i'aulanl plus admirable que son cœui battait à rompre sa poitrine :

— Laissez-moi faire, dit-elle, et tout ira bien.

Elle prit la cassette, la plaça sur un fauteuil, et la cacha sous la portière de tapisserie que Lydia venait de soulever tout-à l'heure. L'archiduchesse n'était point revenue à son fauteuil que don Philippe entra.

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