‹ La PaniqueChapitre 5 sur 7 · EE · texte numérisé non relu

EE

Description des phénomènes élémentaires

d'une panique

Il nous fut permis d'assister en ayant le loisir d’en noter les détails, à des mouvements de fuite localisés à quelques individus rassemblés, les soldats d’une escouade ou les occupants d’un abri par exemple, de petites troupes de vingt à trente hommes que les circonstances de la vie de campagne, réunissaient, et soumettaient à tout instant à un contact étroit.

Pendant les premiers mois de la campagne d'Orient, un bivouac de tirailleurs sénégalais s'étendait sur la rive ouest de la presqu'ile de Gallipoli, dans la baie de Morto. Fortement bombardé par les batteries d’Atchi Baba que les Turcs avaient placées derrière la crête de cette hauteur, il était également le principal objectif des batteries situées sur la côte d'Asie dont le séparait la plus courte distance du détroit des Dardanelles. Au premier obus venu d’Asie, nous voyions constamment les tirailleurs qui s'étaient trouvés alentour de son point de chute, sortir de leurs tranchées, où sans être hors de péril ils trouvaient un abri relatif, et s'enfuir. Ils couraient les yeux hagards, la bouche ouverte et les lèvres tremblantes, les bras levés semblant combattre une extrême angoisse, ou la main au cœur comprimant de violentes pulsations. S'ils avaient leur bidon rempli d'eau à portée de la main, ils buvaient d’instant en instant sans s'arrêter de

courir.

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