DUGAZON
Dugazon était Marseillais; et, s'il ne l'avait pas été, il eût été digne de l'être. Jamais faconde ne fut plus abondante; jamais exaltation ne fut plus outrée; jamais esprit ne fut plus porté à l'enthousiasme, comme à l'exagération.
Son grand talent fut trop souvent gâté par des excès d'excentricités, qu'aujourd'hui nous appelons cascades, ou charges.
Dugazon fut le plus grand cascadeur de son époque. Il avait l'esprit vif, la verve intarissable, la répartie incisive et preste, et ne reculait devant aucune considération pour arriver à produire un « effet ».
Il se nommait Jean-Henry Gourgaud. Il est né le 15 novembre 1746, en la paroisse de Saint-Ferréol.
Son père, alors directeur des hôpitaux militaires de Marseille, possédait à Endoume, banheue de la capitale phocéenne, une de ces petites propriétés que l'on appelle « cabanon » et, dans les 145 mètres de terrain qui l'entouraient, le bonhomme avait semé du vert gazon, qu'il entretenait amoureusement, le plus qu'il le pouvait, sur cette côte rocheuse, exposée au terrible mistral. Il l'avait décorée du titre de Villa du Gazon. De là, le nom dont s'empara plus tard le fds, Jean-Henry Gourgaud, pour paraître sur un théâtre. C'est à Marseille que cela m'a été conté, par des gens qui n'étaient pas Marseillais.
La sœur de Dugazon, Mlle Françoise-Rose Gourgaud, avait embrassé la profession d'actrice. Elle avait épousé un frère du Diou de la Danse, le divin Angiolo Vestris; et c'est sous le nom de Mme Vestris que cette sœur débuta, en 1768, à la Comédie-Française.
Très influente, elle fit engager son frère, qui cabotinait en province, et qui se montra pour la première fois au public parisien, le 29 avril 1771, dans les rôles de Crispin, du Légataire universel, et de Lord Houzey, dans Le Français à Londres. Ces débuts furent éclatants et lui conquirent de suite la grande faveur du parterre.
Malheureusement, Dugazon péchait par le manque absolu de retenue et de goût. Sa propension à la charge gâtait ses réelles qualités de comédien.
Il le savait, promettait de se corriger, mais ne pouvait résister, une fois en scène, à l'idée bizarre qui lui traversait le cerveau et lui faisait lancer une monstruosité.
Les deux Figaro, du Barbier et du Mariage, ne lui furent pas très favorables. S'il possédait la verve, il manquait de la profondeur nécessaire à l'exécution de ces deux rôles colossaux. Dans Les
DU GAZON {suite)
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Originaux, il composa deux scènes, celles du Maître de danse et du Maître d'italien, qui furent pour lui deux triomphes. Le genre grotesque était son élément.
Dans le Bemardille de La Femme juge et partie, il devenait de tout premier ordre.
Les caricatures lui étaient beaucoup plus favorables que les rôles de sérieuse composition.
En 1789, il embrassa les idées révolutionnaires, avec l'exaltation qu'il avait apportée dans tous les actes de sa vie. Ce fut lui qui entraîna son élève Talma à rompre, en 1791, avec la Comédie - Française, et qui s'en alla fonder le Théâtre de la République, en la compagnie dudil Talma et de sa sœur.
Mme Vêstris.
Il devint l'aide de camp de Santerre, le célèbre brasseur qui commandait, en 1793, la garde nationale de Paris, et prit grande part aux terribles événements de cette époque révolutionnaire :
ce qui lui valut, par la suite, certaines mortifications partant de ce parterre qui l'avait tant adoré, qui l'admirait encore, mais tenait cependant à le châtier de ses extravagances politiques.
Un soir qu'on le huait, il s'avança sur la rampe et dit à ceux qui l'outrageaient : « Ce n'est plus le comédien, c'est l'homme qui vous parle, et vous défie de venir chez lui lui répéter vos injures. »
On se tut, et l'on finit par l'applaudir chaleureusement.
En 1807, il se retira du théâtre, et alla habiter, dans le Loiret, le village de Sandillon.
Il y mourut le 11 octobre 1809. Il avait soixante-trois ans.
HENRY GOURGAUD DCOAZOJÎJ
Poitr 1 intérêt de 1 aj-t et de» leunes acteura n sucroinl»A trop tôt . et pax ira vam caprice De ton \ ivant il eut beaucoup do dètractcxirs Cène tut an a sa mort ou on hii rendit rastice .