‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 11 sur 100 · DAZINCOURT · texte numérisé non relu

DAZINCOURT

Le créateur de Figaro, dans Le Mariage de Figaro!... Joseph- Jean-Baptiste Albouy, dit Dazincourt, est, comme Dugazon, enfant de Marseille. Son acte de naissance porte cette indication tout au moins étrange : né et baptisé le 15 décembre 1747, fils naturel et légitime de..., etc.

Le jeune homme fut élevé chez les Pères Oratoriens. Il devint, à dix-neuf ans, secrétaire du maréchal de Richelieu, qui gouvernait la province, suivit le duc à Paris, et joua la comédie de société, en la noble compagnie de MM. de Sabran, de Gouffier, et autres jeunes seigneurs très énamourés de l'art dramatic{ue.

Il partit furtivement à Bruxelles et, sous les ausjDices du comédien d'Hannetaire, l'auteur des Observations sur fart du comédien, il débuta, en 1772, par le rôle de Crispin dans Les Folies amoureuses. Ce fut alors qu'il choisit le nom de Dazincourt.

Le prince de Ligne, reconnaissant en lui toute l'étoffe d'un comédien de race, sollicita du maréchal de Richelieu l'entrée de son protégé à la Comédie-Française. Le maréchal, qui n'avait aucunement à se louer du brusque abandon de son secrétaire, répondit cependant : « Ce qu'on m'a dit du talent de Dazincourt me fait oublier l'ingratitude d'Albouy. »

Dazincourt débuta donc sur le noble théâtre, le 21 novembre 1776, et fut reçu, en 1777, comme Pensionnaire; puis comme Sociétaire à part entière l'année suivante.

La création du Mariage de Figaro, rôle de Figaro, en 1784, mit le comble à sa réputation.

Dazincourt donna des leçons de diction à la reine Marie-Antoinette, laquelle, on le sait, aimait fort jouer la comédie.

En 1793, prévenu à l'avance de l'arrestation générale, qui allait avoir lieu, des Comédiens Français, il refusa de fuir, se déclarant « lâche s'il abandonnait ses camarades ».

Il resta prisonnier onze mois aux Madelonnettes, et ce fut le coup d'État du 9 thermidor qui le vint rendre à la liberté.

Le 19 janvier 1803, jouant Pasquïn, il reçut un violent coup de sifflet pour s'être permis la plaisanterie de vider un flacon entier de fleur d'oranger sur son mouchoir, parodiant ainsi l'action de son maître. Dazincourt, interdit d'abord, se reprit et, s'avançant vers le public, dit: « Je vous prie de remarquer, messieurs, que je ne fais que me conformer à la tradition du grand Préville. Je me souviens même que cet inimitable artiste ajoutait ceci à cette tradition... » Il tordit alors le mouchoir et en exprima l'eau sur la tête du souffleur; puis, continuant : « ...et qu'il était applaudi par tout ce qu'il y avait de spectateurs spirituels en France. ■» La salle entière éclata en très vifs applaudissements.

Napoléon le nomma directeur du théâtre de la Cour impériale à Erfurt.

Il mourut à Paris, le 28 mars 1809, après trente et une années passées à la Comédie-Française.

Page 1