MOLE
(1734 — iso:)
Mole, né à Paris en 1734, d'une famille peu fortunée, ne voulut être ni sculpteur, ni peintre, comme l'était son père. Il devint d'abord clerc de notaire, comme Préville, puis commis des flnances. C'est dans ce dernier emploi qu'il prit le goiit d'aller au spectacle, et, captivé, se mit à jouer sur des théâtres d'amateurs, aux côtés de Lekain, qui commençait également sa carrière théâtrale.
Bien qu'il n'eût pas vingt ans, il obtint, par la protection des Gentilshommes de la Chambre, de pouvoir débuter à la Comédie- Française; et, lo 7 novembre 1754, il se montrait pour la première fois ■ dans les rôles de Britannicus, et (ÏOlinde dans Zénéïde, comédie de Cahuzac.
Jugé trop inexpérimenté, il partit se fortifier en province, et ne revint à Paris qu'au bout de cinq années.
Ses succès, alors, devinrent grands ; à ce point qu'en octobre 1766, atteint par une très grave fluxion de poitrine, il faiUit passer de vie à trépas; et, chaque soir, quand le Semainier venait annoncer le spectacle du lendemain — ainsi que le voulait l'usage à cette époque, — le parterre se levait en masse et demandait le bulletin de santé de son acteur favori.
Et, chaque soir, le Semainier disait solennellement, après les trois saints à la loge du Roi, à la loge de la Reine — qu'ils fussent ou non présents, — puis au public : « Messieurs, notre camarade Mole est toujours en grande faiblesse. »
Enfin, on put annoncer qu'il allait mieux; mais les médecins déclarèrent que la convalescence serait longue et que le pauvre comédien devait boire, pour rétablir ses forces très affaiblies, les vins les meilleurs et les plus réconfortants.
« L'ordonnance fut bientôt publique. On visita toutes les caves; deux cents courriers furent dépêchés à la Bourgogne et au Bordelais, et, dans le même jour, Mole reçut deux mille bouteilles de vins de toutes les espèces. »
Son talent était tout de charme et de finesse, mais se rapprochait beaucoup plus du ton simple de la comédie que de la violence de la tragédie. Il jouait avec le même succès l'emploi comique et l'emploi sérieux. Une note de M. de Manne dit : « Avec l'âge, son talent gagnait en profondeur. Il avait, malgré les années, conservé une figure aimable, une physionomie douce et souriante, un son de voix qui allait au cœur. »
Il s'était marié en 1769, avec une de ses camarades de la Comédie, Mlle d'Epinay; il la perdit en 1782, et en conçut une profonde douleur. Comme on lui conseillait de se remarier, pour apporter une diversion à son chagrin, il répondit : « Jamais !... Je rendrais ma seconde femme trop malheureuse, en souvenir de ma première. »
Il fut de l'Académie Française, et mourut le 11 décembre 1802, à l'âge de soixante-huit ans.