FLEURY
Fleury naquit à Chartres, en 1750. Son nom de famille était Laute de Fleury. Son père, qui avait occupé une assez importante position dans le monde delà finance, fut réduit, par suite de revers de fortune, à se faire directeur de théâtre. En cette nouvelle profession, ses affaires prospérèrent, à ce point qu'il devint, à Nancy, directeur privilégié des Comédiens chargés de distraire le bon Roy Stanislas. Ce fut à cette époque qu'il abandonna son nom ancestral de Laute de Fleury, pour prendre celui moins particulaire de Bénard-Fleury.
Le jeune Fleury, dont nous avons à nous occuper ici, prit donc le théâtre" sous les yeux mêmes de l'ex-roy de Pologne et de la marquise de Boufflessy; élevé, pour ainsi dire, sur des genoux de roi et de reine. »
Ayant quitté son père, il courut la province, Lyon, Lille, etc., jusqu'en 1774, époque à laquelle il vint débuter à la Comédie-Française, dans le rôle d'Égisthe. Voici, au sujet de ce début, une note du maréchal de Richelieu, découverte aux Archives Nationales :
« Il faut s'occuper sérieusement de trouver un jeune homme qui puisse jouer les rôles de Mo'é, dans le Tragique et dans le Comique ; le sieur Fleury, qui a débuté, ne vaut rien. »
« 1" avril 1774. » « Maréchal de Richelieu. »
La voix un peu rauque et le manque de tenue correcte du débutant étaient principalement la cause de cette note défavorable de M. le Surintendant des théâtres royaux.
Sans se décourager, Fleury repartit pour 1h province, travailla fortement et revint débuter à ce même Théâtre-Français, le 20 mars 1778, dans les rôles de Sainville fi' s de La Gouvernante, et de Dormiky des Fausses infidélités.
Cette fois, son succès fut complet; mais il lui fallut encore dix années de travail persévérant et de lutte incessante, pour devenir l'homme de talent et de distinction qui, par la suite, fut classé parmi les meilleurs sujets de l'illustre théâtre.
Il renonça complètement à jouer la tragédie, genre qu'étaient contraints d'aborder alors tous les artistes sans exception du Théâtre- Français, et se confina exclusivement dans la haute comédie.
Il répondit à Fouquier-Thinville, qui avait été comédien et qui était venu le narguer dans sa prison, lors de l'incarcération générale des comédiens :
« Vous étiez bien mauvais, citoyen, quand vous jouiez la Comédie; vous êtes devenu atroce, depuis que vous faites de la Tragédie. »
Fleury se montra supérieur dans les rôles qui demandaient « de l'élégance, de l'ironie et de la verve comique ». Il écrivit des Mémoires, plus remarqués que remarquables, par la sincérité des événements et des faits qui s'y trouvent contés.
Il mourut d'un accès de goutte, le 3 mars 1822, âgé de 72 ans.