‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 16 sur 100 · MADEMOISELLE RAU COURT · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE RAU COURT

Rôle de Médée.

LOUISE CONTAT

En la. paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, le mercredi 18 juin 1760, fut baptisée Louise-Françoise Contât, fille de Jean-François Contât, bourgeois de Paris, privilégié du Roy et cavalier de Robe Courte, demeurant rue Saint-Denis. L'enfant était née la veille, donc le 17 de ce mois de juin.

Elle était fort jolie, cette Louis? Contât, si jolie que La Harpe écrivit, lors de ses débuts sur la scène de la Comédie-Française, alors qu'elle avait à peine seize ans : « Mlle Contât a débuté avec une charmante figure, mais pas de voix et pas de talent. >

Madame Préville fut son professeur; et l'on peut dire que le jeu trop raisonné et trop sobre de cette actrice, qui cependant n'était pas sans talent, influa teaucoup sur les débuts plutôt fâcheux de sa jeune élève.

Ce fut le 3 février 1776 que parut Louise Contât, dans le rôle à'Atalide, de Bajazet. Malgré sa jeunesse, sa beauté et l'indulgence que l'on eût dû avoir pour son inexpérience bien naturelle, elle fut sifflée.

D'aucunes se fussent découragées de cet échec trop incontestable; mais les sifflets agirent sur la petite Contât comme le coup de fouet sur le cheval de tire. Elle se redressa blessée, non abattue, reparut le 10 du même mois dans Zaï'e, et le 19, dans Junie, de Britannicus.

Ces deux nouveaux débuts lui furent moins défavorables, puiscju'elle fut reçue Sociétaire, dès l'année suivante, au mois d'avril 1777.

Louisa Contât avait l'esprit vif de la répartie. Elle eut aussi le bon sens de savoir se définir elle-même, et de comprendre que son physique, doué de la plus piquante malice, devait la pousser plutôt vers la comédie que vers la tragédie. Alors elle se mit à travailler l'emploi des « grandes amoureuses ». Ainsi s'appelaient les rôles qu'aujourd'hui Ton détermine sous l'appellation de < premiers rôles de comédie ».

A cette époque, il n'y avait qu'un genre de « premiers rôles », c'était le « premier rôle tragique », aussi bien du côté masculin que du côté féminin. On ig.orait ce que pouvait être un « premier rôle 1 dans le genre de la comédie.

Le 16 décembre 1782, Louise Contât se fit très remarquer dans le personnage de Sophie du Vieux garçon. Mais, avant de réussir si complètement, elle avait créé déjà : en 1778, Julie dans U Aveugle par crédulité; en 1779, Aglaé dans Les Muses rivales; en 1780, Lucile dans Le Bon ami; en 1781, la Comtesse dans Le Bendez-vous; en 1782, Sophie dans Le Flatteur, et Bosalie dans Les Courtisanes.

Tous ces rôles n'étaient cjue des « jeunes amoureuses », ce que nous nommons aujourd'hui les « premières ingénuités ».

LOUISE CONTAT

LOUISE CONTAT {suite)

Enfin, en 1784, Beaumarchais la désigna pour lui créer le rôle de Suzanne, dans son immortel Mariage de Figaro.

Ce fut un triomphe pour Louise Contât. Elle fut grandement félicitée par les artistes qui l'entouraient, l'auteur et surtout le luminariste Quinquet, qui inaugura à cette première représentation son système de lampe à double courant d'air, avec réservoir d'huile; système qui lui avait été fourni par le chimiste Lavoisier, qui, dix années plus tard, devait si tristement finir sur l'échafaud révolutionnaire, en disant : « Quinquet devrait bien prendre ma place ici, comme il me Ta prise pour mes lampes à air. »

Louise Contât se révéla, en cette inoubliable soirée, grande comédienne.

Je ne la suivrai pas dans ses nombreuses créations qui vinrent à la suite : Le Bienfait anonyme, La Fausse coquette. Malcour et Verseuil, Les Épreuves, Les Coquettes rivales. Le Mariage secret, Les Amours de Bayard, La Bessemblance , La Fausse apparence, UHonnéte criminel. Les Victimes cloîtrées, etc., etc.

Dévouée au royalisme et surtout à la reine, elle fut emprisonnée à Sainte-Pélagie, en la compagnie de ses camarades de la Comédie.

Elle ne craignit pas de composer des vers, que je tiens à citer ici, parce qu'ils marquent la vaillance et l'esprit de cette noble femme :

« Je vais monter sur l'échafaud :

Ce n'est que changer de théâtre.

^^ous pouvez, citoyen bourreau, M'assassiner, mais non m'abattre.

Ainsi finit la Royauté, La valeur, la grâce enfantine.

Le niveau de l'égalité.

C'est le fer de la guillotine. »

Et, dans la prison, après les avoir dits à ses compagnons de cellule, elle ajoutait : « Je vous jure que j'aurai la force de les réciter sur l'échafaud à ce misérable Samson. » La chute de Robespierre la sauva de la mort. Les vers ne furent donc pas dits.

A sa sortie de prison, elle alla jouer à Feydeau, sous la direction du &ieur Sageret. Puis, en 1799, elle fit retour à la Comédie-Française qui se reconstituait, dans l'emploi des « jeunes mères », abandonnant à d'autres celui des « coquettes », qu'elle avait tenu, pendant vingt ans, de si admirable façon.

En 1809, elle prit sa retraite et épousa le chevalier de Forges de Parny.

Et, le 9 mars 1813, elle succomba des suites d'une épouvantable maladie, qui la martyrisa pendant plusieurs mois.

Elle eut une sœur, Emilie Contât, qui ne se soutint à la Comédie . que par la protection de son aînée.

LOUISE CONTAT

Rôle de Suzanne dans Le Mariage de Figaro.

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