TALMA
Le plus grand comédien du xix^ siècle ! On pourrait dire de tous es siècles.
Samson, qui le connut, et auquel on demandait : « Enfin, qu'avait-il donc de plus que les autres célèbres ? » répondit : « Il avait tout. »
Un tel comédien, résumé par un tel comédien, donne l'ampleur de ce que put être Talma.
Chez cet artiste de si haute et si puissante valeur, l'inspiration était instantanée, bien qu'il prétendît s'identifier tellement avec le personnage qu'il représentait, « que sa chair devenait la chair du héros », selon son ambitieuse expression.
Cependant, un soir — on jouait Andromaque — Talma représentait Oreste.
Un de ses admirateurs, placé près de la rampe, l'entendit souffler à Pylade, au moment le plus pathétique : « Nous sommes trop haut «; puis : « Nous sommes trop bas », enfin : « Soutiensmoi ».
Au baisser du rideau, l'ami courut féliciter l'admirable tragédien et lui dit : « Vous avez été, s'il est possible, plus admirable,. ce soir, que les autres soirs.
— Oui, répondit Talma, j'étais bien Oreste, n'est-ce pas?... tout Oreste, rien qu'Oreste. J'avais revêtu l'âme et les passions du prince grec, en même temps que sa tunique.
— Excepté cependant, reprit finement l'appréciateur, quand vous avez dit à Pylade-Dumilâtre : Nous sommes trop haut... Nous sommes trop bas ! Soutiens-moi !... »
Talma demeura coi.
« C'est vrai, répondit-il à son perfide interlocuteur; à ces moments-là, j'étais redevenu l'acteur Talma. Vous êtes un mahn,. vous ! et je jure qu'il ne m'arrivera plus de me mettre ainsi en dehors de mon rôle. »
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