MARTIN
Martin {Biaise), le célèbre baryton, qui laissa son nom à l'emploi, est né en 1764. Il débuta à Paris, au Théâtre de Monsieur, en 1789, à l'époque de la création de ce théâtre par le coiffeur Léonard et son associé le violoniste Viotti, — dans Le Marquis de Tulipano, rôle dans lequel il obtint un très grand succès.
Se sentant fort inexpérimenté comme acteur, il s'adressa à Dugazon, de la Comédie-Française, qui voulut bien lui donner des leçons et fit de lui un comédien très acceptable, et plus tard fort remarquable.
Martin, doué d'une admirable voix, flexible au suprême degré, abusait des vocalises et fioritures, dont il agrémentait les rôles les plus simplement écrits.
Un soir, dans Le Jugement de Midas, de Grétry, après la représentation, il vit entrer dans sa loge le célèbre auteur, -qui l'aborda en lui disant : « Martin, tu as admirablement chanté. Je regrette seulement que tu aies passé le grand air.
— Mais, je l'ai chanté, monsieur Grétry, je vous l'assure! ,
— Alors, c'est donc que tu l'as tellement défiguré, par tes broderies, que je ne l'aurai pas reconnu. »
Rossini devait plus tard renouveler ce mot, en demandant à la Patti, après l'avoir enten:'.ue dans Le Barbier de Séçille : « De qui la jnousique? »
Martin se le tint pour dit; et, par la suite, sans parvenir à se corriger complètement, il parvint à apporter plus de simplicité et de naturel dans son art impeccable, au grand agrément des véritables connaisseurs.
Il disait naïvement, et parfaitement convaincu : « Il n'y a que deux chanteurs au monde, moi et le rossignol.
— Cependant, Elleviou? lui objectait-on.
— Elleviou n'est qu'une fauvette, répondait-il en riant, presque une chanteuse. »
Il mourut, à l'âge de soixante-treize ans, le 28 octobre 1837, dans les bras de son illustre ami Elleviou, au château duquel il était allé passer quelques jours. Le château d'Elleviou était situé à Rouzières, près de Lyon.
Le successeur direct de Martin a été ChoUet dont la voix tenait à la fois du ténor et du baryton.
Martin, pendant la Révolution, s'était brouillé avec Dugazon, dont il ne partageait pas les enthousiasmes exagérés. Simple gar.le dans la compagnie dont Dugazon avait été nommé capitaine, à l'élection, Dugazon avait dit à Martin : « Donne-moi ta voix. — Je veux bien, lui avait répondu Martin, si tu veux me donner ton talent. » Et il avait voté pour un autre. Dugazon ne le lui pardonna pas.