BRUNET
Voilà bien, incontestablement, le plus sublime des niais, qui furent, sont et seront, devant le public, débiteurs des plus grosses bêtises sublimes,, inventées par de très grands hommes d'esprit,
Jean- Joseph Mira, dit Brunet, naquit le 17 novembre 1766, rue Aubry-le-Boucher, comme l'indique l'acte de naissance de ce roi des immortels idiots.
Bizarrerie!... Brunet fut camarade d'école de Talma.
Son oncle Dom Mira, Carme déchaussé, qui perfectionna la fameuse Eau des Carmes, fit tout pour que « son coquin de neveu ne déshonorât pas le nom de ses pères » et surtout de son oncle; rien n'y fit. Le jeune Mira, pour ne pas encourir les malédictions avunculaire et paternelle, s^'engagea dans une troupe ambulante de province, sous le nom de Brunet.
Brunet fut amené de Rouen à Paris, par son directeur en cette ville, Ribié, qui venait ouvrir le Théâtre de la Cité, sur l'emplacement où se trouva plus tard le bal du Prado, et actuellement la Chambre des Notaires. Ce fut le 27 avril 1795 que se fit l'ouverture de ce théâtre, et que parut pour la première fois Brunet, dans un rôle de Portier du Comité révolutionnaire.
Ce fut le même directeur, Ribié, qui l'entraîna avec lui au théâtre des Variétés-Montansier — actuellement théâtre du Palais- Royal, — où le jeune comédien osa reprendre le rôle de Jocrisse dans Le Désespoir de Jocrisse, rôle dans lequel Baptiste cadet, le créateur, avait fait courir tout Paris.
Brunet se montra, s'il est possible, plus naturellement idiot encore que son prédécesseur. De cette soirée, mémorable pour lui, date son commencement de célébrité dans l'art de la suprême bêtise.