BRUNET
BRUNET {suite)
Brunet n'abandonna jamais la fortune de son théâtre des Variétés et quand, du Marais, où il s'était transporté, il vint se fixer définitivement boulevard Montmartre, Brunet en devint le directeur.
Ce grand comédien apportait à la ville la même naïveté qu'à la scène.
C'est lui qui, voyant son régisseur faire, assis sur une chaise, un bruit de grelots, pour simuler l'approche d'une diligence, lui dit :
« Voyons, mon cher ami, comment voulez-vous imiter ainsi le trot des chevaux? Passez-moi ces grelots, je vais vous montrer. »
Alors, s'accrochant le licol autour du cou, il se mit à trotter lui-même, reproduisant devant son régisseur, ébaubi, le pas cadencé des chevaux de poste.
A ce même régisseur, qui n'avait qu'à parler dans la coulisse, faisant un concierge, répondant à un locataire, en scène, il dit : « Je veux cjue vous vous habilliez en concierge.
— Mais le pubhc ne me voit pas. Monsieur Brunet.
— Eh: qu'importe ! un accident peut arriver, la porte s'ouvrir; il faut que le pubUc voie que c'est un concierge et non un régisseur qui répond à son locataire. »
Brunet mourut pauvre, à l'âge de quatre-vingt-sept ans, le 21 février 1853.
De tous ces grands comédiens, peu moururent riches, ou même à l'abri du besoin. Frédérick-Lemaître, Bocage, Dumaine, Taillade continuèrent la tradition.
Ils pensaient plus à leur gloire qu'à l'argent.
BRUXET.
Rôle du Procureur dans L,' Intérieur d'une étude.