ELLEVIOU
Souvent, l'on a vu, ou plutôt l'on a entendu des voix de « ténor » se transformer et se faire graves, jusqu'à passer à l'état de « barytons » et même de « basses chantantes »; mais le cas de Jean Elleviou, ce très extraordinaire chanteur, renverse du tout au tout ce point de fait. Jean Elleviou, né à Rennes le 14 juin 1769, commença par posséder une voix de basse-taille, de fort peu d'étendue. Son père, chirurgien en chef des hôpitaux de la ville, voulait faire de son fils un praticien comme lui.
Mais le jeune homme s'enfuit un beau jour de la maison paternelle, et s'engagea dans une troupe de comédiens qui allaient à La Rochelle et à Rochefort donner des représentations.
Son père le fit alors arrêter, incarcérer; mais les habitants de la ville protestèrent, et le père Elleviou s'en vint, lui-même, au pays d'Aunis, procéder à l'élargissement de son fils.
Le jeune Elleviou partit pour Paris. Quand, le 1" avril 1790, il fit sa première apparition, sur le théâtre de la Comédie-Itahenne, dans le rôle du Déserteur, il fut assez froidement accueilh; on trouva que sa voix manquait de charme. Quelque temps après, il chanta le rôle de Sylvain, et l'un des folliculaires de l'époque écrivit : « Sans vouloir décourager M. Elleviou, le débutant d'avanthier, nous ne saurions trop lui conseiller de travailler ses notes élevées. Elles sont rauques, sans cependant être désagréables ni discordantes. »
Elleviou avait vingt ans ; il suivit courageusement le conseil du critique, modifia sensiblement ses notes du haut; et l'éclat qu'il sut leur donner à force de travail apporta à cette johe voix, que l'on s'accordait à reconnaître fort belle, l'étendue qui lui manquait et l'ampleur dans la respiration qui lui faisait, paraît-il, défaut.
A ce point qu'il put créer de brillante façon le joh rôle du ténor dans Philippe et Georgette, de Dalayrac.
Le même critique écrivit alors : '< Le rôle de Philippe a été tout à fait à l'avantage de M. Elleviou. »
La réquisition générale de 1793 le fit partir comme soldat; mais les réclamations des chanteurs, ses camarades, et de compositeurs d'importance, le firent bientôt revenir à Paris, où il reprit le cours de ses succès.
11 s'occupa, malheureusement, de politique et fut dénoncé en 1795, comme principal meneur du parti dit des Muscadins.
Il put s'enfuir, sur le point d'être arrêté, et se réfugia à Strasbourg.
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