POTIER
Potier est mort à Fontenay-sous-Bois le 20 mai 1838. Il était né à Paris le 23 octobre 1774. C'était un comédien admirable, même avant qu'il fût à l'apogée de son talent. Il savait donner la vie à un rôle, et le « naturel » avec lequel il le rendait devenait du « surnaturel ». Talma disait de Potier : « Que n'est-il avec nous à la Comédie-Française ! » Kemble, le grand artiste anglais, répétait à qui le voulait entendre : « Potier égale notre Garrick ! »
Il descendait d'une famille illustre dans la magistrature, les Potier de Gêvres.
Sorti de l'École militaire — car il voulait embrasser la carrière des armes — , il combattit à Jemmapes et à Valmy.
Il avait débuté comme comédien en 1795, en la compagnie de Joanny — qui fut plus tard aux Français, — sur le petit théâtre des Délassetnents, anciennes Variétés amusantes, situées sur le boulevard du Temple, entre VOptique du sieur Prévost et les Fantoccini chinois, lesquels devinrent ensuite le Théâtre des Petits Comédiens français. U Ambigu arrivait à la suite. Puis, après avoir paru sur le Théâtre des Victoires nationales, situé rue du Bac, Potier était parti en province, pour ne revenir à Paris qu'en 1809, sur le Théâtre des Variétés, du boulevard Montmartre, sous la direction de Brunet.
Ce fut incontestablement, avec Talma, le plus grand comédien de son époque.
Odry, le poète des Gendarmes, définissait Vernet, dont le talent procédait de celui de Potier : un Potier déteint.
Dans son Dictionnaire critique d^ histoire et de biographie, M. A. Jal le désigne comme « un très grand comédien dans un petit genre ».
Il n'y a pas de petits genres pour les grands artistes et Jacques Callot valut Philippe de Champaigne, de même que Daumier fut aussi puissant que Courbet.
Brunet, directeur, répondait à un ami qui lui demandait des places : « Ne viens pas ce soir, c'est moi qui joue; viens plutôt demain, ce sera Potier. »