‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 28 sur 100 · MONROSE · texte numérisé non relu

MONROSE

Il y eut deux Monrose; mais, en réalité, il n'y en eut qu'un : le premier, qui fut le grand Monrose, le Valet superbe.

Il s'appelait Claude-Louis-Séraphin Barizain.

Il naquit à Besançon, le 6 décembre 1783, d'un père et d'une mère comédiens.

Après avoir parcouru l'Italie, dans une troupe formée par Mlle Raucourt, il fut engagé à Lyon, d'où le bruit de ses succès arriva jusqu'à la Comédie-Française, qui eut le bon esprit de le venir voir et l'attirer à elle en le faisant débuter dans le Mascarille de L'Étourdi, le 15 mai 1815, au bruit du canon qui tonnait aux portes de Paris.

Cette fine comédie de Molière était abandonnée depuis longtemps, faute d'un interprète capable d'y apporter la verve échevelée, la diction provocante, étincelante, indispensables à l'acteur chargé de ce rôle écrasant.

Aussi, était-elle connue seulement de certains spectateurs, plus érudits que la pkipart des gens cfui venaient, à cette époque, se distraire au Théâtre des grosses émotions provoquées par les événements politiques.

Le succès de Monrose fut immense. Depuis Préville et Dugazon, on n'avait pas vu un comique possédant cet entrain endiablé.

Il fut reçu Sociétaire deux années après, le 1^'' avril 1817.

Crispin du Légataire, Scapin des Fourberies, YOlive du Grondeur, Cliton du Menteur, les deux Figaro du Barbier et du Mariage furent pour lui des triomphes.

Et il nous a fallu attendre jusqu'à nos jours l'apparition de Coquelin aîné, pour contrebalancer le souvenir de ce grand maître des valets de comédie.

« Monrose était de petite taille, mais souple et agile; il avait l'œil spirituel et mahn, la réplique preste, le geste prompt,' une verve intarissable, la voix mordante et beaucoup de finesse dans ses intentions. »

Tel est le portrait qu'en fait M. de Manne, qui le connut et l'apprécia.

Son défaut était de céder aux entraînements trop faciles de la charge.

La mort de sa femme lui causa une profonde douleur. Il devint fou. Ce fut le docteur Blanche qui le soigna. A force de soins, ce Savant aliéniste parvint, le 7 janvier 1843, à le faire reparaître dans le Figaro du Barbier de Séville, lors de la représentation qui fut donnée à son bénéfice. « Le malheureux retrouva pour cette soirée la verve et les ressources de son talent passé. »

Ramené à la maison de santé, il y mourait trois mois après, le 20 avril 1843.

MOXROSE, ROle de Lafleur dans Le Baron Lafleur.

J.-F. FIRMIN

II y avait autrefois, rue Dauphine, un petit théâtre, portant l'enseigne de Théâtre des Jeunes Élèves, sur la scène duquel s'essayaient les jeunes gens se destinant à l'art dramatique. Ce théâtricule, ouvert en 1799, fut fermé lors du fameux décret impérial de 1807.

C'est là que Picard, directeur du Théâtre de l'Impératrice — aujourd'hui Odéon, — vit jouer, en 1806, un jeune homme portant, sur l'affiche « écrite à la main », le nom de Firmin et, dans la vie publique, celui de Jean-François Becquerelle. Pour ne pas « déshonorer à tout jamais » le nom de son père, marchand vinaigrier demeurant rue Saint-Denis, le descendant des Becquerelle avait consenti à se voiler sous le pseudonj^me de Firmin, qui était le saint du calendrier qu'annonçait la date du 25 septembre, jour où Jean-François Becquerelle avait pris cette héroïque résolution.

Le jeune comédien, né en 1784, le mardi 6 avril, avait donc vingt-deux ans quand il débuta, le 30 mars 1806, sur le Théâtre de Picard, dans Le Jeune homme à V épreuve, comédie en cinq actes de Destouches — réduite en trois actes par Andrieux et Ségur jeune — et U Amour et la Raison.

A la fin de la représentation, durant laquelle le succès du jeune Firmin avait été grandissant de scène en scène, il fut rappelé par la salle entière et ramené de force en scène par son directeur. Picard.

En 1811, le surintendant des Théâtres impériaux lui signifia (' ordre de débuter à la Comédie-Française »; et le 3 juillet voyait s'effectuer sur cette scène la première apparition de Firmin, dans Séide de Mahomet, et Damis des Fausses infidélités. La comédie-

J.-F. FIRMIN

J.-F. FIRMIN {suite)

lui fut plus favorable que la tragédie, et il fut admis comme Pensionnaire.

Ce ne fut cependant qu'en 1817, malgré ses succès et son talent incontestable et reconnu, qu'il fut admis au noble Sociétariat.

Firmin était en effet beaucoup plus l'homme délicat de la comédie que l'homme terrible de la tragédie. Le Menteur et V Homme à bonnes fortunes étaient incomparablement joués par lui. 11 devenait médiocre en jouant Hippolyte ou Le Cid. Aussi, lorsqu'arriva la mort de Talma, en 1826, l'accusa-t-on à tort de se vouloir poser en successeur du grand tragédien. Il repoussa avec véhémence cette injuste et méchante accusation.

Il eut un mot de grand artiste : « On ne remplace pas Talma! » dit-il.

Sa voix était faible, sa taille était élancée, mais courte, quoique bien prise. La mémoire lui fit toujours défaut.

Il créa Hernani et Saint-Mégrin d'Henri III et sa cour, et fut admirable dans ces deux rôles. D'une grande élégance de ton et de manières, Firmin fut un impeccable Don Juan d'Autriche, un superbe Candaule du Mariage sous Louis XV, et un irréprochable Richelieu de Mademoiselle de Belle-Isle.

Le 6 décembre 1849, il parut pour la dernière fois sur la Grande Scène, dans Alceste du Misanthrope, qu'il jouait de merveilleuse façon, et Le Legs. C'était sa représentation de retraite. Elle produisit 10.800 francs, chiffre énorme pour l'époque.

Le 30 juillet 1859, il tomba de la fenêtre de sa maison, au Coudray, près Corbeil, où il s'était retiré, et se tua sur le coup. D'aucuns attribuèrent cette triste fm à un suicide, Firmin étant devenu fort misanthrope et ne consentant plus à voir, en êtres humains, que son vieux domestique et^*? vénérable curé de son village.

J.-F. FIRMIN

Rôle de Hernani.

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