‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 29 sur 100 · MADEMOISELLE GEORGES · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE GEORGES

Marguerite-Georges Weimer naquit à Bayeux, le 20 janvier 1788. Son père était directeur de théâtres de province, et c'est à Amiens, en 1798, qu'enfant, elle parut dans Les Deux petits Savoyards, Le Jugement de Paris et Paul et Virginie.

Ce fut Mlle Raucourt, de la Comédie-Française, qui remarqua la toute jeune chanteuse — car, douée d'une fort jolie voix, son père la destinait à l'opéra, — et décida M. Weimer à envoyer sa fille à Paris, où elle débuta, à la Comédie-Française sous les auspices de la grande tragédienne, par le rôle de Clytemnestre dans Iphigénie.

Elle avait à peine quatorze ans. Son apparition fut un événement. On se porta en foule au Théâtre-Français pour la voir et l'acclamer. Le portrait ci-contre la représente en 1806.

Mais Mlle Georges avait une rivale redoutable, en Mlle Duchesnois fort jalouse des succès obtenus par la belle débutante. M. de Rémusat, protecteur de Mlle Duchesnois, malmena quelque peu Mlle Georges qui, comprenant qu'elle ne pouvait lutter contre « Monsieur l'Intendant des Théâtres. Impériaux », rompit son traité avec le Théâtre-Français et partit en Russie où elle resta de 1811 à 1813. Vers la fin de 1813, elle rentra à Paris, au Théâtre-Français où la rappelait « la protection et le tendre intérêt » de Napoléon, Empereur et Roi.

En 1820, elle devint pensionnaire de l'Odéon et y demeura jusqu'en 1831. Elle passa alors à la Porte-Saint-Martin, où elle créa Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Marguerite de Bourgogne, La Chambre ardente, etc., etc.

C'est à cette époque, 1830 à 1840, qu'elle prit de l'embonpoint. On la caricatura, on la ridiculisa; on la nomma « la Melpomène colossale des salles basses du Louvre ».

Dans La Chambre ardente, le bourreau qui devait la soutenir ayant maladroitement chancelé en voulant la transporter, un titi lui cria : « Fais-en deux voyages. »

Le 27 mai 1849, elle obtint, à la salle des Italiens, une représentation de retraite qui la tira un instant de sa grande misère.

En 1855, Napoléon III, voulant bien ne pas oublier qu'elle avait presque été sa tante, ^lui fit accorder le vestiaire de la grande exposition des Champs-Elysées.

Enfin, en 1867, celle dont l'aristarque Geoffroy avait écrit : « Ce n'est pas une statue de marbre de Paros, c'est la Galathée de Pygmalion, pleine de chaleur et de vie » s'éteignit doucement après cinq ou six semaines de maladie. La superbe maîtresse des trois Empereurs, comme on la dénommait, voulut être ensevelie dans une robe de soie noire et dans son manteau de Rodogune. Que de souffrances!... quel martyre!... Quelle couronne d'épines après tant de couronnes de reines.

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