SAMSON
Josjph-Isidore Samson, dont le père tenait le bureau*des Petites voitures qui faisaient à cette époque le trajet de Paris à Saint- Denis, et vice versa, subissant l'influence du voisinage de l'église Saint- Eustache, que l'enfant fréquentait, voulut, vers l'âge de douze ans, se faire prêtre. Son père, cjui l'envoyait à une école tenue par un vieux Jacobin de ses amis, combattit avec violence cette vocation, qui avait été inspirée à l'enfant par les côtés mystiques et extatiques de cette Première Communion, si noble, si pure pour les cœurs de cet âge tendre. Il éloigna le pauvre petit, du curé de Saint-Eustache, qui l'avait endoctriné, et le mit dans un pensionnat de Belleville, dirigé par un autre ancien Jacobin, ami du premier en même temps que du père Samson.
Celui qui fut le très illustre baron Taylor, le fondateur immortel des cinq grandes A.ssociations artistiques de secours mutuels, partageait, dans le pensionnat, les études et les jeux du jeune Isidore. Tous deux se lièrent d'une intime amitié, laquelle ne se démentit jamais dans le cours de leur longue vie.
Samson, ne pouvant, par suite de revers de fortune de ses parents, continuer ses fortes études, suivit son père qui s'était allé fixer à Corbeil, et entra comme clerc chez le premier avoué du pays. Il gagna du coup 20 francs par mois; mais l'étude des Pandectes souriait peu à cet esprit aventureux. La lecture de Molière, de Corneille et de Racine lui agréait beaucoup plus, en même temps qu'elle fortifiait en lui cette rectitude de jugement et d'esprit dont il a toujours fait preuve.
En 1810, c'est-à-dire âgé de dix-sept* ans, — il était né à Saint- Denis, le 2 juillet 1793 — l'avoué de Corbeil mit à la porte son triste clerc, le déclarant incapable de jamais rien faire dans la basoche.
Le jeune homme, fort peu chagrin du jugement de l'avoué, revint à Paris, entra comme commis dans un bureau de Loterie et, parvenant enfin à vaincre la répugnance de ses parents têtus, décida