‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 35 sur 100 · ARNAL · texte numérisé non relu

ARNAL

Le niais spirituel, le Jocrisse en habit noir, le naïf tragique, qui disait tout ébaubi, dans Monsieur et Madame Galochard : « C'est étonnant ! Je suis furieux et j'ai les pieds gelés ! », est né en 1796. En 1812 — à seize ans — Arnal s'engagea dans la garde du Roi de Rome; puis passa dans les Pupilles et, des Pupilles, dans les Tirailleurs de la jeune garde. Il rentra chez sa mère, deux années après, son engagement terminé, lors du licenciement des troupes impériale

Lui-même m'a conté que ces bataillons de Pupilles avaient été principalement formés avec les « Enfants trouvés » des hospices de Paris, ce qui fait que les Parisiens les appelaient : « les Enfants de garces ».

Arnal commença à jouer en amateur, chez Doyen, un théâtre sur lequel s'exerçaient les amateurs, l'emploi des confidents de tragédie; mais il faisait tellement rire les spectateurs en débitant les vers les plus tragiques, qu'il abandonna bien vite le genre sérieux, pour le comique : « Dans ce nouvel avatar, m'a-t-il dit encore, voilà-t-il pas que je ne faisais plus rire du tout. Je persistai néanmoins, quoique découragé. »

11 parvint à entrer aux Variétés, dans les chœurs, à raison de 300 francs par an, et se trouva en contact avec Potier, Brunet, Tiercelin, Vernet et Odry, dont il étudia les moyens d'arriver à produire les effets par le naturel. Des Variétés, il passa au Vaudeville en 1827, et vit alors son succès commencer, s'accroître, se confirmer et se couronner.

Deux auteurs de grand talent et de grand esprit le comprirent soudainement et se mirent à travailler pour lui exclusivement; ce furent Duvert et Lauzanne.

Sur ses vieux jours, il fut engagé au Gymnase et y créa d'inoubliable façon Les Idées de Madame Aubray, un chef-d'œu\Te, trop délaissé, d'Alexandre Dumas fils; puis le notaire d'Héloïse Paran- ^Mt^etrinefîable pharmacien Floupin, le cousin germain de M. Homais, dans Nos bons villageois, du Maître Sardou.

Fait particulier : la Province ne le comprit jamais. Ce talent si simple, si fin dans sa niaiserie, si distingué dans ses triviahtés, ne l'amusait pas. Il fit plusieurs tentatives de tournées et ne parvint jamais à attirer la foule, qui courait voir Levassor, Achard, Ravel et Déjazet.

Arnal mourut à Genève, où il s'était retiré, le 10 décembre 1872.

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