ARNAL
LEPEIXÏ.RE AINE
Lepeintre aîné, qui remplit avec grand talent Temploi des « premiers comiques » et des compositions dramatiques, avait commencé, à peine âgé de douze ans, à jouer la comédie au Théâtre des Jeunes Artistes, situé rue de Bondy.
De ces petits théâtres, il sortait souvent d« grands comédiens. Monrose fut de ceux-là; je parle du Monrose qui joua incomparablement les grands valets à la Comédie-Française.
Le premier rôle de Lepeintre aîné a été celui de Cassandre, dans Cassandre bouquiniste. Ce gamin de douze ans fut, paraît-il, fort apprécié dans un vieillard quinteux, maussade et ridicule. Il se fit ensuite très remarquer dans Goburge de Vile des Falots, parodie de Panurge dans Vîle des Lanternes. Il joua ensuite de façon très émouvante Meinant dans Misanthropie et Repentir, drame en cinq actes, en vers, d'un M. Rigaud; et le rôle de Frontin dans Emilie ou Les Ciprices, comédie du Cousin Jacques, pseudonyme de l'humoristique écrivain Beffroy de Rigny. Enfin, Laporte, le célèbre arlequin, vint, à diverses reprises, féhciter Tenfant sur la façon dont il interpréta plusieurs rôles de cet emploi. Dugazon, émerveillé de ce talent naissant, lui fit accorder ses entrées à la Comédie-Française. Lepeintre aîné courut les grandes villes de province jusqu'en 1817, date à laquelle il accepta de débuter au théâtre des Variétés, de Paris, par Les Poètes sans soucis et Monsieur Croûton, rôle dans lequel il s'imposa comme grand comédien, même à la suite de Potier, qui venait de quitter ce théâtre.
Le Vaudeville s'empressa de l'accaparer; puis, en 1831, M. Dormeuil, fondant le théâtre du Palais-Royal actuel, eut le bon esprit de le prendre au nombre de ses pensionnaires, parmi lesquels il avait su déjà grouper Samson et Déjazet, aux côtés de qui Lepeintre fut loin de faire triste figure.
Jouant l'emploi comique aussi bien que le sérieux, possédant le don des larmes autant que celui du rire, Lepeintre aîné fut un véritable grand comédien, bien que fort gêné par une voix peu sonore et un débit assez lourd.
Il mourut tragiquement le 5 avril 1854. Sortant de voir jouer Le Pendu, à l'Ambigu, il s'alla jeter dans le canal Saint-Martin.
Rien ne faisait prévoir une fin aussi tragique, car il était d'un caractère très enjoué et pratiquait fortement le calembour.
C'est lui qui, un soir de bénéfice, dans lequel on avait organisé une tombola dont l'un des lots était : « Le portrait de M. Lepeintre aîné, présenté par lui-même ! » entra en scène, portant un pain d'une livre, et, après l'avoir traîné dans la poussière, l'offrit au gagnant du lot, 'en lui disant : « Mon portrait : Le pain traîné.' »