DEJAZET
Du cerveau si puissamment organisé d'Alexandre Dumas fils est sorti, tout enjuponné, « l' Homme-femme ». A Virginie Déjazet revenait la gloire d'édifier, sur bases solides, « la Femme-homme ». Avant elle, on n'avait recours que très peu souvent aux grâces féminines pour mettre à la scène un tout jeune garçon dans le genre de Chérubin, ou du Duc d'York dan? Les Enjants d' Edouard. Déjazet érigea en principe l'art de reproduire la jeunesse de tous les héros d'amour, de gloire ou de piquantes aventures. Elle fut successivement Richelieu et Lauzun, Bonaparte et \'oltaire, Conti et Gentil-Bernard, Vert-\'ert et Létorières, LuUi et le sergent Frédéric, Figaro et Garât.
Et cependant jamais femme ne fut plus femme que Déjazet.
Elle n'était pas jolie; elle était plus que jolie, elle était charmante, adorable, déhcieuse.
Elle lançait le mot décolleté avec un art qui mettait à ce mot un fichu ou un voile.
Elle chantait, sans voix, des airs d'opéra-comique de façon à les mettre plus en valeur que les ténors qui les avaient créés.
Elle avait le tact des nuances, la délicatesse du toucher et la finesse du pur superfin.
Elle était Déjazet!
Née à Paris, en 1798, elle avait débuté à l'âge de cinq ans, dans un ballet, sur un petit théâtre, aux côtés de sa sœur aînée, Thérèse.
Puis elle avait joué sur le Théâtre des Jeunes Artistes, situé au coin des rues de Bondy et de Lancry. De ce théâtre elle était passée à celui des Jeunes Élèves, de la rue de Thionville, devenue par la suite rue Dauphine.
En 1807, âgée de neuf ans, elle avait été engagée au Vaudeville de la rue de Chartres^ pour y remplir les rôles d'enfants.
En 1817, elle débuta aux Variétés. Elle ne s'appelait alors que Virginie.
Ce fut en 1820 qu'elle prit à Bordeaux le nom de Déjazet. Après la faiUite du directeur du théâtre de cette ville, elle revint à Paris, au théâtre du Gymnase qui était en ce temps théâtre de Madame, et ce fut alors qu'elle commença à se faire apprécier.
En 1828, elle fut engagée aux Nouveautés, et y demeura jusqu'en 1831, date à laquelle elle entra au théâtre Montansier, ou théâtre du Palais-Royal. Elle devint la gloire de ce théâtre et contribua puissamment à sa fortune.
En 1845, elle passa aux Variétés; en 1850,elle parut au Vaudeville.
Nous ne la suivrons pas dans ses nombreuses pérégrinations à travers les autres théâtres de Paris, triomphante partout, charmeuse jusqu'au dernier moment.
En 1859, elle prit, avec ses pauvres économies, la direction du théâire des Folies-Nouvelles, qui devint sous sa gérance Théâtre Déjazet.
DÊJAZET {suite)
Hélas! la pauvre grande artiste se vit bientôt contrainte d'abandonner son exploitation à son fils; et, réduite à la plus complète misère, elle se mit courageusement, à l'âge de soixante-six ans, à courir le cachet en province et à l'étranger, recommençant la lutte de jeunesse, la véritable lutte pour la vie.
DÊJAZET.
Dans Les Grisettes.
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En 1875 — elle avait soixante-dix-sept ans, — elle joua encore au Vaudeville ; et, malade, elle écrivait : « L'idée que j'en ai fini avec le théâtre est une seconde maladie qui aidera la première à me faire mourir. C'est celle qui a emporté Mlle Mars et notre cher Méhngue. Je ferai le trio. »
Elle s'éteignit le 1" décembre de cette même année 18 y 5.
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