‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 44 sur 100 · LA FONT · texte numérisé non relu

LA FONT

Il y a à travers le monde, .différentes sortes de distinctions. Berton père possédait une grande distinction d'officier en civil; Félix, la distinction d'un voyageur de commerce ;Provost, celle d'un riche manufacturier; Lafont, Pierre-Chéri , né à Bordeaux, en 1801, possédait, lui, la véritable et haute distinction du grand seigneur. On eût mis une blouse ou une vareuse sur les épaules die Lafont, cju'immédiatement, à la finesse de ses attaches, au charme de sa parole, à ses allures, à sa démarche hautaine, sans être un instant impertinente, à l'excessive noblesse de son regard, il eût été facile de reconnaître l'homme du monde en rupture d'habit noir.

Son père, très honorable commissaire-priseur de Bordeaux, avait voulu faire de M. '.on fih un disciple d'Hippocrate el de Galien. En conséqvience, le jeune homme fit, en quahté d'élève-médecin de marine, trois voyages au long cour-, dont deux aux Indes.

A vingt ans, rejetant la thérapeutique et la diagnose, il prit la diligence pour Paris et vint se faire admettre au Conservatoire, dans une des classes de chant; car le jeune Lafont possédait une fort jolie voix de haute-contre.

Il joua en amateur, chez Doyen, où s'exerçaient alors tons les jeunes gens épris d'art dramatique. Désaugiers, qui était directeur du Vaudeville, alors situé dans la rue de Chartres — ceci se passait en 1822, — l'engagea pour remplacer Gonthier, artiste très réputé, qui abandonnait la profession — disait-il à qui voulait l'entendre — mais qui, en réalité, changeait de direction, et parconsécjuent de directeur.

Les débuts de Lafont se firent dans Rodolphe et dans Léonide eu la Vieille de Suresne. Ils furent très remarqués.

Sa distinction native, sa jolie voix pour chanter rondeaux et couplets, ses manières séduisantes, sa finesse à lancer le mot, sa légèreté d'allure, sa figure gracieuse, avenante, souriante, lui conquirent toutes les faveurs. Il devint le héros du jour. Il fut surtout « l'enfant chéri des dames », dans Charles, des Deux Cousines ; Bellerose, de Madame Grégoire; Rosembert, de Faublas ; Austerlitz, de Catherine ou la Croix d'Or; Pierre Marteau, dL" André; Jean Duharnj, de Madame Dubarry ; Pierre Lerouge, et vingt autres pièces dont il fit le succès.

En 1829, étant allé donner des représentations à Londres, il épousa sa compagne de voyage, la jolie Jenny Colon, une camarade du Vaudeville, actrice de beaucoup de talent elle-même.

De retour en France, les nouveaux mariés se regardèrent, se mirent à rire, et comprirent mutuellement la sottise qu'ils avaient

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