‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 5 sur 100 · ADRIENNE LE COUVREUR · texte numérisé non relu

ADRIENNE LE COUVREUR

PREVILLE

Préville est le créateur de Figaro, et ce titre seul suffirait à sa gloire.

Il naquit à Paris le 17 septembre 1721, lue des Mauvais-Garçons, derrière la salle des Comédiens-Français, et reçut son éducation première à l'abbaye Saint-Antoine. Son véritable nom éi&xiDubus.

Sur l'argent très mince qu'il recevait, il trouvait le moyen d'économiser assez pour aller aux petits théâtres du boulevard.

Il se sauva de la maison paternelle, dans laquelle on voulait le contraindre à être prêtre, et, dénué de toutes ressources, pour vivre servit de manœuvre à des maçons. A force de chercher, il parvint enfin à entrer cinquième clerc chez un notaire.

Un soir de richesse, la fantaisie le prit d'aller à la Comédie-Française. Il vit jouer Poisson, à qui, plus tard, il devait succéder. Cette soirée décida de sa carrière. Il sortit fasciné, ébloui; et, dès le lendemain, alla demander à Dehesse, « l'un des meilleurs acteurs de la Comédie-Italienne », de vouloir bien lui donner des conseils. Dehesse consentit. Le jeune homme lui avait plu, par la liberté de ses allures et la singularité de son langage.

Préville, à peine dégrossi par les leçons de son professeur, partit en province et obtint de nombreux succès à Dijon, Rouen, Strasbourg, Lyon, où il osa sans argent s'improviser directeur. Rien ne l'effrayait. Il y avaitenluide ceFigaro qui devait l'illustrer plus tard.

Enfin, le 20 septembre 1753, revenu à Paris, il débutait à la Comédie-Française par le rôle de Crispin dans Le Légataire, et y obtenait un énorme succès.

« Pendant trente-trois années, Préville s'est montré le comédien le plus parfait qui eût encore paru sur la scène française », écrivit un de se? contemporains, quand il mourut.

Jamais il ne manqua d'être le personnage qu'il devait représenter.

Après avoir pris sa retraite, à l'âge de soixante ans, il reparut quelques fois sur le Théâtre-Français, pour tirer d'embarras ses camarades,* atteints dans leurs recettes, lors des premières années de la Révolution. Mais sa tête se troubla et s'affaibht à ce point que, le 23 pluviôse an III, jouant Le Mercure Gaèant, il dit à son neveu qui l'accompagnait dans la coulisse :

« Il est tard; nous voici dans la forêt, vois-tu comme elle est noire, rentrons vite.

— Eh ! non, mon oncle, répondit le neveu ; c'est le décor qui vous trompe. Vous traversez la scène pour aller changer de costume.

— Tu as raison, fit Préville revenant à lui, ne me quitte pas, malgré tout, j'ai peur. »

Quand la représentation fut terminée, il dit : « C'est bien fini! Je ne jouerai jamais plus la comédie. »

Il mourut à Beauvais, à soixante-dix-neuf ans. Il était membre de l'Institut.

Le préfet de l'Oise, M. de Combry, fit élever un monument sur sa tombe. Juste tribut de tant de gloire et de tant d'honnêteté.

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