MADEMOISELLE CLAIRON
Mlle, Clairon, née Claire-Joseph Léris, dite Hippolyie Legris de Latude, qui sut se mettre en avance sur les progrès au Théâtre, progrès auxquels elle participa puissamment, devait l'être, même quand survint sa naissance; car c'est à sept mois que sa mère lui donna nuitamment le jour.
Voici, sur sa première apparition en la vie, l'étrange récit qu'elle en a conté dans des Mémoires, écrits — a-t-elle prétendu — par elle-même.
« Dans la petite ville où je suis née — Condé, — il était d'usage de se rassembler, en temps de carnaval, chez les plus riches bourgeois pour y danser et manger des friandises. Le curé lui-même, avec une bonhomie tout évangéhque, présidait à ces solennités, dont il doublait l'entraînement, surtout lorsqu'il avait changé sa soutane contre un habit de masque. »
Ce fut en une de ces soirées d'agapes familiales que naquit — toujours à son dire — la célèbre actrice.
'( J'étais si chétive, continue-t-elle, qu'on crut que je ne vivrais pas, et que ma grand'mère, femme d'une piété vraiment respectable, voulut qu'on me portât sur-le-champ à l'éghse, recevoir mon passc^port pour le ciel. Mon grand-père et la sage-femme me conduisirent à la paroisse. Elle était fermée. L'ne voisine répondit que le curé et le bedeau étaient au souper d'un marguilher, dont elle dit le nom. On m'y porta. Le curé habillé en Arlequin et son vicaire en Gille, trouvèrent mon danger si pressant qu'ils jugèrent n'avoir pas un moment à perdre. On prit sur le buffet tout ce qui pouvait être utile au baptême, on fit taire un moment le violon, on dit les paroles requises, et l'on me ramena baptisée à la maison. »
Or, tout ce récit n'est qu'une fantaisie mensongère, née dans le cerveau baroque et très vaniteux de la célèbre artiste, dans l'unique but d'apporter une originalité quelconque à sa très banale naissance.