‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 57 sur 100 · GEFFROY · texte numérisé non relu

GEFFROY

GEFFROY (suite)

lieu dans Diane, puis un Ulysse épique dans Ulysse; en 1853, un Voltaire sarcastique et mordant dans La Comédie à Ferney, et en 1854, un bon Roi Stanislas dans La Joconde.

Il fut un Alceste parfait dans Le Misanthrope, ce rôle terrible contre lequel tant de grands comédiens sont venus se heurter et se sont brisés. Le rôle à' Alceste est, dans toute la comédie de Molière, un de ceux qui présentent le plus de difficultés à vaincre. Jamais il "n'y eut un Alceste complet; Gefîroy le fut presque.

Il joua Tartufe de façon un peu noire, sacrifiant le comique que Molière a mis dans le rôle au côté terrible qu'il peut comporter.

Ce fut Geffroy qui, dans la colossale trilogie des Burgraves de Victor Hugo, créa Oièeri; dans Une fille du Régent, il sut devenir un Philippe d'Orléans plein de distinction et de finesse. La Fiamina le vit un mari terrible, implacable, en même temps que le père le plus tendre. Dans U Africain, il se fit un puissant caïd Hamsa.

C'est en 1836 qu'il avait été nommé Sociétaire; c'est en février 1865 qu'il prit sa retraite.

Est-ce à dire que cette retraite fut définitive?... Non!... Quel comédien consent à renoncer « pour toujours » aux enivrements que procurent les bravos, les rappels et les acclamations de salles soulevées par l'apparition de celui qu'elles ont aimé et qu'elles regrettent. Il reparut en 1867 à son cher Théâtre-Français, pour créer Galilée, de Ponsard.' Ce rôle n'ajouta rien à sa gloire, pas plus que la pièce à celle du poète.

En 1872, solhcité par Victor Hugo, il reparut à l'Odéon dans le Don Saluste de Ruy Blas, et ce fut le couronnement de cette grande carrière d'artiste. Jamais le rôle n'avait été représenté de façon aussi magistrale. Ses sarcasmes sifflaient comme des lames d'acier. C'était le grand d'Espagne, tel que l'imagination la plus romanesque peut se l'imaginer, lorsqu'il descendait le gigantesque escalier de l'Escurial. Il était de la grandeur des vers du poète. Jamais on ne joua et l'on ne jouera ce rôle comme le joua Gefi'roy.

En 1877, il reparut à l'Odéon, dans UHetman, de Paul Déroulède.

Il s'était retiré à Nemours, en la chère compagnie de Choîet et de Bressant. Cet admirable trio de grands artistes jouait le bézigue, et de fréquentes querelles naissaient entre eux, terribles et provocantes, jaillissant de ce jeu si pacifique et si débonnaire.

Gefîroy est mort le 9 février 1895.

Page 1