‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 7 sur 100 · MADEMOISELLE CLAIRON · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE CLAIRON

MADEMOISELLE CLAIRON {suite)

Elle était fille, illégitime, de François-Joseph- Désiré Legris, Sergeant de la mestre de camp du régiment de Mailly, et de Marie- -Claire Scana-Piecq, surnommée Clairon, de son nom de Claire.

Notre héroïne débuta en province sous le surnom de sa mère, puis vint à Paris, où elle parut à l'Opéra en mars 1743, dans le rôle de Vénus, d''Hésio?ie, tragédie lyrique.

Mais elle comprit, heureusement pour l'art dramatique, que le chant ne la laisserait qu'à un rang fort inférieur, et c'est à la première place qu'elle prétendait parvenir.

Elle obtint alors de débuter à la Comédie-Française et, le 19 septembre de la même année, elle y parut dans Phèdre.

« Dès les premiers vers qu'elle prononça, on l'admira. Il semblait qu'une transformation complète se fût accomphe. Sa petite taille avait disparu et sa physionomie piquante avait emprunté un caractère de majesté peu ordinaire. » (Extrait d'une note de Méténier. )

D'Alembert, dans une de ses lettres; a écrit : « Clairon était une philosophe. »

Ses amours furent fameuses; elle joua pendant dix-sept années, auprès du Margrave d'Anspach, le rôle de sa favorite.

Elle fut avec Lekain la réformatrice du costume au théâtre et, dans UOrphelin de la Chine, parut pour la première fois sans paniers et en costume chinois.

L'étonnement fut grand et l'on entendit l'assistance clamer : « 0\x allons-nous ? »

Voltaire, qui avait cinquante-cinq ans, alor.3 qu'elle n'en avait que vingt-cinq, s'était fortement épris d'elle. Il l'appelait : Ma Claironnette. Il écrivait : « Consentez, oh ! ma Claironnette, à vivr o quelques jours pour moi, et je m'engage à mourir toute ma vie pour vous. «

L'aima-t-elle?... On croit en être certain.

Elle mourut le 20 janvier 1802, dans l'obscurité la plus complète et la misère la plus profonde. Sic transit...

MADAME FAYART

Elle naquit en Avignon, baptisée sous les noms de Marie- Justine- Benoîte du Ronceray; elle débuta à Paris, sous celui de Demoiselle de Chantilly. Elle conquit sa grande gloire sous celui de Dame Favart.

Son père devint musicien du roi Stanislas, souverain des Duchés de Bar et de Lorraine, dont la cour siégeait à Nancy. Son beaupère fut l'inventeur des « échaudés », cette légère pâtisserie qu'affectionne particulièrement le petit oiseau des îles Canaries connu sous l'appellation de serin.

En 1744, c'est-à-dire âgée de dix-sept ans — elle est née en 1727, — bien stylée, bien enseignée, très pourvue en l'art du chant, sa mère l'amena à Paris, et la fit débuter à TOpéra-Comique.

Sa vogue fut immense, et son succès devint tel que l'Opéra et la Comédie-Française — théâtres tout-puissants alors — parvinrent, à la date du 12 décembre 1745, et de par autorité royale, à faire fermer l'Opéra-Comique, où triomphait Mlle de Chantilly, devenue épouse légitime de Charles-Simon Favart, auteur dramatique.

A ce moment, le maréchal Maurice de Saxe combattait en Belgique et venait de remporter sur les Anglais une éclatante victoire, près le village de Fontenoy.

Ce grand homme de guerre s'était follement épris, à Paris, des charmes de Mlle de Chantilly, et n'avait pas vu sans dépit son mariage s'effectuer avec le sieur Favart.

Le vaillant maréchal, avant son départ de Paris, avait adressé à son adorée des vers, confectionnés par un poéticule à gages — car le bon maréchal parlait fort mal la langue française dont il ne connaissait guère que les grossièretés et les jurons. — Ces vers, les voici :

Adieu, divinité, du Parterre adorée,

Faites le bien d'un seul et les désirs de tous;

Et puissent vos amours égaler la durée

De la tendre amitié que mon cœur a pour vous.

Maurice de Saxe conçut alors l'idée de former une troupe de comédiens, pour charmer ses loisirs, pendant qu'il guerroyait dans les Flandres, et d'en confier la direction au mari de celle qu'il adorait, espérant ainsi attirer près de lui la Demoiselle de Chantilly devenue Dame Favart.

En fin matois qu'il était, l'avisé mari accepta; mais il se garda

MADAME FAVART {suite)

bien d'amener sa femme avec lui. Cela ne faisait guère le jeu de l'amoureux, qui fit tant auprès du mari Charles-Simon Favart, que celui-ci se décida péniblement à faire venir de France sa femme, et qu'il lui fit jouer deux pièces nouvelles de sa composition, Le Prix de Cythère et Les Amours grivois, le lendemain même de la victoire de Rocoux, survenue en 1746.

Plus épris que jamais, Maurice de ?axe voulut conquérir de force la jeune épouse, comme il conquérait les villes; mais il avait affaire à une vertu très sincèrement amoureuse de son mari, qui préféra s'enluir à Bruxelles, en la compagnie d'ycelui que de céder aux brutalités du bouillant triomphateur. Le maréchal, furieux, voulut faire emprisonner l'infortuné Favart, qui à son tour s'enfuit et se réfugia à Strasbourg, où il demeura longtemps caché dans une cave, chez un curé de ses amis. Là, il se mit à peindre des éventails, à la lueur d'une chandelle. Il fallait vivre !

Mme Favart demeura épouse fidèle et aimante. De Bruxelles, elle écrivait à son pauvre persécuté : « Cn me menace qu'on va me faire beaucoup de mal; moi, je m'en moque. J'irais de grand cœur demander Taumône avec toi. S'il ne nous est pas possible de rester ici, nous nous en irons finir nos jours tranquillement dans l'étranger, unis par l'amour et par l'amitié. »

Rentrée au Théâtre-Italien, le maréchal la fit enlever et, la résistance de la charmante actrice persistant, parvint à la faire enfermer dans un couvent des Andelys d'abord, d'Angers ensuite. Ces odieuses persécutions ne cessèrent cju'àla mort de Maurice de Saxe, survenue le 30 novembre 1750.

Alors, l'année suivante, la gracieuse comédienne put rentrer à Paris, en la compagnie de son fort heureux mari, qui composa pour elle le plus brillant répertoire dont elle fit la gloire, ainsi que 'la sienne.

Citons : Bastien et Bastienne — dans ce rôle de Bastienne, elle osa paraître en habits de bure et en sabots grossiers, alors que jusqu'à ce jour, les rôles de paysannes avaient toujours été vêtus ert bergères trumeau, déhcatement poudrées, — Ninette à la Cour, Annette et Luhin, La Fée Urgèle, Les Trois Sultanes, Le Coq du village, La Chercheuse d'esprit et tant d'autres.

Elle joignait à son talent de chanteuse ceux de très fine comédienne et de danseuse exquise. Dans Les Trois Sultanes, elle se montrait : ous ces différents rspects.

Ce fut une grande artiste, épouse loyale et femme d'esprit. Elle mourut en 1772, après une longue et douloureuse maladie. Elle eut un fils, Charles Favart, qui, comme son père, fut auteur dramatique et, cpmme sa mère, comédien, sans parvenir à égaler l'un et l'autre.

Il avait débuté au Théâtre-Italien en 1779, et fut accueiUi avec bienveillance, quoique médiocre.

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