‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 69 sur 100 · GEOFFROY · texte numérisé non relu

GEOFFROY

Geoffroy n'a jamais été, pendant les soixante-dix ans qu'il a vécus, que le Bourgeois de Paris, dans toute son acception. Il le fut autant à la ville qu'il le parut être au théâtre. Il en eut la suffisance, l'importance, le côté frondeur. Et pour le peindre en un vers éloquent :

Il fut le parvenu dans toute son horreur!

Ce fut en 1844 que Montigny, directeur du Gymnase de Paris, le découvrit à Rouen et l'engagea pour son théâtre.

Geoffroy joua pendant quelques années les rôles que tous les comiques eussent pu jouer, sinon mieux, tout au moins aussi bien que lui; quand tout à coup surgit Mercadet, et Geoffroy devint l'incarnation du héros pensé par Balzac, et pansé par d'Ennery, qui s'écrivait alors sans apostrophe.

Mercadet pénétra dans Geoffroy, comme Geoffroy pénétra dans Mercadet. L'un fit l'autre, et réciprocité de facture s'en suivit.

De grands comédiens ont représenté, depuis, cette admirable physionomie contemporaine qui est et restera de toutes les époques; aucun n'y apporta, et ne put y apporter cette bonhomie placide sous laquelle se masque tant de finesse et — qu'on nous permette ici le mot consacré par l'usage — tant de « roublardise ».

Aucun ne sut jeter avec tant de force triomphale ce cri de Mercadet: «Enfin 1 je suis créancier!» qui est le radical de la fameuse réclame américaine : « Enfin! nous avons fait faillite! »

On comprenait, en voyant Geoffroy, dans ce personnage, sympathique, avenant, joyeux, iout sourire, toutes mains tendues,

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