‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 70 sur 100 · GEOFFROY · texte numérisé non relu

GEOFFROY

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que les gogos ne j^ussent se méfier un instant de ce carnassier si bonhomme, cachant ses serres, ses griffes et ses crocs, sous des patehneries béates et doucereuses.

Le talent de Geoffroy se composait d'un naturel parfait et de beaucoup de finesse, dans une énorme stupidité Quand i! parlait, il grasseyait et semblait avoir dans le gosier la pratique de PoUchinelle.

Jean-Marie-Joseph Geoffroy est né à Paris, le 5 février 1813. Il était ouvrier bijoutier, cjuand le prit le goût du théâtre. Il avait alors vingt ans. Il se mit à jouer en amateur avec des comédiens cjui exploitaient la grande banlieue parisienne. Ses premiers essais^ couronnés par des succès, le décidèrent à courir, pour se fortifier, les scènes de province. Il fit une saison en Italie et, après nombre de pérégrinations, put aborder Rouen qui, à cette époque — 1840, — passait pour être la ville la plus difficile de France. Geoffroy y réussit grandement. Il y fut rengagé quatre années de suite. C'est de Rouen qu'il vint directement à Paris, où il débuta au Gymnase par le rôle de Pierre, dans L'Image, une pièce faite pour célébrer la douce beauté de la blonde Mme Doche.

Il resta au Théâtre du Gymnase jusqu'en 1862, et y créa, d'inoubliable façon, Le Bourgeois de Paris, Les Cœurs d'or. Le Voyage de M. PerricJion, La Poudre aux yeux. Le Camp des Bourgeoises, Le Pressoir, Les Toilettes tapageuses, etc., etc.

Son ami Plunkett, alors directeur du Théâtre du Palais-Royal, lui avait offert maintes fois de l'engager; et toujours Geoffroy avait refusé, ne voulant pas quitter son cher théâtre, berceau de ses premiers succès. Il était alors à fin d'engagement et ne gagnait que 12,000 francs par an. Il en demanda 15,000. Montigny les lui refusa impitoyablement. Geoffroy, désespéré, alla signer avec MM. Plunkett et Dormeuil, au cliifîre de 25,000 francs, et un congé d'un mois payé.

Il demeura vingt ans à leur joyeux et incomparable Palais-Royal, de 1862 à 1882, époque à laquelle il ne quitta la scène que pour s'en aller mourir tristement, le 6 septembre de l'année suivante, dans sa petite maison de la rue des Solitaires, à Belleville.

Il créa, pendant ces vingt années, le plus joyeux et le plus

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spirituel répertoire de Labiche : La Cagnotte, Célimare le bien-aùné. Le plus heureux des trois; puis Gavaud, Minart et C% La Boule, Un pied dans le Crime, Le Homard, La Grammaire, etc.

Il refusa plusieurs fois d'entrer à la Comédie-Française. Sa mémoire était devenue rétive, et il était quelque peu effrayé d'apprendre l'ancien répertoire.

En quittant le Gymnase, il avait dit à Montigny : « Vous me regretterez. »

Et Montigny lui avait fièrement répondu : « Je ne regrette jamais personne. Les comédiens, c'est moi qui les fais. Quand il passe un maçon sur le boulevard, je le prends et j'en fais un comédien. »

Plus tard, alors que la belle troupe du Gymnase s'était disséminée et que la nouvelle était composée d'artistes de valeur, mais beaucoup moins talentueux que leurs aînés, Geoffroy, passant devant Montigny, lui dit ironiquement :« Eh bien! il ne passe donc pas de maçons ? »

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Ce fut le prêtre italien saint Benoît de Murcie qui, vers l'an 529, fonda l'ordre des Bénédictins, en Italie, sur le Mont- Gassin.

A côté des Bénédictins s'empress-rent de se fonder les Bénédictines.

Rue du Regard, à Paris, il y avait un couvent de cet ordre. C'est de ce couvent qu'à l'âge de seize ans — en 1829 — sortit la jeune Ros? Niva Stoltz, née à Madrid, le 13 février 1813, d'un père espagnol et d'une mre française, ex-vivandière d'un régiment de Napoléon Y^. Le père Stoltz étant mort, l'enfant fut ramenée dès 1815 à Paris, où sa mère devint portière — on ne disait pas encore concierge — d'une maison située 1 oulevard Montparnasse, et fut connue longtemps, dans ce quartier de Paris, sous le nom de la mère Noë\

La duchesse de Berrj^ devenue veuve, par l'assassinat du second fils de Charles X, son époux, s'intéressa aux enfants qu'une coïncidence avait pu faire naître un 13 février, date de l'attentat commis par l'ouvrier sellier Louvel sur le malheureux duc.

Ce fut donc par les soins de celle qui, plus tard, devait révolutionner la Vendée, que la jeune Rose Stoltz fut élevée aux Bénédictines, et suivit le cours du maître Choron au Conservatoire, la duchesse ayant remarqué la fort agréable voix que possédait déjà son intéressante protégée.

Merveilleusement douée, la petite Rose se fit remarquer dans les concerts que donnait l'illustre professeur, en sa gentille salle de la rue de Vaugirard ; et c'est à la suite d'une interprétation fort appréciée du rôle de Rosine, du Rarbier de SéviUe, de Rossini,

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Dans La Favorite.

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que Choron lui dit : « A partir de ce jour, mon enfant, tu ne t'appelleras plus Rose, mais bien Rosine. »

En 1834, elle contracta son premier engagement avec le théâtre du Parc, à Bruxelles, pour y jouer le genre de la comédie. Elle se montra supérieure dans La Fille de Dominique, que venait de créer à Paris Mlle Déjazet, et dans Les Trois Chapeaux qu'il ne faut pas confondre avec les plus modernes Trois Chapeaux d'Hennequin père.

Elle chantait dans ces deux pièces des airs qui firent dire à l'imprésario du théâtre d'Amsterdam : « Mais voilà une voix qui doit monter du Vaudeville à l'Opéra! » et, ayant engagé Rosine Stoltz, il lui fit chanter sur son théâtre Tancredi, Otello et // Barbiers; puis, à Anvers, Alice, dans Robert le Diable. Elle fut proclamée « Reine du chant ».

Le théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, s'empressa de l'accaparer. Pendant deux années, de 1835 à 1837, elle triompha, à ce point que le grand ténor Nourrit, étant venu chanter à ses côtés, la fit engager à l'Opéra de Paris où, le 25 août 1838, elle débutait avec grand éclat, par le rôle de Rachel dans La Juive.

Elle possédait une grande et superbe voix de contralto et parvenait à atteindre sans difficulté les notes les plus élevées du soprano.

C'était l'époque où la voix de l'admirable Falcon se brisait, tandis que, l'astre succédant à l'astre, celle de Rosine Stoltz se levait.

Donizetti écrivit pour elle La Favorite, et le rôle de Léonor la constella.

Douée par la nature d'un profil d'antique camée, d'une taille élégante et flexible, d'une démarche hardie et imposante, elle portait admirablement le costume; et Hippolyte Lucas écrivait d'elle : « Elle a une de ces têtes qu'affectionnait Léonard de Vinci. »

Le rôle à'Odette, dans Charles VI, et celui de la Rdne de Chyprs, qu'elle créa magnifiquement, mirent le comble à sa réputation.

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En 1836, à Bruxelles, elle avait épousé un sieur A. Lécuj-er, « à la condition de conserver au théâtre son nom et sa liberté ». Mais elle conserva tant de liberté que le sieur Lécuyer obtint une séparation judiciaire, qui permit à la belle cantatrice de se livrer à ceux vers qui la portaient son tempérament et ses caprices voluptueux.

Pillet, directeur de l'Opéra, la laissa devenir le tyran de cette scène. Pendant neuf ans, toute-puissante, elle accumula des haines, par le soin qu'elle mit à faire tomber et à éhminer celles qui eussent pu lui porter ombrage.

Elle joua et créa encore Rob:rt Bruce — ce fut son premier échec, survenu le 1^'' mai 1847; — Ascanio dans Benvenuto Cellini ; Marguerite dans Le Lac des Fé.s; Saida dans Don Sébastien de Portugal; Ginevra dans Guido et Ginevra ; Estrella dans U Étoile de Séville ; D sdémone dans Otello ; et Marie Stuart.

En 1856, elle se mit à aimer le mime Charles Déburau, et prit, pour l'y faire jouer, la Direction du théâtre des Délassements- Comiques, sur le boulevard du Temple. Chaque soir, on la voyait, dans son avant-scène, se pâmer d'aise aux cascades du bon Pierrot enfariné.

De cet accouplement d'un rossignol et d'un pierrot naquirent d'affreuses scènes de jalousie; sur le boulevard, certain soir, résonnèrent des gifles, auxquelles répondirent des coups de cravache.

Ce fut la fin. Elle se retira du monde et vécut oubUée, jouissant d'une très grosse rente viagère qu'elle dépensait en bonnes œuvres.

Elle mourut, pauvre, le 30 juillet 1903; mais pauvre à ce point qu'on ne trouva même pas l'argent nécessaire à lui acheter un terrain où elle pût éternellement reposer.

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Dans Benvenuto Cellini.

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