‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 71 sur 100 · SS · texte numérisé non relu

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La vie de Louis- Hyacinthe Duflost, l'amusant et plus qu'amusant comique du Palais-Royal, ne fut qu'un tas de points d'interrogation naïfs, qui terminèrent chacune des soixante-treize années que durèrent son existence de calme et de sérénité.

— Pourquoi, disait-il, suis-je né le 15 avril 1814, plutôt qu'un autre jour? à Amiens plutôt qu'à Paris?

— Pourquoi la nature m'a-t-elle susperidu à un nez qui a fait ma fortune et le désespoir de mon entière existence?...

— Pourquoi parle-t-on sans cesse de ce nez pyrennéal, et jamais du talent que je suis persuadé d'avoir, et que je possède véritablement?

— Pourquoi ce nez m'a-t-il condamné à jouer des imbéciles et des grotesques, alors qu'en mon âme je ressentais les passions de Ruy Blas, de Roméo, et les virulentes indignations d'Alceste?

— Pourquoi mon père était-il perruquier plutôt que chef du Protocole?

— Pourquoi ne me fait -on jamais jouer que des gens de basse extraction, quand mes allures, la coupe de mes habits, la forme de mes chapeaux et mes instincts personnels me dirigent si bien vers les rôles de marquis Louis XV, portant la poudre et l'épée en verrou?

— Pourquoi mon père, âpre au gain, m'a-t-il fait jouer la comédie, dans la compagnie de ^Ime Fusil, directrice à Paris, à l'âge où d'ordinaire on apprend aux enfants que p-i fontpt et c-a font ca?

— Pourquoi cette exploiteuse théâtrale m'a-t-elle fait jouer à la salle Chantereine Jocrisse corrigé, quand j'eusse pu tout aussi bien jouer le Comte Almaviva?

— Pourquoi, à la suite de ce triomphe de mon nez, ai-je été engagé par M. Comte, au lieu de l'être par M. l'administrateur de la Comédie-Française?

— Pourquoi, ma taille ayant augmenté dans de très longues disproportions, me suis-je vu contraint d'abandonner ce théâtre minuscule du passage Choiseul, avant l'âge d'être homme, pour me faire commis chez un éditeur de musique, comédien de province, puis de Paris, à l'Ambigu, au Vaudeville, enfin aux Variétés?

— Pourquoi, à ce dernier théâtre, ai-je rencontré le succès dans Madame d'Egmont, Le Maître d'école, Ma maîtresse et ma femme. Les Cuisinières, La Canaille, Les Saltimbanques, Les Trois épiciers. Les Petits mystères de Paris, plutôt que dans Le Cid ou Othello, de M. Corneille et de M. Shakespeare?

— Pourquoi, en 1847, ai-je débuté au Palais-Royal, dans Le Trottin de la modiste, avec un succès égal à celui de M. Duprez dans Guillaume Tell?

— Pourquoi y ai-je triomphé depuis, dans Le Tigre du Bengale, La Peau de mon oncle. Les Escargots sympathiques. Le Sourd, Les

HYACINTHE

HYACINTHE {suite)

Folies-Dramatiques, Qua?id on attend sa bourse, La Pile de Volta (une-pièce dans laquelle un monsieur qui s'appelait Voltame flanquait une i)ïle), Les Binettes contemporaines, La Sensitive, Monsieur va au cercle, Le Lys dans la vallée, Les Jocrisses de V amour. Le Réveillon, La Femme aux œufs d'or, Les Mémoires de Mimi Bam-

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boche. Les Diables roses, Tricoche et Caco'.et, Le Train de plaisir, Cupidon, La Briguedondaine, pour jouer encore de multiples idjots, crétins et imbéciles, jusqu'en 1886?

— Pourquoi m'a-t-on acclamé dans tous ces rôles, à ce même Palais-Royal, plutôt qu'on eut pu le faire dans de gracieux ténors à rOpéra-Comique, ou dans de gentils amoureux à la Comédie- Française?

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Dans Le Tigre du Bengale.

HYACINTHE (suite)

— Enfin, pourquoi suis-je bêtement mort le 8 mai 1887, en mangeant ma soupe, alors que tant d'autres, qui avaient l'air aussi bête que moi, ont continué de vivre tranquillement, sans s'être retirés à Montmartre d'abord, puis à Asnières où je me suis fait enterrer?

Voilà toutes les questions que l'un des princes détenant le record du rire s'est naïvement adressées dans les soixante-treize

HYACINTHE

Dans La Mariée du Mardi gras.

années de son existence, et même après sa mort, dans le séjour des grands comiques, où il a été reçu joyeusement par Alcide Tousez, Odry, Lassagne, Brunet et tant d'autres, heureux de serrer dans leurs bras leur héritier, sur la terre, du naturel grotesque et de la sublime bêtise.

BRIXDEAU

Louis- Paid-Édouard Brindeau fit ses études premières chez l'instituteur Goubaux, qui écrivait des pièces de théâtre sous le pseudonyme de Dinaux.

Brindeau est né à Paris, le 29 décembre 1814. A dix-huit ans, après avoir fait un stage très court chez un banquier, il se décida à aller trouver les frères Seveste, ces lanceurs d'étoiles, qui dirigaient alors tous les théâtres de la périphérie parisienne.

Devant les allures distinguées, le physique intelligent et spirituel, l'enthousiasme plein d'élan et de chaleur du jeune homme, l'aîné des Seveste lui demanda :

— Qui vous a conduit à adorer ainsi le « théâtre »? Il répondit :

« Le nom de Talma, et la façon dont en parlent ses fils qui sont mes amis.

— Alors, c'est la tragédie que vous voulez jouer?

— Non, répondit l'illuminé, c'est la comédie, c'est le vaudeville, ce sera la tragédie, si vous le voulez; pourvu que je débute au théâtre, tout m'est égal.

— Chantez-vous?

— Jugez-en! >;

Et il se mit à chanter l'air de La Dame blanche, sans aucune notion, sans aucune méthode, mais d'une voix délicieuse.

Il fut immédiatement engagé et débuta sur le théâtre de Belleville.

Je tiens ces détails intimes de Brindeau lui-même, que j'eus le plaisir de connaître, et aux côtés de qui j'eus l'honneur de jouer la comédie.

BRINDEAU (suite)

De Belleville, il passa au Gymnase, mais n'y fit qu'une courte apparition; puis il alla en province, à Dieppe, à l'étranger, en Suisse.

Le 2 mai 1834, il rentrait à Paris et débutait au Vaudeville de la place de la Bourse, dans Un Duel sous le cardinal de Richelieu, fort jolie pièce, dans laquelle il jouait fort aimablement V Abbé de Gondi.

Le 6 avril 1837, il passait aux Variétés et obtenait sur ce théâtre un très vif succès dans Léon de La Semaine des amours.

Enfin en 1842,1a Comédie-Française l'appelait à elle, et le 18 mai, il y débutait par le rôle de Bolingbroke, du Verre d'eau de Scribe. Ce début ne lui fut pas des plus favorables; car il venait remplacer un comédien des plus aimés, des plus estimés, Menjaud, un de ceux que l'on déclare irremplaçables et que l'on voit remplacer quand même. Cependant, il avait tellement tout ce qu'il fallait pour remplir l'emploi des « jeunes premiers », qu'on lui accorda, malgré son demi-succès, 6,000 francs d'appointements par an, et que le 1" avril de l'année suivante, il était reçu Sociétaire.

Il demeura douze ans dans la noble maison de Molière; il eut l'honneur d'y créer la première comédie d'Alfred de Musset, mise au théâtre. Le Caprice, et personne ne joua jamais mieux que lui le répertoire si délicat du Poète des Poètes, transporté du livre à la scène.

En 1854, Bressant ayant été engagé à ses côtés, Brinde:,u en prit ombrage, et par dépit, donna sa démission. Selon beaucoup, il eut tort. Il n'avait rien à redouter de la rivalité de Bressant. Il possédait des quaUtés de chaleur et d'emportements juvéniles que son rival ne posséda jamais.

Sanson, qui appréciait beaucoup sa façon cavahère de se camper en scène, appelait Brindeau « son trompette de cavalerie ».

Après être allé du Vaudeville à la Porte- Saint-Martin où il créa, dans le fameux Bossu, le rôle de Gouzague, puis à l'Odéon, il mourut, aimé, respecté, regretté, le 9 mars 1882.

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