‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 74 sur 100 · DELANNOY · texte numérisé non relu

DELANNOY

DELANNOY {suite)

espéré le voir remplacer Sainville. Mais il se heurta à des natures tellement simples dans leurs grotesques incarnations qu'il se vit contraint de revenir au Vaudeville, où il retrouva sa très honorable place dans L'Héritage de M. Plumet, Aux crochets d'un gendre, et autres pièces de Barrière, dont il semblait être l'homme.

Il avait créé, dans l'immortelle Dame aux Camélias, le rôle de Duval père. D'autres le remplacèrent dans cette création, qui lui furent de beaucoup supérieurs.

Trop souvent, il dépassait le but, n'arrêtant pas de parler, de gesticuler, d'ajouter à ses personnages; aussi était-il peu aimé de ses camarades. Et cette façon de jouer la comédie était tellement inconsciente chez lui, qu'un soir, dans L'Héritage de M. Plumet, Parade, Munie et ses autres partenaires résolurent de ne pas dire un seul mot pendant toute la durée de la grande scène du 3« acte. Ce fut Delannoy qui parla pour tout le monde, et cela sans s'en apercevoir, se contentant de dire en sortant : « Qu'est-ce qu'il y avait donc ce soir? On n'avait pas l'air d'être en train. »

Parade disait : « Quand Delannoy tient le crachoir, on a le temps de ne pas manquer son entrée. »

On a écrit sur lui : « C'est un talent franc, ouvert, communicatif, qui ne tombe jamais dans la charge.» C'est l'appréciation la plus fausse que l'on ait pu porter sur ce comédien. Du talent, il en avait; mais un talent compassé, composé, trop étudié, plus antipathique que sympathique, et toujours porté à frapper fort plutôt que juste. Il produisait beaucoup d'effets, à tort.

En 1883, il alla à l'Ambigu jouer Pot-Bouille et L'Homme de peine, pour terminer sa carrière à la Renaissance. Ce fut toujours un très honnête et très galant homme.

Il mourut le 29 décembre 1888.

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