DELANNOY
Rôle de Péponnet dans Les Faux Bonshommes.
SAINTE-FOY
Le 13 février 1817, à Vitry-le-François, naquit Charles-Louis Sainte-Foy, ou plutôt Pubéreaux. Son père, Jean Pubéreaux, soldat retraité de Napoléon, avait mérité ce surnom de Sainte-Foy, appliqué par ses camarades de l'armée, parce qu'en place de sacrer le vulgaire « Nom de Dieu! » il jurait par la « Sainte-Foy! » Son fils adopta cette appellation pour entrer au théâtre.
Les études classiques du jeune homme se firent au collège de sa ville natale. Doué d'une jolie voix, ce fut le principal du collègelui-même qui souffla à l'oreille du père l'idée d'utiliser, chez son pensionnaire, cet exceptionnel don de la nature. Pubéreaux père était assez opposé à cette idée de voir son fils monter sur les planches. « Un cabotin dans ma famille, murmurait- il, le sourcil froncé, jamais! Il sera soldat, comme moi; et comme il a plus d'éducation que mon père n'a pu m'en donner, il sera officier. »
Le rêve du bonhomme devait s'efîacer devant la réelle vocation du jeune Pubéreaux pour le théâtre.
En 1837, il entra au Conservatoire et travailla sa voix de « hautecontre » de façon à la rendre très agréable.
Le tort qu'avait, à cette époque, le Sainte-Foy que nous connûmes si comique, était de se croire un EUeviou, un Roger, apte à rendre amoureuses de lui les belles chanteuses des opéras qu'il avait à représenter, alors que son doux physique le portait plutôt à jouer les niais, les lourdauds et les villageois.
Il débuta, au mois de mai 1840, à TOpéra-Comique, dans l'emploi des jeunes ténors amoureux. Il fit rire!... alors qu'il fallait charmer. Et le père Pubéreaux, qui assistait à la représentation, lui dit, furieux, le lendemain : « Quitte immédiatement ton métier de paillasse, ou je te renie! — Je ne peux pas, répondit Sainte-Foy, je suis engagé pour trois ans. »
Le vieux soldat rompit avec cet entêté, et mourut quelques années après, lui ayant pardonné, devant les succès que se mit à remporter le jeune ténor, quand il se fut décidé à adopter l'emplo comique.
En même temps que lui, débutait à l'Opéra-Comique Mlle Clarisse Henry, plus jeune de cinq années que le nouveau successeur
SAINTE-FOY
SAINTE-FOY [suite)
de Trial et de Ferréol, les créateurs du genre. Mlle Clarisse Henry, douée d'une jolie voix et d'un physique fort agréable, chantait les « premiers dessus », dans les chœurs. Sainte-Foy s'éprit d'elle et l'épousa.
Ce fut cette femme d'esprit qui, un jour, osa lui dire : « Mon ami, tu n'es pas bâti pour les héros; et l'emploi comique te tend ouvertement les bras. Crois-moi! Quitte ceci pour cela. En ceci, tu as à combattre; en cela, tu n'as qu'à vaincre. »
Charles-Louis Sainte-Foy écouta ce sage conseil et demanda à jouer le Grand cousin, dans Le Déserteur de Monsigny. De cette soirée datent les incontestables et mérités succès qui couronnèrent la carrière très artistique du spirituel chanteur.
Il chanta et joua — car il fut comédien de premier ordre — triomphalement : Les Deux Gentilshommes, Wallace, Lord Kolbourg dans Fra Diavolo, cette impérissable et charmeuse partition d'Auber.
Le Pré aux Clercs le sacra inimitable. Le rôle de Cantarelli n'avait jamais été interprété ni joué comme par Sainte-Foy.
Sa création inoubliable d'Ali-Bajou, dans le si spirituel, si original, si fantaisiste et si harmonieux opéra d'Ambroise Thomas, Le Caïd, le mit en plus grande lumière, s'il est possible; et sa jolie composition de Benoît, dans Les Papillotes de Monsieur Benoit, sorte de pastiche du Bonhomme Jadis, le consacra grand comédien.
Les reprises de Flandrinos, dans Le Muletier; de Bénetto, dans Le Maître de Chapelle; de Dandolo, dans Zampa; de Dickson, dans La Dame blanche, furent pour Sainte-Foy autant de succès.
Dans les derniers temps de sa carrière, il créa encore Champagne, dans Château-Trompette; Midas, dans Galathée; Jérôme, da.ns Sylvie; Jocrisse, La Fiancée du roi de Garbe, Le Joaillier de Saint-James, et Les Absents. Une de ses plus remarquables créations fut le rôle de Corentin, dans Le Pardon de Ploërmel, en 1859.
Aucun trial ne parvint à chanter ce rôle; il fut classé ténor.
Il chanta, dans les salons, un grand nombre de chansonnettes comiques.
Il mourut àNeuilly le 1" avril 1877, atteint d'un ramollissement de la moelle épinière.
SAINTE-FOY
Rôle de Corentin dans Le Pardon de Ploërmel
AN Aïs FARGUEIL
Anaïs Fargueil, fille d'un comédien qui jouait en 1830 àl'Opéra- Comique, situé alors place de la Bourse, l'emploi des grimes chantants, dits Laruette, du nom que portait le créateur de cet emploi, est née à Toulouse le 21 mars 1819. Le père Fargueil, engagé à Paris, fit admettre la petite Anaïs au Conservatoire. Elle avait douze ans ; elle en sortit trois ans après, avec un prix de chant, un prix de solfège et un prix d'harmonie.
En 1834, — elle avait quinze ans, — elle débuta à l'Opéra-Comique, sous la direction de M. Crosnier, qui lui confia un rôle dans un opéra-comique d'Adolphe Adam, intitulé La Marquise.
Mais sa voix, fatiguée par un travail exagéré et les suites d'une fluxion de poitrine, ne répondit pas aux espérances que l'on avait fondées sur elle, et son succès — car elle en eut — fut plus de beauté que de cantatrice.
Elle se releva dans Adolphe et Clara et dans Le Diable à quatre, que M. Crosnier remonta tout exprès pour elle. Auber lui confia alors un gentil rôle de soubrette, aux allures mutines, dans son Cheval de bronze. Elle y fut charmante.
Cependant, la comédienne l'emportait sur la chanteuse ; on lui conseilla d'abandonner le chant pour la comédie. Elle suivit le conseil et, le 11 mai 1836, elle débutait au Vaudeville de la rue de Chartres, dans Le Démon de la Nuit, par le rôle de Mathilde.
Elle y conquit un énorme succès. Et le critique du journal Le Corsaire écrivit : « Cette jeune fille a un lendemain. »
Ce succès se continua dans Carlina de Casanova, Esther du Diable amoureux. Une rivale, Polly, et Juana.
Dans toutes ces pièces, le chef d'orchestre Doche composait spécialement pour elle des airs nouveaux, remplis de charme et de grâce, airs qu'elle savait faire ressortir, et qui lui valaient de la part des spectateurs de chaleureux applaudissements.
Sur ces entrefaites, l'Opéra- Comique émigra à la salle Fav^art, où il est aujourd'hui, et le théâtre du Vaudeville, détruit par un incendie, vint s'installer place de la Bourse. Anaïs Fargueil se retrouva sur les planches qui avaient résonné du bruit de ses premiers pas. Ce fut pour elle une douce émotion.
En 1842, Anaïs Fargueil fut engagée au Palais-Royal, par M. Dormeuil, qui la fit débuter dans Les Deux couronnes; elle créa ensuite La Fille de Figaro, et s'y montra sous le jour le plus favorable. Mais la pièce ne réussit pas, étrasée par son titre.
AXAIS FARGUEIL.
ANAIS FARGUEIL (suite)
L'année suivante, notr3 Anaïs passait au théâtre du Gymnase, et s'y faisait très remarquer dans les principaux rôles de Sarah Walter et du Roman intime.
Elle se mit alors à courir la province, se familiarisant avec tous les emplois, jouant tous les genres, fortifiant chaque jour ce jeune talent grandissant, et ne rentra à Paris que le 27 décembre 1852, toujours sur ce même théâtre du Vaudeville, berceau de ses premiers succès, et se faisant apprécier dans Alexandre chez Apelle. Mais où son triomphe éclata, complet, immense, retentissant, ce fut dans le double rôle d'Aspasie et Marco, des Filles de marbre. Ce soir-là, Anaïs Fargueil fut sacrée Reine de la rampe.
A partir de ce jour, sa réputation ne fit que grandir. Chaque création nouvelle devint un nouveau joyau ajouté à sa couronne de triomphatrice ; et La Vie en rose, Lucie Didier, Le Mariage d'Olympe, Rédemption, Dalila, Les Lionnes pauvres, confirmèrent sa belle réputation de première comédienne de Paris.
Puis, ce furent Les Diables noirs, Miss Miilton , Les Femmes terribles, Les Femmes fortes, Nos Intimes, Maison neuve, La Famille Benoiton; et, à la Porte- Saint-Martin, le magnifique drame de Victorien Sardou : Patrie ! Elle était devenue l'artiste indispensable de ce grand maître du théâtre, Victorien Sardou.
. Enfin, en 1880, elle vint créer à l'Ambigu Rose Michel, un bon mélodrame d'Ernest Blum, s'y montra plus que jamais de toutepuissance dramatique; et deux ans après, en 1882, s'en alla à l'Odéon jouer la Madame de Maintenon de François Coppée. Enfin, le 8 novembre 1883, on organisa une grande représentation au bénéfice de là pauvre Fargueil, qui, dans ses pérégrinations, était loin de s'être enrichie. Cette représentation lui rapporta plus de 30.000 francs.
Fargueil ne put jamais réussir à franchir les portes de la Comédie-Française. Elle faisait un peu peur aux grandes dames du lieu.
Son talent était absorbant. Ceux qui l'entouraient disaient : « Elle en a trop. »
Fine, mordante, spirituelle, plus que méchante à force d'esprit, elle appelait Félix, le « Paon couronné », et n'écrivait jamais qu'ainsi le nom de Delannoy : « M. de l'Ane Oie ». Elle haïssait particulièrement Eugénie Doche, qu'elle avait surnommée la « Dinde aux Caméhas ». Quant à Marie Laurent, passant par sa langue, elle était devenue « trombone pour rien faire «.
Elle est morte le 7 avril 1896.
Trop autoritaire, elle sut se faire beaucoup plus d'ennemis que d'amis.
ANAÏS FARGLEIL.
MADAME AR}OULD-PLi:SSY
Jeanne- Sylvanie Plessy, devenue dame Arnould-Plessy, est née à Metz, le 4 septembre 1819. Son père, de prêtre qu'il était avant la Révolution, s'était fait comédien, et jouait encore l'empWi des pères nobles quand il mourut, en 1828.
La jeune Sylvanie fut amenée à Paris par sa mère, qui parvint à la faire admettre au Conservatoire, dans la classe de Michelot. Elle avait alors treize ans, et non dix, comme l'insère à tort Larousse. Elle sut intéresser à elle Samson qui lui donna gratuitement, pendant deux années, des leçons particulières.
M. Jouslin de la Salle, alors administrateur de la Comédie- Française, vint voir jouer àla gracieuse jeune fille le rôle de Valérie, dans la petite salle Génard, un théâtre de société situé rue de Lancry, où, chaque semaine, l'entrepreneur Saint- Aulaire organisait des représentations. Fortement empoigné par le jeu intéressant de la jeune actrice, Jouslin de la Salle lui fit obtenir de M. Thiers, ministre de l'intérieur, une indemnité mensuelle et un ordre de début à la noble Comédie, début qui eut lieu le 4 mars 1834, dans le rôle à.'' Emma, de La Fille d'Honneur.
Ce fut alors que la Russie fit offrir à Mlle Plessy de magnifiques appointements, et une pension de retraite.
Elle était sur le point d'accepter ces offres alléchantes; mais la Comédie-Française, jalouse de se conserver un talent aussi gracieux et qui donnait de si grandes espérances, lui conféra sur-lechamp le titre de Sociétaire.
Le défaut que certains critiques sévères reprochaient alors à Mlle Plessy était « l'exubérance et la confusion des moyens qu'elle employait pour animer son jeu ». On lui reprochait également « l'affectation ».
Un écrivain, Henri Egmond, en 1835, écrivait : « Si Mlle Plessy embrassait la carrière du drame, elle s'y créerait une place plus exceptionnelle encore que dans la comédie ». Samson, à qui la jeune artiste montrait l'article, lui dit simplement : « Ce monsieur s'y connaît comme à ramer des choux ».
En 1845, elle épousa Auguste Arnould, homme de lettres.
Tout à coup, elle disparut, et l'on demeura fort surpris quand on apprit qu'elle venait de débuter au Théâtre Michel, de Saint- Pétersbourg. La Comédie-Française l'attaqua, et la fit condamner à la déchéance de ses droits de Sociétaire et à 100.000 francs de dommages-intérêts. Mme Arnould-Plessy y rentrait cependant, le 7 septembre 1855, dans le rôle d'Elmire, de Tartufe, et grande fête fut faite par le public et par ses camarades à la jolie enfant prodigue.
Bien qu'en pleine possession de son talent, elle prit sa retraite au mois de mai 1876, après avoir créé cinquante-trois rôles et repris plus de quatre-vingts.
Elle mourut le 30 mai 1897, à l'Abbaye-du-Quartier (Côte-d'Or).