BERTON
BERTOX {suite)
beau-père avait deviné en celui dont il avait fait son gendre le remarquable comédien qu'il fut plus tard, et le fit rentrer une seconde fois au Théâtre-Français, où il redébuta le 4 mai 1843, dans les rôles du Chevalier du Distrait, et à' Almaviva du Barbier; le 13 du même mois il effectuait son troisième début dans Le Menteur et se voyaitde nouveau repoussé par l'impitoyable caprice d'un Comité vraiment intransigeant et aveugle.
Berton garda de ce refus un juste ressentiment qui jamais ne s'éteignit en lui.
Il partit à Vienne, en Autriche, où il y avait alors un théâtre français, et y demeura deux ans. Puis il alla remplacer Bressant à Saint-Péterbourg, comme plus tard il devait le venir remplacer au Gymnase de Paris.
Il demeura neuf années en Russie. Pris de nostalgie, il revint en France, quittant définitivement la capitale de toutes les Russies.
Entré au Gymnase, en 1853, il y créa Le Gendre de Monsieur Poirier, Le Demi-monde; en 1862, il alla à la Gaîté créer La Fille du Paysan; puis successivement à la Porte-Saint-Martin, à l'Odéon, où, si admirablement, il joua en 1864 Le Marquis de Villemer.
En cette même année 1864, nous le voyons encore à la Porte- Saint-Martin; en 1866, à la Gaîté, puis à l'Odéon, où il joue La Contagion, La Conjuration d'Amboise; en 1868, nous le retrouvons au Vaudeville, dans U Abîme, Qi en 1869, à la Porte- Saint-Martin, où il est plus que jamais superbe dans sa belle création, Carlo, de Patrie.
Berton, par engagement, se réservait le droit de conserver ses moustaches; ce qui lui donnait, à travers son extrême distinction, l'allure d'un militaire vêtu en bourgeois. Plusieurs tentatives furent faites pour le faire rentrer à la Comédie-Française. S? souvenant de la façon dont il y avait été accueilli par deux fois, il refusa les offres officieuses, se contentant de répondre : « Ces gens-là ont trop de* talent pour moi. »
En 1873, il fut très malheureusement atteint d'aliénation mentale et s'éteignit tristement à Passy, le 18 janvier 1874.