ROSE CHERI
La famille des Chéri, de son nom véritable Cizos, était une vieille famille de théâtre, courant la province comme troupe ambulante.
La charmante actrice qui illustra le nom, et dont nous traçons ici la brève biographie, naquit à Étampes, le 27 octobre 1824. A six ans, à Bourges, on lui fit jouer son premier rôle d'enfant; à huit ans, à Bayonne, on intercalait pour elle, dans La Muette de Portici, un boléro, dans lequel la petite danseuse obtenait un légitime succès. A dix ans, à Nevers, elle jouait avec sa sœur Anna, âgée de neuf ans. Le Mariage enfantin.
Le père Cizos soUicita et obtint alors un privilège, pour exploiter lui-même le talent naissant de ses deux filles et de son fils Victor, lequel devint plus tard et fut pendant trente ans chef d'orchestre du Gymnase, où régnait sa sœur Rose, par Taimable talent et par son titre d'épouse du directeur.
Enfin, distinguée à Périgueux, par Loïsa Puget et le fameux préfet Romieu, l'ancien mystificateur alors corrigé ou presque. Rose vint débuter à Paris, au théâtre du Gymnase, dirigé par Poirson, le 30 mars 1842, ^d,v Estelle, o\i Le Père et la Fille, pièce dans laquelle elle produisit un effet « médiocre »; mais qui lui valut, cependant, son premier engagement à ce théâtre, aux- appointements de soixante-quinze francs par mois.
Le 5 juillet de la même année, elle remplaça Mlle Nathalie, au pied levé, dans Une jeunesse orageuse; et le régisseur Monval, en faisanLl'annonce de la substitution d'artiste, la nomma pour la première fois Rose Chéri, nom jusqu'alors très inconnu du pubhc, devant lequel elle s'était présentée sous celui de Marie Cizos.
ROSE CHÉRI {suite)
Ce nom de Rose Chéri parut délicieux aux spectateurs, qui accueillirent très favorablement la nouvelle débutante.
En septembre, Th. Gautier écrivait: « Cette jolie débutante réussit beaucoup parce qu'elle est simplement une jeune fille toute naturelle, et n'a pas l'air d'une actrice. C'est le plus rare des talents. »
De cette époque à 1860, elle fit, au théâtre du Gj-mnase, les plus brillantes et les plus remarquables créations, passant des rôles les plus ingénus aux plus dramatiques, créant tout le beau répertoire d'Alexandre Dumas fils, Diane de Lys, Le Demi-Monde, La Question d'argent. Le Fils naturel. Le Père prodigue, commençant la réputation de Mctorien Sardou avec Les Pattes de mouches, consacrant la puissance d'observation dramatique d'Emile Augier, dans l'immortel Gendre de M.. Poirier.
Le 12 mai 1847, sans perdre le joli nom sous lequel elle avait étabh sa réputation si méritée, elle avait épousé Auguste Lemoine, dit Montigny, son directeur. Esprit distingué, jamais elle ne se mêla d'administration, n'imposa à son mari aucune de ses volontés ou de ses désirs, se montra toujours la camarade exquise, juste et bonne, de ceux et celles qui l'entouraient.
En 1861, soignant son fils aîné atteint d'une angine, elle contracta les germes de l'horrible maladie. Le cher enfant fut sauvé, mais la pauvre grande artiste, victime de son dévouement maternel, s'éteignait, le 22 septembre, pleurée et regrettée par tous.
Rose Chéri fut une grande comédienne, dans toute l'acception du mot.
Quand elle jouait, en même temps que sa sœur, au théâtre de Périgueux, Romieu, le légendaire Préfet, disait : « Je vais voir jouer ce soir ma petite'paire de Cizos. »