DELAUNAY
Il est des comédiens qui sont irremplaçables, parce qu'uniques; de même que jamais ils n'avaient eu de prédécesseurs comparables à eux, dans leur emploi.
Louis-Arsène Delaunay a été de ceux-là. Pour remplir ces rôles si difficiles, si ingrats, si complexes, si personnels, et par conséquent si rares, du « jeune premier », il avait tout.
Personne avant lui, — et nous ne craignons pas de le prédire, — personne après lui, n'a joué et ne jouera Le Menteur, L Étourdi et Horace de L'École des femmes, comme il les jouait.
Il était né « jeune premier », et ne put jamais être autre que jeune premier. A soixante ans, il l'était encore, comme il l'avait été à vingt.
Delaunay est né le 21 mars 1826. Il, mourut le 22 septembre 1903. Il avait donc soixante-dix-sept ans, quand l'imbécile et aveugle mort vint le toucher de son aile malfaisante et bêtement destructive, au milieu des siens, l'aimant, l'adorant comme il méritait d'être aimé et adoré.
C'est en 1844 qu'il alla frapper à la porte du Gymnase, et que, sur le conseil du régisseur Monval, il se fit recevoir au Conservatoire.
A ce Gymnase, il joua sous le nom à' Ernest; sca théâtre de Montmartre, où il s'exerçait, sous celui de Dannay. De cet Ernest et de ce Dannay sortit pour l'Odéon, le 26 novembre 1845, un incomparable Dnmis de Tartufe, sous le nom de Delaunay.
La Comédie-Française braqua aussitôt sa lorgnette sur le rara avis in terris, lui fit de modestes offres, qu'il eut le grand bon sens d'accepter, rejetant les propositions brillantes de son directeur, liOckroy, qui le voulait à toutes forces conserver à son Odéon, et de la Russie qui lui présentait un pont d'or à traverser avec un plat d'argent.
Aussi, le 25 mars 1842, débutait-il à la noble Maison par le rôle de Valère dans L'École des maris.
Le 29 juin 1850, il ressuscitait le Fortunio à.\x Chandelier, défunt en 1848 au Théâtre-Historique, et lui assurait, sinon l'éternité, du moins la superbe immortaUté.
DELAUNAY (suite)
Fait pensionnaire, ce fut alors pour le jeune et brillant jeune premier une succession de créations et de reprises dans lesquelles il se rendit inimitable.
Faut-il citer La Joie fait peur, Les Jeunes gens, La Fiamina, Les Effrontés, Oji ne badine pas avec V amour. Le Fils de Giboyer, Maître G uér in,. Henriette Maréchal, Le Lion amoureux, Fantasio, et tant