‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 88 sur 100 · PARADE · texte numérisé non relu

PARADE

un acte, Henriette et Chariot, par un rôle de Jocrisse qu'avait créé Gil Pérès. Il réussit peu, étant donné que Hyacinthe occupait déjà cet emploi des niais et des simples.

Parade retourna pendant quelque temps à son cher théâtre de Montmartre ; puis, fut engagé au Vaudeville qu'il ne devait plus quitter pendant quarante et un ans.

PARADE {suite)

Le premier rôle, qui le fit remarquer, fut le Calino de Théodore Barrière. Ce personnage était le petit-fils des Jocrisse d'antan. Parade y réussit grandement.

Puis, vinrent d'admirables créations, telles que celles de Dufouré dans Les Faux Bonshommes; du Corsaire dans Le Roman d'un Jeune homme pauvre; de Caussade dans Nos Intimes; de Désambois dans Les Vivacités du capitaine Tic ; de Sertorius dans Dalila; de Pommerol dans Les Femmes terribles; de Bélin dans Miss Multon; de Sam dans U Abîme; de Benoiton dans La Famille Benoiton.

Quand, en 1868, le Vaudeville se transporta au coin de la Chaussée-d'Antin, Parade l'y suivit et y créa encore de nombreux rôles, parmi lesquels Silvestre des Trois chapeaux; Samuel de L'Oncle Sam; Gatinel du Procès Vauradieux; Baubuisson des Dominos Roses ; Van der Kraft, de Dora, etc., etc., sans omettre le vieux Berger de l'admirable Arlésienne.

Parade n'avait encore que trente ans, qu'il jouait déjà des rôles de vieillards; il continua à ne jouer que des vieux durant toute sa carrière.

Sa vie, d'une régularité parfaite, se passait entre sa petite maison de la rue des Dames, aux BatignoUes, où il demeurait, soigné par sa sœur, son cher théâtre du Vaudeville et le café de Mulhouse, situé où se trouve maintenant le Musée Grévin.

Là, chaque jour, il arrivait vers 5 heures, clopinant, pour cause de goutte, fumait force cigares, et jusqu'à 7 heures faisait l'enragée partie de « dominos à quatre » en la compagnie, inséparable alors, d'Arthur Pougin, de Gaboriau, d'Alexis Bouvier, de Louis Péricaud, de Cornagha, d'Emile Hémery, de Jules Noriac, de Carrier- Belleuse le père, de Georges Maillard et tutti quanti.

Le domino à quatre était la plus grande surexcitation de nerfs de Parade. Il se passionnait, lui, si calme, si tranquille, et fulminait contre un coup joué distraitement, comme cela arrivait souvent à Noriac.

Un soir d'avril de 1885, Parade ne parut pas à la vertigineuse partie. Ses amis coururent chez lui. Il était au lit. Le 5 mai, il mourait. La goutte lui était remontée au cœur. Ainsi finit ce grand, bon et honnête comédien.

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