‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 89 sur 100 · IS · texte numérisé non relu

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Il se nommait Jules-Victor- Alexandre Dumont. Il était né en 1829. Il avait fait de bonnes études à l'Institution Jauiïret, à Charlemagne, et, muni de ce bagage de grec et de latin, il devint commis gantier.

Poussé par l'irrésistible goût du théâtre, il débuta à Belleville en 1847. Il ne tarda pas à franchir la barrière qui le séparait du grand boulevard et passa aux Délassements- Comiques pour entrer ensuite aux Folies-Dramatiques.

Enfin, le 19 août 1852, il débutait triomphalement au Palais- Royal, par le rôle de Mâchavoine dans Le Misanthrope et V Auvergnat.

Voici comment il avait été engagé au Théâtre de M. Dormeuil.

Levassor, le très original comique du temple de la drôlerie, n« gagnait que 12.000 francs par an. Il était à fin d'engagement. Se rendant compte de son influence sur le public, par conséquent sur les recettes, il voulut avoir autant que son camarade Ravel, le seul, en ce théâtre, qui gagnât 18.000 francs.

M. Dormeuil refusa net cette énorme augmentation. Levassor partit donner des représentations en province.

Ce que voyant, M. Dormeuil n'hésita pas à engager Brasseur, qui venait de remporter un gros succès aux Folies-Dramatiques, avec un vaudeville intitulé : Dans une baignoire.

Brasseur, dans cette pièce, jouait merveilleusement un Auvergnat, et M. Dormeuil venait précisément de recevoir de Labiche l'adorable vaudeville Le Misanthrope et V Auvergnat, pour lequel il lui fallait un comique excentrique sachant composer un rôle et imiter l'accent d'un brave enfant de Saint-Flour.

BRASSEUR (suite)

Brasseur fut choisi pour remplacer Levassor ; et, le lendemain de la première représentation, les journaux retentirent des éloges adressés au débutant.

Levassor, à ce moment en représentation à Lyon, lut les journaux constatant le grand succès de Brasseur, pressentit un rival redoutable et écrivit aussitôt à M. Dormeuil : « J'accepte vos propositions de rengagement pour cinq ans, à 12.000 francs, comme précédemment. »

Levassor rentra au Palais-Royal et le pauvre Brasseur, sacrifié, resta longtemps, très longtemps, à voir jouer des rôles qu'il eût pu admirablement jouer, se résignant à faire des imitations dans les revues, à chanter des chansonnettes dans les entr'actes, jusqu'à ce que Levassor abandonnât complètement ce théâtre.

Enfin, le 2 février 1861, Groseillon, de La Mariée du Mardi-Gras, plaçait Brasseur au premier rang des grands amuseurs de Paris et Le Brésilien, Colladan de La Cagnotte, Landremol de La Consigne est de ronfler, les trois rôles de La Vie parisienne, Le Plus heureux des trois, Tricoche et Cacolet, Le Panache, La Boîte à Bibi, mirent successivement le comble à sa réputation.

Après • vingt-cinq années de Palais-Royal, Brasseur quitta ce théâtre et alla fonder le Théâtre des Nouveautés, boulevard des Italiens, qu'il ouvrit le 12 juin 1878, par Coco, pièce dans laquelle il joua le rôle de Floridor.

Il fit de ce théâtre un des premiers, dans le genre du vaudeville et de l'opérette, et après avoir contribué, pendant douze années, aux grands succès qu'il sut y apporter comme directeur et comme acteur, il mourut le 6 octobre 1890, laissant, pour perpétuer le nom, son fils Albert, le délicieux comédien de notre Théâtre actuel des Variétés.

Albert Brasseur reste comme la plus délicieuse création de son père.

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