‹ La Panthéon des comédiens de Molière à Coquelin aînéChapitre 90 sur 100 · JI · texte numérisé non relu

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Fils d'un fermier de Lieusaint (Seine-et-Marne) où se passa le drame terrible du « Courrier de Lyon », Louis- François Dumaine passa ses premières années à conduire la charrue, au milieu des boutons d'or, des coquelicots et des bluets, cette parure des Ils. Il lisait beaucoup, le jeune agriculteur : il dévorait les beaux romans d'Alexandre Dumas, d'Eugène Sue, et se formait l'esprit par les grands vers de \'ictor Hugo, de Lamartine et d'Alfred de Musset, les éducateurs de cette noble époque romantique.

Si bien qu'un jour, il s'en vint à Paris, et tomba chez sa sœur, Mlle Person, qui venait de se faire connaître au Théâtre-Historique, par le rôle de Catherine de Médicis dans La Reine Margot, et dont l'intime protection d'Alexandre Dumas n'était un secret pour personne.

Par ses so ns, il entra au collège Chaptal; y fit des études incomplètes, (ep?ndant assez avancé?s; et un beau jour le jeune homme dit à sa sœur : « Cincinnatus a quitté les honneurs pour retourner à sa charrue; je veux faire le contraire de ce Romain fameux et abandonner la charrue, pour aller aux honneurs. Je veux être dictateur, roi, empereur!... »

Sa sœur le crut fou.

Il termina : « Enfin, je veux être acteur. »

Dumaine était grand, beau, de force herculéenne, possédait une fort jolie écriture; Mlle Person le présenta à Alexandre Dumas, qui, du premier coup, en fit son secrétaire. Il avait alors dix-neuf ans — né en août 1831 — et joua d'abord la comédie, ou plutôt le drame en compagnie d'amateurs; puis débuta à Poissy, dans Henri IV de la Reine Margot. Il avait voulu commencer par un Roi!

Alexandre Dumas le protégeant, Dumaine put se faire admettre au Théâtre-Français. Il espérait y jouer des « jeunes premiers », il n'y joua qu'un « jeune dernier » dans Le Moineau de Lesbie.

Il alla trouver Edmond Seveste, ce" V ncent de Paul des petits acteurs, lequel le fit jouer Albinus dans Le Sonneur de Saint-Paul, à Montmartre. Il partit alors pour Le Havre et du Havre à Marseille. De retour à Paris, en 1852. Diimai.ie fut engagé parle directeur Hostein, à la Gaîté, qui l'utilisa dans des doublures et des reprises.

En cette même année, Mistress Beecher-Stowe, ayant fait paraître son roman La Case de Voncle Tom, qui obtint un énorme succès de lecture, tous les dramaturges se jetèrent à l'envi sur cette œuvre généreuse et se mirent à tailler dans ses chapitres des pièces, pour tous les théâtres. Le Gymnase joua : Élisa, ou un Chapitre de l'oncle Tom; la Gaîté : L'Oncle Tom; les Folies-Dramatiques : La Cage de ronde Toc; l'Ambigu : La Case de Fonde Tom.

Ce fut ce dernier drame, du grand confectionneur Dennery — le nom n'était pas encore illustré d'une apostrophe — qui réunit tous les suffrages.

DUMAINE (suite)

M. Desnoyers, directeur de ce théâtre, avait besoin pour représenter, dans cette Case, le rôle du mulâtre Georges, d'un jeune homme beau, grand, ayant de la chaleur. Dumaine réunissait toutes ces qualités, il fut engagé et triompha. On le trouva superbe : il l'était en efîet.

Dumaine resta à ce théâtre de l'Ambigu cinq années, pendant lesquelles il créa -.Le Château des Tilleuls, La Prière des Naufragés , César Borgia, Le Pendu, Les Amours maudits, Jocelyn le garde-côte, Les Orphelines de la Charité, La Tour de Londres, Le Paradis perdu, Le Fléau des mers, etc., etc.

Il reprit : Abélino dans L'Homme à trois visages; Gaspardo le Pêcheur; Kean, et autres rôles célèbres.

En 1858, Marc Fournier, directeur de la Porte-Saint-Martin, l'engagea, et lui fit créer Les Mères repenties, de Mallefille, et !e Faws^, de Dennery. Jamais plus beau Faust ne parut sur un théâtre.

L'année suivante,! 859, i] alla à la Gaîté jouer Cartouche ; c'est dans c&tte pièce, qu'à la force des poignets, il s'évadait, à l'aide d'une corde lisse lancée du plafond de sa prison. C'était un véritable tour de force, car il ne fallait pas moins grimper la hauteur de neuf mètres, pour arriver au pont de cintre.

On le rappelait après cet acte de l'évasion ; il revenait j ar le même chemin, saluer le pubUc. L'enthousiame, alors, prenait des pro] ortions colos aies.

Il joua encore Les Aventuriers, La Petite Pologne, Christophe Colomb, Micael VEsclave et Les Pirates de la Savane.

En 1862, il retourna à la Porte- Saint-Martin y ]o\xeT Antony et La

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