DUMAINE
Dins Les Treiie.
MADAME MIOLAN-CARVALIIO
Elle fut la plus riche héritière de toutes les grandes cantatrices, qui parurent jusques et y compris la date de son apparition. Jamais on n'entendit style plus pur, diction plus correcte, sûreté de vocahses, véritable cascade de notes argentines, voix plus étendue, grâce au travail tenace et à la volonté ferme de cette admirable artiste.
Caroline-Marie-Frélia Miolan, est née à Marseille le 31 décembre 1831. Ce qui lui faisait dire : « Si j'étais née un jour plus tard, j'aurais un an de moins. »
Venue à Paris, elle prit d'abord des leçons du grand professeur Delsarte, et entra au Conservatoire, en 1843, dans la classe de Duprez; lequel, reconnaissant en son élève une volonté et une intelligence au-dessus de celles auxquelles il était accoutumé d'avoir affaire, s'apphqua surtout à faire sortir des sons qui semblaient vouloir s'obstiner à demeurer en dedans, concentrés, sourds, et à en augmenter le volume, tant cette voix semblait faible, courte et ténue.
Mlle Miolan, — que nous continuons à appeler ainsi, parce qu'à l'époque traitée en ce moment par nous, elle n'est pas encore Mme Carvalho, — remporta son premier prix de chant, et fut engagée à l'Opéra-Comique, où elle débuta le 29 avril 1850, dans L Ambassadrice, d'Auber. Ce rôle d'//enrt>«e lui valut un très grand succès. Elle reprit ensuite, dans Le Caïd, le rôle si gracieusement créé par Mme Ugalde. Cette reprise ne fut pas complètement à son avantage, car la comparaison que l'on établit entre les deux artistes, fut en faveur de la créatrice, laquelle, plus comédienne que la jeune Miolan, — elle avait dix-neuf ans, — produisait certains effets scéniques que seule l'expérience peut permettre de produire.
Adolphe Adam écrivit alors pour elle Giralda. Et, dans ce rôle capital, tout de premier plan, elle sut se faire ravissante, et orienter la pièce vers le succès.
Mais, où le talent de la grande artiste apparut dans toute sa puissance, dans toute sa valeur, dans toute son autorité, ce fut l'année suivante — 1851 — quand elle créa Les Noces de Jeannette. Après cet immense succès, si mérité, les jalousies sourdes se calmèrent, les hostilités vindicatives s'arrêtèrent, et Mlle Miolan put, tout à l'aise, régner en souveraine de l'art du chant.
En 1853, elle devint la femme d'un obscur camarade de son théâtre, M. Carvalho, de son nom véritable Carvaille, lequel, par la suite, devint l'un des plus habiles directeurs de Paris.
M. Carvalho, très bon musicien, très doué pour l'administration,