MADAME AGAR
Celle que nous avons connue grande, forte et belle comédienne, sous le nom d'Agar, est née à Sedan le 18 septembre 1832. Fille de Pierre Charvin, maréchal des logis au 8« chasseurs à cheval, lequel, sur les registres de la mairie, la fit inscrire sous les noms de Marie-Léonide Charvin, elle grandit dans la cavalerie.
Le nom d'Agar lui fut donné à Paris par son professeur, Ricourt, lequel lui dit : « Quand on a l'honneur de jouer la tragédie, on ne peut s'appeler, prosaïquement, Charvin. Il faut, à une véritable tragédienne, un nom biblique, comme celui de Rachel. Tu t'appelleras Agar!... »
Et Agar fut.
Elle avait débuté le 18 décembre 1859 à l'école lyrique de la rue de Latour-d'Auvergne, par le rôle de la Maritana de Don César de Bazan. Le 6 mars 1860, elle reparut dans Phèdre, et se fit remarquer d'un brillant auditoire. Ricourt l'embrassa tendrement, en lui disant : « Tu es digne d'être mon élève ».
Voici le portrait à' Agar, tracé par Sarcey : « Elle était superbe, avec ce beau visag'e de marbre, cette épaisse chevelure noire, lourdement massée sur le cou, la poitrine déjà opulente, la taille majestueuse, et cette voix grave à laquelle son timbre voilé donnait je ne sais quoi de mystérieux. C'était quelqu'un I »
En 1862, Agar entra à l'Odéon. Elle alla ensuite à la Porte- Saint- Martin créer le rôle de Windha, dans Les Étrangleurs de V Inde.
En mai 1863, après plusieurs tentatives infructueuses, trop redoutée par certaines grandes Sociétaires, elle fut enfin admise comme pensionnaire à la Comédie-Française, presque par ordre de l'Empereur.