Ep. T
A mesure que les appels s'étaient multipliés, les églises locales avaient tendu ainsi à s'amoindrir devautTEglise romaine ; et, à l'époque d'Innocent Ilï, le nombre seul des lettres litigieuses qui remplissent sa correspondance est un indice du degré d'affaiblissement où ces églises étaient tombées.
Les lettres de privilèges fournissent un signe non moins caractéristique de la situation de FEglise à cette époque et conduisent aux mêmes conclusions. Ces lettres, pour la plupart, n'étaient autre chose que des actes qui. sous des formes et en des mesures diverses, alTranchissaient de la juridiction épiscopale les personnes ou les établissements qui les avaient obtenues*. Assurément ces sortes de lettres ne doivent pas plus que les lettres litigieuses être attribuées spécialement au temps d'Innocent III; mais ce qui appartient à cette époque, c'est le nombre considérable et des unes et des autres. Ces lettres de privilèges, octroyées à quelques personnages, à des chapitres ', mais surtout à des couvents, aidaient de deux manières à l'ascendant du Saint-Siège, en diminuant l'autorité des évèques et
i. Lettre au roi d'Aragon : u Tuara personam... siiscipimus,ut nulliepiscoporum, niiUi archiepiscoporuin... liceat, sine certo prsecepto nostro, adversura te vel tuam conjugem excommunicationis aut interdictionis proferre sententiam. « Ep. XVI, 87. — Lettre à l'abbé du couvent de Saint-Gilles : «. Statuentes ut... tam vos quam monasterium quiet i semper ac liberi ab omni episcopali exactione vel gravamine raaneatis. » Ep. XI, 172. Un grand nombre de lettres de privilèges contiennent des formules analogues.