‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 104 sur 227 · Ep. XVI, 73 et passïjn · texte numérisé non relu

Ep. XVI, 73 et passïjn

on créant au pape des serviteurs dévoués. Ces conséquences ne devaient pas échapper à la prudence d'Innocent III. Sa prédilection pour les monastères, au détriment du clergé séculier, est un des traits les plus sensibles de sa correspondance.

Dollinger et d'autres érudits avant lui ont fait ressortir très justement le préjudice que ces appels et ces privilèges causaient à la puissance épiscopale*. Encore peut-on dire ici que cet amoindrissement des évêques résultait d'une situation que sans doute ils subissaient malgré eux. Mais on les voit faire euxmêmes l'aveu indirect de leur faiblesse dans les mille questions [consul tationes) qu'ils adressent au pape sur toute sorte de sujets. Nous possédons, non ces questions elles-mêmes, mais les réponses du pape. Ces réponses, à la vérité, sont conçues de telle manière qu'il est aisé de rétablir les questions qui les provoquent. Le pape répond en effet article par article, reproduisant, à chaque point nouveau, l'interrogation qui lui est faite. Autant de questions, autant de paragraphes distincts. Quand la lettre du consultant est diffuse ou obscure, il en résume ou en éclaircit d'abord les données principales, et entre ensuite en matière. Les questions adressées au pape étaient si nombreuses, que, dès la première année de son pontificat, Innocent III reconnaissait que l'une de ses principales occupations était d'y ré-

1. Le Pape et le Concile, p. 186 et 192-195. Voir, sur ce point, Fleury {Hist. ecclés.), et en général tous les écrivains gallicans.

pondre ^ Que si l'on recherche quels étaient les sujets ordinaires de ces questions multipliées, on constate que la plupart étaient relatives à des points de droit. Innocent III s'étonne d'être si souvent consulté sur cette matière. « Vous avez autour de vous des juristes exercés, écrit-il à l'évèque de Bayeux, et vous êtes vous-même très instruit sur le droit; comment se fait-il que vous nous consultiez sur des points dont la clarté n'oifre aucune prise au doute ^? » Toutefois, loin de repousser les consultations sur ce sujet, il les encourageait, les exigeait même; il voulait que tous les doutes fussent soumis au Saint-Siège. « A celui qui établit le droit, disait-il, il appartient de discerner le droite » Dans le décret de Gratien, qui faisait alors autorité pour toute l'Eglise, le pape est comparé au Christ, lequel, soumis en apparence à la loi, était en réalité le maître de la loi\ Les lettres d'Innocent III fournissent une pleine confirmation de cette doctrine; on y voit qu'aux yeux des évêques, et sans doute à ses propres yeux, le pape est la personnification du droit, la loi vivante de l'Eglise.

Ce n'était pas seulement sur le droit que les évêques demandaient des éclaircissements au Saint- Siège. Ils le consultaient encore sur les obscurités

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