Ep. XV
2. <( Respondisti quod... niliil ad nos pertinet de negotio quod vertitur inter reges. » Ep. VI, 163 (Lettre à Philippe-Auguste).
19i LA PAPAUTE AU MOYEN AGE.
mais notre silence pourrait donner à vos déclarations une portée que nous ne devons pas leur laisser'. » De ces paroles si claires, si caractéristiques, ressort une conclusion qui s'impose d'elle-même à l'his- Lorien. Il est impossible de ne pas apercevoir la naissante révolution dont elles sont l'évident indice, de ne pas reconnaître que, parvenue au plus haut point de son autorité sur les princes, la papauté commençait, par cela même^ à perdre auprès d'eux de son ancien ascendant ; qu'enfin, à l'époque d'Innocent III, s'opère le fait considérable de la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spiritueP. Ce fait ne se déduit pas uniquement des particularités que nous avons rapportées. Pour quiconque lira avec soin les lettres d'Innocent III, il ne saurait être mis en doute. On y voit que la papauté, qui avait tenu dans sa main et l'Eglise et le monde et croit les tenir encore, est rejetée de plus en plus vers l'Eglise, et que le monde lui échappe. Au temps de Grégoire YII, la société n'a qu'une forme, la forme théocratique. Au temps d'Innocent III, une scission s'opère entre la société ecclésiastique et la société civile, et la notion de FEtat laïque commence à pénétrer dans les in-
1. Ep. VI, 163. — On peut rapprocher de ces lettres une autre lettre de Philippe-Auguste écrite à Innocent III au sujet du comte de Toulouse, et non moins significative pour l'histoire des rapports du Saint-Siège avec les princes. (Voy. L. Delisle. Catalogue des actes de Philippe- Auguste, p. 512 et 513. La lettre est de 1208.)
2. On sait que Tillustre auteur de ÏHiHoire de la civilisation en France date aussi de Philippe-Auguste cette importante séparation.
telligcnces. Cette scission, à la vérité, n'est pasparfaitemiMit délimitée, acceptée ; mais elle s'accuse, se précise chaque jour davantage. Il y a plus : en même temps que l'on constate une scission dans les pouvoirs, on constate une scission dans les idées ; la société civile et l'Eglise, les rois et le pape, ne s'entendent déjà plus, ne se comprennent plus. Cette situation, sur laquelle il importe d'insister, sera mise en pleine lumière par l'examen des lettres relatives aux événements de la Terre sainte.
On sait que l'une des grandes préoccupations d'Innocent III fut de reconquérir la Terre sainte, retombée alors presque tout entière sous le joug des Infidèles. Le fait de cette préoccupation est attesté par le nombre considérable de lettres que ce pape écrivit à ce sujet, et dont le recueil pourrait former un Reghtrum super negotio Terrœ sanctœ non moins volumineux que le Registrum imperli ; il résulte aussi de ses aveux, de ses déclarations expresses. Dès 1198, il annonce que, si vive que soit sa sollicitude pour tous les intérêts de l'Eglise, il met au-dessus de tout autre soin celui de subvenir à la délivrance de la Terre sainte \ Dans la même année, des légats auxquels il a, de sa propre main, attaché le signe de la croisade, vont, sur divers points de l'Occident, appeler les populations à combattre les Infidèles ; il transmet également les lettres