Ep. I. 94; II
2. Ep. II, 141. On sait qu'Innocent III désapprouva sévèrement ces traductions.
innocb:nt III. iiorj
quent un mouvement des esprits auquel convient mal la dénomination d'hérésie. Nous pensons, avec d'éminents historiens ', qu'il faut y voiries efforts inconscients d'une véritable réforme qui commençait dans le domaine des croyances et des pratiques religieuses, réforme issue tout à la fois de la rénovation intellectuelle qui avait marqué la première moitié du xii'' siècle^ et d'une réaction des âmes contre les désordres de l'I^^glise flétris par les contemporains. Et ainsi, après avoir constaté successivement, avec la diminution du prestige et de l'ascendant de la papauté, la scission dans les pouvoirs qui dirigeaient la société, puis la scission dans les idées, nous constatons ici un fait qui complète et explique les trois autres, la scission dans les croyances. .
Pour un esprit plus pénétrant que celui d'Innocent III, cet entraînement des intelligences vers les nouveautés religieuses aurait pu être un indice de l'état d'affaissement de l'Eglise et de la nécessité d'y remédier par quelques sages mesures. Sans être totalement aveugle sur les vices que pouvait présenter alors la situation de l'Egiise, il n'aperçut, dans le mouvement dont nous parlons, qu'une hérésie ordinaire. Dira-t-on, pour expliquer son manque de clairvoyance, qu'en dehors des populations
1. Voy. Hist. Httér. de la France, t. XXV, la notice de M. Renan sur J.-Victor Le Clerc.
2, Voy. nos Études sur l' ancienne France, Paris, Didier.
attachées à ces nouveautés, la foi conservait sa ferveur et son intégrité? On a vu, dans ce que nous avons dit des événements de la Terre sainte, ce qu'il convient de penser à ce sujet. Quant aux croisés qui, à la voix d'Innocent III, se jetèrent sur le Languedoc, leur piété n'était certes pas plus pure que celle des croisés qui conquirent Constantinople. Il suffit de lire les lettres de Simon de Montfort pour se convaincre que, sous les dehors d'une entière dévotion au Saint-Siège, il est avant tout dévoré du désir de prendre et de posséder, au point de s'attirer les reproches du pape pour les signes trop visibles de sa cupidité '. Il semble qu'il ait voulu faire dans le Languedoc ce que Baudouin avait fait en Grèce, et l'étonnante fortune du comte de Flandre ne fut peut-être pas sans influence sur sa piété. En ce qui regarde Innocent III, peut-on dire qu'il eut luimême une entière confiance dans la foi des nouveaux croisés, lorsque, pour animer leur zèle, il ne se bornait pas à leur promettre la rémission de leurs péchés, mais les exemptait de leurs dettes et leur abandonnait par avance toutes les terres qu'ils sauraient conquérir sur les hérétiques - ? N'étaient-ce pas là des moyens analogues à ceux dont il usait dans la querelle de l'Empire, en vue de rallier à Otton les divers princes de l'Allemagne? Il semble
\. (i Xe ad tuum specialem, non generalem catholicre fidei laborasse profectum videaris. » Ep. XV, 213. Cf. Ep. XII, 109. 2. Ep. XI, 157-159.
du moins, à considérer le rapide succès de cotte guerre des Albigeois, que la papauté, qui échoua dans ses autres entreprises, sut montrer sa puissance en celle-ci. Ce serait se tromper que de le croire. Outre que l'emploi des moyens de terreur est toujours une preuve de faiblesse de la part de l'autorité qui s'en sert, Fhérésie fut étouffée, non détruite', et se perpétua obscurément, en dépit de l'Inquisition et des supplices, pour reparaître plus tard, agrandie et plus forte, dans la Réforme, dont elle peut être regardée comme un premier essai ^ On a tenté de justifier les mesures employées par Innocent III pour vaincre l'hérésie. Ce qui est certain, c'est que les historiens, jugeant ce pontife au travers de ce drame émouvant de la guerre des Albigeois, se sont trompés sur son caractère. Innocent III n'était ni cruel ni fanatique. La lecture attentive de ses lettres le montre accessible, patient, clément même, et, dans ses relations avec les hommes, plus disposé à la douceur qu'à la violence. Dans cette affaire de l'hérésie, il subit, comme on dirait aujourd'hui, l'influence de la raison d'Etat. Il vit l'Eglise qu'il dirigeait, de Tintégrité de laquelle il se sentait responsable, atteinte ouvertement dans son unité, menacée dans son existence; il résista, et, une fois la lutte engagée, fut emporté au-delà