Hist. littév. de la France^ t. XXV, loc. cit
de ses prévisions. On peut suivre dans ses lettres le progrès de ses sentiments; ceux qu'il montra d'abord n'annonçaient pas le dénouement qui suivit. Longtemps il se borna aux menaces; modérées à l'origine, elles devinrent de plus en plus pressantes, bientôt terribles, et ce fut quand il vit l'excès même des menaces demeurer inutile, que, ne sachant à quelles armes avoir recours, il commença de sévir'. Quels qu'aient été, en réalité, les sentiments d'Innocent III, c'est à lui qu'appartient la triste innovation d'avoir fait une croisade d'une lutte armée entre chrétiens, et cette guerre, qui anéantit une des contrées les plus civilisées de l'Europe, pèsera à jamais sur sa mémoire. Un événement terrible aussi, mais d'un autre caractère, l'invasion de l'Angleterre par les Normands, pèse également sur la mémoire de Grégoire YII, et le blâme semble ici d'autant plus mérité, que ce pape entendit flétrir autour de lui l'appui qu'il prêtait à Guillaume le Conquérant'. Innocent III ne paraît pas avoir rencontré, dans ses conseils, une opposition de ce genre à ses projets d'extermination sur les populations du Languedoc ; mais il n'ignorait pas qu'avant lui d'illustres voix dans l'Eglise avaient revendiqué en faveur des
1. Voy. Ep. V, 110; X, 130; XI, 26 à 33. — La colère du pape atteignit toute sa vivacité lors de la mort de Pierre de Castelnau. Encore, après cette mort, attendit-il quelque temps avant de déchaîner la lutte. La fameuse lettre commençant par : « Eia! eia! » est postérieure de près d'une année à la mort du légat.