‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 131 sur 227 · Vov. notre Etude sur Grétroire VII · texte numérisé non relu

Vov. notre Etude sur Grétroire VII

hérétiques les moyens de douceui' et condamné la violence'. Il est vrai que, dans le même temps, des principes tout contraires tendaient à pénétrer dans le droit ecclésiastique ". Entre ces tendances opposées, Innocent III préféra les dernières; et, en les consacrant de l'autorité du Saint-Siège, il les introduisit définitivement dans la législation et les mœurs de rËglise. C'est ainsi qu'aux yeux de l'histoire il demeure responsable, en une certaine mesure, du régime de l'Inquisition établi après sa mort.

Cette conduite d'Innocent III n'eut pas pour seul effet d'entacher sa renommée ; elle fut funeste à l'Eglise. On a remarqué, avec raison, qu'à partir du jour où (( le terrorisme » entra dans l'Eglise, celleci perdit ce qui lui restait de véritable force ^ Convertie en un vaste système de police, elle dévia plus que jamais de son esprit et de ses voies; la peur remplaça la foi, et ainsi, par la guerre des Albigeois, s'accélérèrent cette désorganisation de l'Eglise et cette altération des croyances dont nous avons, à diverses reprises, signalé les symptômes. La religion étant la seule sphère oii se manifestaient alors les hardiesses de l'esprit, la pensée fut atteinte du même coup qui frappait l'hérésie, et Innocent III eut conséquemment une part dans les causes de

1. Notamment sainte Hildegarde et saint Bernard. Voy. Schraidt, ouvr. cité, t. II, p. 218-220.

2. Voy. Decr, caus. 23, quœst. IV, 38, 48; V, 43, 44,47; VII, 2.

3. Michelet, Hist. de France, t. VII, Introduction iï\en(ns;<;auce).

rabaissement intellectuel qui caractérisa la fin du moyen âge *. Ajoutons qu'il aida à la ruine du pouvoir qu'il avait cru maintenir, ruine déjà préparée par les désordres de l'Eglise. En abdiquant ce qui, aux yeux du monde, avait fait sa grandeur, pour n'être plus qu'un gouvernement violent et oppresseur, la papauté perdit le respect des peuples, et, comme elle n'avait d'autre force que celle qu'elle empruntait à l'opinion, ce pouvoir tomba aussitôt que l'opinion eut cessé de le soutenir.

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