‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 132 sur 227 · Hist. littér. de la France^ t. XXV, loc. cit · texte numérisé non relu

Hist. littér. de la France^ t. XXV, loc. cit

BONIFAGE VIII

Avec Boniface YIII, qui occupa le siège de saint Pierre du 24 décembre 1294 au 7 octobre 4303, tomba cet édifice théocratique qui, déjà fondé au temps de Nicolas I" et achevé par Grégoire YII, avait, à l'époque d'Innocent III, commencé de s'ébranler. Sous le gouvernement de ce pontife, la papauté, qui depuis plus de deux siècles dominait les empires, dut céder à son tour devant les pouvoirs temporels. Une erreur commune à la plupart des historiens a été de placer dans les incidents qui marquèrent ce pontificat les causes de la défaite que subit alors le Saint-Siège. Le P. Tosti^ auteur du

1. Histoire de Bo7iiface VIII et de son siècle, avec notes et pièces justificatives, par D. Louis Tosti, religieux du Mont Cassin, trad. de l'italien par l'abbé Marie-Duclos, 2 vol. in-S», Paris, Vives, 1854.

seul ouvrage qui ait été écrit de nos jours sur la vie de Boniface YIII, n'a su éviter cette erreur. Un fait aussi considérable, non seulement dans les annales de la papauté, mais dans l'histoire de la société au moyen âge, a dû être amené par des causes tout à la fois plus éloignées et plus profondes. Il suffit en elTet de considérer la situation générale de l'Eglise dans la seconde moitié du xiii^ siècle, pour se convaincre que, si graves qu'aient été les événements qui agitèrent le pontificat de Boniface YIII, ils ne firent que hâter un dénouement devenu inévitable. Conformément à ces idées, nous allons essayer, avec le secours des documents contemporains, de tracer un aperçu do cette situation ; nous entrerons ensuite dans le détail des circonstances qui déterminèrent la catastrophe.

On a vu jusqu'à quel point Innocent III avait été le maître de FÉglise. Attirant à soi toutes les affaires importantes, entravant l'action des évèques au moyen des appels, diminuant leur autorité par des privilèges qui enlevaient nombre de fidèles à leur juridiction, intervenant dans les élections, dominant les conciles, fixant le droit, interprétant le dogme, la papauté exerçait alors une domination qui avait tous les caractères du pouvoir absolu. Depuis la mort d'Innocent III, cette domination du Saint-Siège s'était encore accrue. L'institution des ordres mendiants, dont l'origine remontait au premier succès-

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scur de ce pape', avait contribué puissamment à ces nouveaux progrès. Totalement indépendants dès évêques^ ne reconnaissant d'autre direction que celle de Rome, prêts à intervenir partout comme délégués du Saint-Siège, seuls investis par lui du droit nouveau et terrible de rechercher les hérétiques, ces moines, qui se répandirent bientôt par toute l'Europe, ne se firent pas seulement les ardents défenseurs de l'omnipotence papale, source de leurs privilèges, ils effacèrent par leur rapide ascendant le peu d'influence qu'avait pu conserver encore le clergé séculier. A l'exemple de ses prédécesseurs, Boniface YIII les entoura de sa protection particulière, les employa dans ses légations \ prit parmi eux de hauts dignitaires de l'Eglise ^ quelques-uns même de ses cardinaux \ et, par plusieurs bulles, confirma ou augmenta leurs privilèges au détriment des évoques \

Tandis que, dans la mer de privilèges [mare magnum) accordés aux ordres mendiants, achevaient de s'engloutir les dernières libertés de l'Eglise,

1. On sait que saint Dominique, qui fonda l'ordre des Frères prêcheurs, obtint, en 1216, du pape Honorius III, une bulle pour l'institution du nouvel ordre, ^'ers le même temps, saint François d'Assise fonda l'ordre des Frères mineurs, qui fut confirmé en 1223 par une bulle de même pape.

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