‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 136 sur 227 · Sext. Décret., lib. I, tit. ii, i · texte numérisé non relu

Sext. Décret., lib. I, tit. ii, i

BOXIFACE VIII. 210

ce titre qu'use Boniface YIIÏ dans sa correspondance. Depuis longtemps leurs constitutions, tout comme celles des Césars, étaient désignées sous le nom de décrets. Par une autre similitude, ces constitutions reçurent aussi le nom de rescrits '. Ajoutons que, dans les lettres adressées aux papes, l'ancien langage fut également modifié. Ecrivant à Boniface VIII, les évoques terminaient presque invariablement leur salutation par les mots Devota ou devotissiina beatorinn oscula pedum^ formule dont on ne découvre qu'un ou deux exemples dans les registres d'Innocent IIP.

Que si, après avoir constaté ces nouveaux progrès de la puissance pontificale, nous cherchons à nous rendre compte de l'état moral de l'Eglise, nous ne rencontrons guère, il faut le dire, que désordre, anarchie et corruption. Déjà découragés de leurs devoirs pastoraux par les entraves qu'apportaient à leur autorité l'abus des appels et celui des privilèges, les évoques achevèrent de s'en détourner, quand ils se virent effacés par les ordres mendiants dont les pouvoirs dépassaient les leurs. Entre ces moines et

1. Ce nom de rescrits^ appliqué à une certaine catégorie des constitutions pontificales, paraît avoir été surtout en usage au xiii° siècle. Voy. Corp. jur. can. Décret. Greg. IX, lib. I, tit. iir, de Rescriptis. Cf. Lois ecclés., p. 104, 118, Paris, 1*56, in-fo.

2. Un abbé de Saint-Germain-des-Prés, écrivant à Boniface VIII, exagérait encore ces termes d'humilité : « Sanctissimo in Christo patri ac domino suo Bonifacio... J., ejus creatura devota..., se ipsum ad pedum oscula beatorum. » Kervyn, p. 24.

le clergé séculier s'élevèrent des rivalités, des luttes dont témoignent tous les documents de la seconde moitié du xin° siècle, luttes que BonifaceYIII essaya vainement d'apaiser' et qui vinrent s'ajouter aux nombreuses causes de conflits qui agitaient l'Eglise-. D'un autre côté, par cela même que le Saint-Siège était arrivé à disposer de presque toutes les dignités de l'Eglise, les brigues, les compétitions dont elles étaient l'objet produisaient, dans les diocèses et jusque dans les paroisses, de longues vacances^ qui, en ofl'ensant la piété des fidèles, nuisaient de plus en plus au prestige du clergé. La papauté elle-même, dans cette répartition des charges ecclésiastiques, ne semblait voir qu'une occasion de distribuer des faveurs. Boni face YIII n'accordait pas seulement d'importants bénéfices \ mais des évèchés ^ à des ecclésiastiques qui ne résidaient pas ou étrangers parleur nationalité aux populations qu'ils devaient diriger. Il allait jusqu'à nommer des évêques qui n'avaient pas atteint l'âge requis ni même reçu les ordres exigés par les canons ^

Une autre cause de désorganisation provenait des

1. ^'oy. Labb., Concil., XI, pars ii, p. 1426 (concile de Rouen de 1299) et deux bulles de Boniface mentionnées par Fleury, llist. ecclés., XVIII, p. 589; XIX, p. 47.

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